06 août 2009 - 09:03 |

Cacao : "_On parle trop d'El Nino_"

Le marché du cacao pourrait devenir très dangereux cette campagne, selon un négociant

(06/08/09)

« On parle trop du Nino », souligne un négociant. En réalité, en Côte d’Ivoire, on est plutôt sur la fin de La Nina et on évolue vers El Nino mais ce phénomène met beaucoup de temps à se développer. On ne sait même pas s’il ira au bout de son processus. Aussi, « on ne peut pas raisonnablement faire des affaires sur El Nino », poursuit-il.
Rappelons qu’El Nino est une anomalie chaude de température de surface de la mer tandis que La Nina correspond à la phase froide du phénomène. La bonne pluviométrie liée à La Nina ces deux dernières années en Côte d’Ivoire avaient d’ailleurs eu un effet positif sur les récoltes, de l’ordre de 5 à 10% par rapport au trend sur le long terme. Avec l’impact d’El Nino, la récolte devrait baisser de 5 à 10%, ce qui lui ferait retrouver son trend général de ces dernières années. Une tendance sur le long terme qui souligne de façon indubitable que la production ivoirienne de cacao décline tout doucement.
Le comptage de cabosses en Côte d’Ivoire réalisé à titre privé par certaines entreprises, laisse entrevoir une récolte qui retrouverait des niveaux habituels, de l’ordre d’un million de tonnes. Une récolte qui devrait être précoce. Et le négociant de mettre en garde : « Une récolte précoce ne signifie pas nécessairement une récolte abondante. En octobre, on aura un sentiment de confort sur le marché. C’est dangereux. »
En effet, habituellement, la récolte ivoirienne connaît une accélération au mois de novembre. Or, si on s’appuie sur les données botaniques actuelles, on peut anticiper que la récolte démarrera en août de façon à peu près identique en terme de volume à l’année dernière à la même époque ; en septembre, elle serait meilleure qu’en septembre 2008 ; en octobre, elle serait nettement meilleure tout en se maintenant dans la moyenne des cinq dernières années ; en novembre, elle ne connaitra pas l’accélération habituelle mais se maintiendra à ses niveaux d’octobre.
Ainsi, le million de tonnes attendu pour la prochaine campagne se déclinerait en 500 000 t d’octobre à décembre, soit sur 3 mois, et les 500 000 autres de janvier à avril, soit 4 mois.
A ce premier risque de confusion du marché mondial se greffe un deuxième : la consommation de cacao au niveau mondial se mesure par des volumes de broyage. Or, si ces derniers mois, voire ces deux dernières années, on parle de baisse de consommation lié à la crise, ce n’est pas tant que les gens consomment moins de chocolat (à l’exception peut-être de l’Europe de l’Est et de la Russie) mais que les broyages ont diminué, tout simplement car les industriels destockent. Un déstockage qui s’est d’ailleurs produit dans de nombreuses autres filières. Or, actuellement, « l’industrie ne veut pas ou ne peut pas allonger sa couverture car il n’y a pas de visibilité sur l’évolution de la demande », poursuit-il.
Avec la faiblesse du dollar, les fonds d’investissements pourraient se porter sur le marché et faire grimper les cours. L’industrie devra alors acheter au prix fort ses fèves. «_Le marché est encore plus dangereux qu’avant. D’ailleurs, on l’a bien constaté la semaine dernière avec les très importantes fluctuations de cours enregistrées. Des fluctuations si fortes qu’elles peuvent aller jusqu’à faire sauter certaines maisons de négoce._»

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