10 décembre 2021 - 17:56 |

La Chronique matières premières agricoles au 9 décembre 2021

Les marchés se sont inquiétés de l’annonce cet après-midi des chiffres américains sur l’inflation qui pourraient influencer les décisions et discours de la Réserve fédérale la semaine prochaine. Une réunion du Federal Open Market Committee (FOMC) de la Réserve fédérale américaine (Fed) est prévue les 14 et 15 décembre, alors que les décisions de la Banque centrale européenne et de la Banque d'Angleterre sont attendues jeudi prochain et celle de la Banque du Japon vendredi.

Aux Etats-Unis, "L'inflation va s'accélérer. Nous pensons donc que cette évolution signifie qu'une hausse de taux en mars est très possible", a expliqué à Reuters Tom Porcelli, chef économiste de RBC Capital pour les Etats-Unis. "Le marché évalue à environ 40% la probabilité de cette hypothèse mais nous pensons désormais qu'elle est un peu supérieure." En Allemagne, la hausse des prix calculée aux normes européennes a été confirmée à 6% en rythme annuel en novembre. En outre, les nouvelles restrictions sanitaires annoncées par plusieurs pays, de la Chine au Royaume-Uni en passant par le Danemark, ne favorisent pas la prise de risque, pesant sur les marchés financiers.

Sur les marchés des changes, l'euro a terminé hier soir à $ 1,1282, tandis que le pétrole glissait hier à $ 75,06 le baril de Brent et $ 71,54 pour le brut léger américain (WTI). Certains investisseurs s'inquiètent des nouvelles mesures contre la pandémie dans plusieurs pays importateurs de brut. "La demande de pétrole ne devrait donc pas rester totalement épargnée, même si les conséquences ne seront probablement pas aussi graves que redouté initialement", estime Commerzbank.

CACAO - CAFÉ - CAOUTCHOUC - COTON - HUILE DE PALME - RIZ - SUCRE

CACAO

Les graphiques parlent d’eux-mêmes…. 2021 aura été une très mauvaise année pour le cacao. Et, comme si décembre voulait enfoncer le clou, la tonne de fèves à Londres sur la position mars est passée de £ 1 696 vendredi dernier à £ 1 677 à la clôture hier soir tandis que New York perdait $ 16, évoluant de $ 2 467 à $ 2 451 sur la semaine. Les négociants notent que le cacao sur décembre se vend avec une forte décote par rapport à mars, indiquant une disponibilité immédiate importante en fèves.

Au Ghana, alors qu’on annonçait une campagne en forte baisse, Climate24 sème le doute dans son dernier rapport. « La canopée est dense et en pleine santé. En outre, le climat a été plus favorable que la moyenne en novembre. Il en résulte que les arbres ont investi toutes leurs ressources dans les fruits. La bonne situation en octobre et novembre devrait partiellement rééquilibrer le potentiel décevant pour cette première moitié de la récolte principale », est-il souligné.

En Côte d’Ivoire, la pluviométrie dans les principales zones de production la semaine dernière était en-dessous de la moyenne, les planteurs espérant encore de bonnes pluies pour de bonnes récoltes encore en février et en mars, à la fin de la campagne principale.  Mais le sol est encore bien humide.

Les arrivages dans les ports ivoiriens de San Pedro et Abidjan ont totalisé 747 000 t entre le 1er octobre et le 5 décembre, estiment les exportateurs, en baisse de 10,1% sur la même période l’année dernière.

CAFÉ

Le café n’a pas fait mieux que le cacao. La glissade a été totale, sur les deux variétés au cours de la période sous revue, soit depuis la clôture vendredi dernier. Sur le marché à terme de Londres, le Robusta est passé de $ 2 386 à $ 2 306 la tonne sur la première échéance et l’Arabica à New York de $ 2,4335 la livre (lb) à $ 2,4020 sur mars.

Mais cette glissade ne remettrait pas en cause la tendance générale haussière sur le café, estiment les négociants interrogés par Reuters. Car les fondamentaux sont là : l’offre au Brésil et la Colombie s’annonce réduite sur cette campagne (lire nos précédentes chroniques). Bogota a enregistré en novembre une chute de 22% de sa production (Arabica lavé), à 1,13 millions de sacs de 60 kg (Ms), essentiellement à cause des pluies. Ses exportations ont également chuté le mois dernier, de 11% à 1,28 Ms, selon la Fédération nationale du café. Rappelons qu’en 2020, la production nationale a déjà baissé de 6% par rapport à 2019 à cause du coronavirus. Au Brésil, les expéditions ont baissé de 100 000 t sur le mois de novembre, selon le gouvernement.

