06 octobre 2010 - 23:26 |

Dov Zerah : L'AFD va se recentrer sur l'Afrique

Réchauffement climatique, développement urbain et formation professionnelle sont les priorités

(06/10/10)

Une interview parue dans Le Figaro du 5 octobre 2010

LE FIGARO : Votre nomination avant l’été, présentée comme une reprise en main des tutelles, a suscité de nombreux commentaires. Pouvez-vous revenir dessus ?

Dov ZERAH : Certains l’ont présentée de façon partiale. Les choses sont pourtant très simples. Tout au long de mon parcours professionnel, que ce soit à la Direction du Trésor, au ministère de la Coopération, à la Caisse française de développement, au groupe cotonnier CFDT-
Dagris, à la Cour des comptes et même à la Monnaie de Paris, j’ai beaucoup pratiqué la coopération internationale. Tout me portait à occuper ce poste. Enfin, j’ai l’expérience des grandes structures et le président de la République, lorsqu’il était ministre des Finances, a pu vérifier mes compétences.

Quelle feuille de route avez-vous reçue de vos tutelles ?
Ces dernières années, l’AFD a connu une véritable révolution. Les importantes extensions géographiques et sectorielles amènent certains à considérer qu’il n’y a pas de limite à son intervention, ce qui n’est pas exact. Nos engagements ont été multipliés par 7, voire 10, selon l’année de référence. Le nombre des agents a fortement augmenté. Ces recrutements créent d’ailleurs de fortes exigences en matière de ressources humaines pour assurer la cohésion de l’Agence. Notre modèle a roulé à vive allure pendant cinq ans, et la compréhension de ce qu’il est devenu n’est pas aisée, y compris pour nos tutelles, les députés et les sénateurs qui contrôlent son action. L’enjeu maintenant est de le préserver et le stabiliser. Sans remettre en cause son développement, nous devons concentrer notre action, affiner notre offre de produits par rapport à nos différents partenaires, les pays les moins avancés (PMA), les pays à revenu intermédiaire (PRI) et les pays émergents.

L’AFD va-t-elle se recentrer sur l’Afrique ?
Oui. Les pouvoirs publics et, notamment Bercy et le Quai d’Orsay, nous ont effectivement donné mandat de concentrer notre modèle dans les pays les moins avancés, d’accorder le maximum de subventions aux 14 pays prioritaires de la coopération française. Nous proposons d’augmenter les subventions de 50 à 80 % du total dans ces pays, en privilégiant l’éducation et la santé. En Afrique, nous voulons accentuer nos efforts sur l’agriculture et l’agro-industrie, c’est important pour assurer la sécurité alimentaire des populations. Cela ne peut se réaliser sans des infrastructures, des routes et de l’énergie. Nous devons concentrer nos prêts bonifiés sur ces secteurs en Afrique.

Cela signifie plus de rentabilité dans les émergents pour investir plus dans les pays les plus défavorisés ?
Non, cela ne se pose pas en ces termes. Nous n’avons pas d’objectif de profit, même si dans les faits nous avons un résultat net positif. Nous pouvons dégager des marges sur les prêts, car nous bénéficions des mêmes conditions d’emprunt que notre unique actionnaire, l’État. Sur 2009, nous avons reçu de l’État 400 millions d’euros de bonifications et 200 millions de subventions. Nous avons réalisé un résultat net de 200 millions. Avec environ 400 millions, nous avons, par nos capacités d’emprunt, financé plus de 6 milliards d’engagement, soit 16 % de l’Aide publique au développement française. Le modèle économique de l’Agence est bon et constitue une vraie success story .

Quelles sont vos priorités en termes de secteurs ?
La lutte contre le réchauffement climatique, le développement urbain et la formation professionnelle. Nous sommes un des bailleurs de fonds les plus avancés sur ces trois problématiques. À titre d’exemple, les plans de lutte contre le réchauffement que nous finançons en Indonésie sont une déclinaison du Grenelle de l’environnement, qui est devenu, en quelque sorte, un véritable produit d’exportation. Nous avons une compétence reconnue sur le sujet. Sur le développement urbain, nous sommes la première institution à prêter di-
rectement aux collectivités locales. C’est le cas notamment en Colombie, à Bogota et Medellin.

En vue de ce recentrage, la présence en Chine se justifie-t-elle ?
Il est très important d’y être présent sur ces trois thématiques que je viens d’évoquer. Nous essayons de déterminer ensemble les pays sur lesquels nous pourrions conduire des partenariats conjoints, en particulier en Afrique.

N’est-ce pas une stratégie un peu risquée, sachant que les entreprises chinoises sont déjà très présentes ?
L’Afrique a un énorme potentiel : réservoir de matières premières, forte croissance économique, développement urbain très rapide. Dans quarante ans, le continent comptera 1,8 milliard d’habitants (1 milliard de plus qu’aujourd’hui), et il aura doublé l’Inde et la Chine. Il est fondamental de s’occuper du développement économique de l’Afrique. Tous ceux qui veulent nous aider sont les bienvenus. Le président de la République l’a affirmé au sommet Afrique-France, à Nice. C’est une très bonne chose que les Chinois investissent sur ce continent. Dans un monde globalisé, seules les stratégies de coopération sont gagnantes. À nous d’être de plus en plus performants et inventifs.

Allez-vous réorganiser l’AFD ?
Nous devons faire des efforts sur les frais de fonctionnement dans le cadre de la RGPP. Cinq pistes sont à l’étude, notamment celle de redimensionner notre réseau, à travers la création d’agences régionales, agissant comme des hubs qui coordonneront les compétences techniques pour la région. Nous en prévoyons deux en Afrique et une en Amérique latine. Nous envisageons aussi de créer une direction des risques, pour mesurer et contrôler tous nos risques. Sur le plan des ressources humaines, nous devons enfin mettre en place des systèmes de tutorat. L’AFD, qui fêtera l’année prochaine ses 70 ans, a une identité et une culture d’entreprise très fortes : c’est un de ses grands atouts.

PROPOS RECUEILLIS PAR Gaëtan de Capèle, Anne Cheyvialle et Cyrille Lachèvre

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