06 octobre 2020 - 19:18 |

Ethicajou, une entreprise de transformation de cajou à vocation sociale au Sénégal

Pour la première fois, l’ONG Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF) avec la SCOP de commerce équitable,  Ethiquable, créé une entreprise de transformation de noix de cajou à Kolda au Sénégal. Un premier pas dans le "business" mais un « business social avec des valeurs » souligne Alain Yvergniaux, PDG d’Ethicajou.

Si AVSF, présent dans plus de 20 pays dans le monde, a largement participé à l’émergence d’entreprises coopératives dans le monde paysan en Amérique latine, c’est la première fois que l’ONG s’engage comme initiateur, fondateur et actionnaire d’une entreprise. «Depuis un certain temps, AVSF cherchait à augmenter l’impact de ses actions notamment en matière de création d’emplois et de revenu et l’idée murissait que c’est peut-être à travers une implication plus directe dans la création d’entreprise que ces impacts pourraient être démultipliés. Il y avait aussi une envie d’expérimenter. Mon parcours a fait que j’ai proposé ce dossier » indique Alain Yvergniaux.

Le choix du Sénégal, et plus précisément de la Casamance et de Kolda, n’est pas le fruit du hasard. AVSF y est présent depuis près de 20 ans. « Il y a dix ans, nous avons appuyé la création d’une coopérative de femmes en Casamance, qui transformait la noix de cajou dans leur village mais avec des moyens très artisanaux. Le bilan que nous en avons tiré avec elles est que cela avait produit des effets en termes d’emploi et de revenu mais qu’ils auraient pu être plus importants si on avait eu une organisation plus structurée, moins artisanale. Donc la création d’Ethicajou est venue aussi à la suite du bilan intéressant mais pas entièrement satisfaisant de cette coopérative de femmes que l’on avait aidé à émerger» indique Alain Yvergniaux. Ajoutant, «En même temps, depuis 18 mois nous avons beaucoup discuté avec les producteurs d’anacarde qui nous ont expliqué leurs difficultés à vendre, leur dépendance aux acheteurs et la fluctuation des prix. Ethiquable que l’on connaît depuis longtemps était aussi intéressé par le projet pour sa philosophie, son éthique et comme il est un distributeur important en France de produits agricoles bio et équitables, il  a été forcement intéressé ».

Un actionnariat avec des producteurs et un groupement de femmes

Ethicajou est donc le fruit de la convergence entre cinq acteurs, qui sont tous à son capital. A savoir les deux organisations paysannes de Casamance de Kolda et de Banghère à hauteur chacune de 17% du capital, l’organisation Ngalu, groupement de femmes transformatrices de noix de cajou (16%) et AVSF et Ethiquable pour 50%. A terme, AVSF et Ethiquable ont prévu de céder la majorité lorsque les organisations paysannes seront en mesure de gérer l’usine. Une usine, dont la construction a démarré depuis deux mois, et qui devrait entrer en production en mars avec le démarrage de la prochaine campagne anacardière au Sénégal. Quelque 100 emplois devraient être créés, essentiellement pour des femmes, avec une capacité  de production autour de 450 tonnes de noix de cajou pour 80 tonnes d’amandes. L’usine sera certifiée dans ses process et les noix de cajou des 400 paysans répartis sur les deux fédérations seront également certifiées bio et équitables dès le début 2021. Les amandes seront distribuées en France via Ethiquable mais pas exclusivement, et une partie sera commercialisée sur le marché local où il existe une demande sur les grandes villes, comme Dakar, Thiès, etc.

« Le processus d’équitable va se traduire par un prix d’achat des noix au paysan supérieur. Outre, un prix de base des noix supérieur au marché, qui correspond au principe du commerce équitable où une prime est versée au paysan, sera ajoutée aussi une prime au développement pour les fédérations » souligne Alain Yvergniaux. Ainsi les producteurs de cajou disposeront d’un revenu stable et légèrement supérieur à ce qu'offre le marché habituellement. En conclusion, le PDG d’Ethicajou déclare « Nous souhaitons démarrer avec une certaine ampleur mais modestie. Il n’est pas interdit que nous fassions le choix de se développer plus tard ».

Au Sénégal, qui produit environ 35 000 tonnes de noix de cajou par an, il n'existe qu’une seule usine de transformation. La production d’amandes n’est que de 500 tonnes par an.

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