Et l’offre ailleurs, sur les Arabica, ne peut guère prendre le relais des deux géants en baisse. La production en Amérique centrale, qui représente tout de même 15% de l’offre mondiale d’Arabica bon an mal an, devrait aussi baisser de 3% sur 2021/22 car la maladie de la rouille réapparait. En effet, les deux ouragans en 2020 ont ramené beaucoup d’humidité sur la région et la prévalence de la maladie qui était retombée en dessous des 10% en 2019/20, est remontée à 15-25% en 2020/21.

Autre facteur haussier, les stocks certifiés d’Arabica du marché à terme ICE sont quasiment à leur plus faible niveau en un an car, face aux coûts élevés du transport maritime international et au manque de conteneurs, les acheteurs puisant dedans.

Il en est de même du Robusta dans les entrepôts certifiés du marché de Londres, avec 104 610 t en stock au 5 décembre contre 115 090 t début novembre.

Sur le marché du physique au Vietnam cette semaine, les pluies légères et la Covid continuent de perturber la récolte des cerises et surtout leur séchage. Mais les caféiculteurs ont commencé à proposer du café frais de cette campagne démarrée le 1er octobre, mais en volumes encore limités car il faut le sécher. Ils en ont vendu à 40 400-41 500 dongs ($ 1,76-1,81) le kilo, quasiment aux mêmes prix que la semaine dernière. La saison sèche devrait bientôt arriver et permettre donc de bien sécher les grains. A l’export, la situation n’est pas favorable à la filière avec une décote atteignant $ 400 à $ 430 la tonne sur le contrat mars pour du Grade 2, 5% grains noirs et brisures, contre - $ 250-270 la semaine dernière. En Indonésie, le peu de café encore exporté s’est encore vendu avec une décote de $ 200 à $ 250 sur les contrats de janvier à mars.

CAOUTCHOUC

Covid-19 et Chine ont à nouveau fait chuter le marché du caoutchouc alors que les cours avaient enregistré leur première perte hebdomadaire sur quatre la semaine dernière. Sur l’Osaka Exchange, les cours ont terminé hier à 236,5 yens ($2,1) le kilo contre 240,6 yens vendredi dernier tandis que ceux à Shanghai sont passés de 2 311 yuans la tonne vendredi dernier à 14 620 yuans ($2 301) hier. Si le marché demeure inquiet sur l’impact  de la diffusion du variant Omicron sur l’économie mondiale, les nouvelles de Chine, premier acheteur de caoutchouc, ont pris le dessus. En effet, en Chine, les ventes automobiles ont  reculé en novembre pour un septième mois consécutif. Elles se sont élevées à 2,52 millions de véhicules, soit 9,1% de moins par rapport au mois de novembre 2020, selon les données de la China Association of Automobile Manufacturers (CAAM). Toutefois, les ventes de véhicules à énergie nouvelle (NEV) ont maintenu une forte dynamique, augmentant de 121 % à 450 000 unités en novembre. Une chute consécutive à la pénurie mondiale de semi-conducteurs, qui retarde la reprise mondiale de la production automobile. Or, cette semaine le directeur pour les Amériques de Volkswagen, Scott Keogh, a estimé que la pénurie mondiale de puces durera jusqu'au troisième trimestre de l'année prochaine.

De plus, toujours en Chine, les importations de caoutchouc naturel et synthétique sont en recul de 7% au mois de novembre par rapport à l’année précédente. Enfin, les craintes persistantes concernant le groupe Evergrande et le marché immobilier chinois ont également pesé sur le marché.

Pour 2022, la Banque ne semble pas très optimiste en anticipant des cours en recul de 10% (Lire : Des prix mondiaux du caoutchouc sous pression en 2022).

Côté entreprises, le groupe malaisien Top Glove a déclaré vendredi que ses bénéfices trimestriels avaient été presque anéantis, ajoutant qu'il s'attendait à ce que l'environnement commercial dans l'immédiat soit difficile. Le plus grand fabricant de gants médicaux au monde a affiché un bénéfice net de 185,7 millions de ringgits ($44,04 millions) au cours du trimestre de septembre à novembre, soit une chute de 92% par rapport à 2,36 milliards de ringgits il y a un an. Le chiffre d'affaires a chuté de 67% à 1,58 milliard de ringgits.  La société a déclaré que les prix de vente moyens et la demande sont revenus à la normale après le déploiement mondial du vaccin contre le coronavirus, tandis que les clients restent prudents sur les commandes de réapprovisionnement, dans l'attente d'une nouvelle baisse des prix des gants. "Le groupe a connu une baisse du volume des ventes au cours du trimestre attribuée à une concurrence et à une offre accrues, en raison de l'expansion des acteurs existants et à l’arrivée de nouveaux ", a déclaré Top Glove. Le groupe précise qu’il a progressivement repris ses exportations vers les États-Unis et s'attend à ce que le volume des ventes s'améliore au cours des prochains trimestres. L'année dernière, les douanes américaines ont interdit les importations de produits de Top Glove en provenance de Malaisie en raison d'accusations de travail forcé dans ses opérations, mais ont levé l'interdiction en septembre.

COTON

Après avoir chuté de plus de 6 % la semaine dernière, le marché du coton s’est consolidé et a même progressé, le contrat de mars clôturant hier à 106,59 cents la livre dur l’ICE contre 104,2 cents vendredi dernier.

Le rapport sur l’offre et la demande mondiales de produits agricoles (Wasde) du département américain de l’agriculture  (USDA) était quasi neutre pour le marché du coton avec des données quasi-inchangées tant pour le marché américain que le marché mondial à l’exception des stocks mondiaux de clôture en 2021/22 qui sont abaissés de 1,2 millions de balles suite à la révision à la baisse des stocks de départ, principalement en Inde, à une légère baisse de la production et une consommation un peu supérieure. Toutefois au niveau du commerce, l’USDA a révisé à la baisse les importations chinoises de coton (-250 000 balles), or la Chine a été un des éléments de la forte remontée du marché du coton ces derniers mois. La baisse de la demande chinoise  est  toutefois compensée par des importations plus élevées au Pakistan, au Vietnam mais aussi en Amérique centrale et Asie du Sud-Est. Les exportations du Brésil et des pays de la Zone Franc ont été revues aussi à la hausse.

La Chine a vendu 1,202 million de tonnes (Mt) de coton de ses réserves lors de deux périodes de ventes aux enchères. Si sur la première période, qui courrait de juillet à fin septembre, la totalité des  630 000 tonnes proposées ont été vendues, cela n’a pas été le cas pour les ventes aux enchères d’octobre à fin novembre où seulement  60% des lots proposés ont été cédés. Combien reste-t-il de coton dans la réserve ? L’USDA l’estime entre 1,9 et 2,1 Mt, dont 475 000 tonnes de coton national et au moins 1,4 Mt de coton importé. Les stocks restants de coton domestique proviennent en grande partie de la récolte 2019, tandis que les stocks de coton importé coton sont majoritairement issus des récoltes 2018-2020 précise l’USDA.

En Afrique de l’Ouest et en Afrique Zone Franc, l’USDA anticipe des productions record de coton pour 2021/22 (Lire : La production de coton en Afrique de l’Ouest  approche les sommets pour 2021/ 22).

Le Mali afin de protéger son approvisionnement alimentaire a décidé de suspendre pour une durée non déterminée ses exportations de céréales mais aussi de graine et de tourteau de coton (Lire : Le Mali suspend ses exportations de riz, maïs, coton, mil, sorgho).

HUILE DE PALME

Après avoir chuté deux semaines consécutives avec une perte de plus de 4% la semaine dernière, les cours de l’huile de palme se sont repris pour clôturer hier à 4 775 ($1132,86) la tonne sur la Bursa Malaysia Derivatives Exchange contre 4 652 ringgits jeudi dernier (vendredi étant férié). Mais ils ont été très volatils. Le variant omicron alimente l'incertitude et fait pression sur le marché de l’huile de palme tout comme la proposition des Etats-Unis de réduire les mandats de mélange de biocarburant entrainant la chute de l’huile de soja. D’un autre côté, l’offre pourrait être plus serrée. Selon une enquête menée par Reuters auprès des professionnels du secteur, les stocks d'huile de palme de la Malaisie ont probablement chuté de 3,5% au mois de novembre par rapport au mois précédent pour atteindre un creux de quatre mois à 1,77 million de tonnes (Mt). La production a probablement augmenté de 1 % par rapport à octobre pour atteindre 1,74 Mt, tandis que les exportations devraient progresser de 11,9 % pour atteindre 1,59 Mt. Le Malaysian Palm Oil Board doit publier aujourd’hui ses données sur l'offre et la demande de novembre.

« L'huile de palme est confrontée à une réduction de la production au mois de décembre et à des problèmes de pénurie de main-d'œuvre, mais la demande diminue et cela pourrait empêcher les prix de se redresser au moins jusqu'à la fin de l'année », souligne Paramalingam Supramaniam, directeur de la société de courtage Pelindung Bestari basée à Selangor.

RIZ

Nouvelles baisses des prix à l’exportation en Asie cette semaine.

En Inde, les prix du riz étuvé 5% ont chuté à un plus bas depuis décembre 2016  à $351-$356 la tonne contre $353-358 la semaine dernière. En cause, la  baisse de la roupie qui a permis aux exportateurs de réduire leurs prix dans un dans un contexte d'augmentation de l'offre locale.

Au Vietnam, les prix du Viet 5 % sont tombés à $410-$414 la tonne contre $415- $420  la semaine dernière. Le marché est inactif  tandis que les coûts d’expédition demeurent élevés et la disponibilité des conteneurs faible. "Les agriculteurs des provinces du delta du Mékong accélèrent les semis qui devraient se terminer d'ici la fin de ce mois pour éviter la sécheresse et la salinité" selon un commerçant, précisant que la principale saison des récoltes hiver-printemps devrait se terminer en février.

En Thaïlande, les prix du Thaï 5% se sont rétrécis à $385- $396 la tonne contre $380- $397 la semaine dernière, alors que le baht thaïlandais se renforçait par rapport au dollar. Certains commerçants ont déclaré que le marché est relativement calme à l'approche de la fin de l'année, tandis que d'autres indiquent que certains acheteurs se précipitaient pour passer des commandes avant la fin de l'année. "Comme les prix ont largement baissé, il y a plus d'opportunités de vendre du riz aux acheteurs étrangers", a déclaré un commerçant.

Au Bangladesh, les prix intérieurs du riz ont de nouveau augmenté cette semaine malgré de bonnes récoltes et des importations. Une hausse imputables à la thésaurisation par les intermédiaires, selon le ministère du Commerce.

SUCRE

Le sucre fait son bonhomme de chemin, regrimpant à 19,69 cents la livre (lb) de roux à Londres hier soir contre 18,75 cents en fin de semaine dernière, tandis que le blanc clôturait à $ 510,70 la tonne à Londres contre $ 486,90 vendredi dernier. Un marché soutenu par la crainte de voir le phénomène météorologique La Niña et son temps très sec impacter le sud du Brésil qui a déjà subi une sécheresse l’année dernière.

Ceci dit, certains traders soulignent que les fonds d’investissements réduisent leurs positions longues face au nouveau variant de la Covid, laissant penser que les cours mondiaux vont diminuer. En outre, rien ne menace les différentes zones de production actuellement, ce qui laisse penser que les prix auront du mal à franchir la barre des 19,50-20 cents. D’ailleurs, le courtier StoneX voit les cours osciller entre 18 et 20 cents sur l’ensemble de 2022 face à des niveaux élevés de production (surtout en Inde, en Europe et en Thaïlande avec des perspectives qui s’amélioreront au Brésil sur 2022/23) et une demande moins « urgente », alors même qu’il anticipe une troisième campagne déficitaire de 1,8 Mt sur 2021/22.

Aux Etats-Unis, des rendements plus faibles de la canne en Louisiane a conduit le département de l’Agriculture (USDA) a révisé à la baisse de 82 500 t ses estimations de production nationale de sucre sur 2021/22 à 8,3 Mt. Ainsi, les importations totaliseraient 2,78 Mt contre 2,75 Mt estimés précédemment. Le ratio stock/consommation de sucre est ramené à 13,6% contre 14,3% estimé en novembre. A cette occasion, l’USDA a indiqué des arrivages additionnels de sucre importé à des tarifs douaniers très élevés ou de pays non-membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et donc assujettis au plein tarif. Cette situation ne se rencontre que lorsque le prix du sucre sur le marché domestique est très élevé : or, ils sont actuellement à leurs plus hauts niveaux depuis plus de 10 ans.

Côté entreprises, le leader sud-africain Tongaat Hulett a annoncé hier des pertes sur le premier semestre de son exercice (à septembre) et a décidé de ne pas distribuer de dividendes. Par action, ses pertes ont atteint 188 cents alors que sur la même période l’année dernière, il avait annoncé des bénéfices de 178 cents par action. En effet, les rendements sont en baisse et les opérations de raffinage aussi liées à l’impact de la Covid sur les opérations d’entretien de l’outil industriel. Ceci dit, ses revenus ont augmenté de 5% à 8,5 milliards de rands grâce aux bonnes performances de ses filiales au Zimbabwe et au Mozambique. Tongaat Hulett a annoncé ne pas verser de dividendes tant qu’il n’aurait pas réduit sa dette à un niveau soutenable. Notons qu’au 30 septembre, ses emprunts totalisaient 6,9 milliards de rands contre 11,9 milliards un an auparavant.

Filières: 
Matières premières: 
Oui
Énergies renouvelables: 
Non

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