12 novembre 2012 - 23:41 |

Festicacao 2012 : le Cameroun à l’aube d’une nouvelle ère cacaoyère

Face au marasme des filières camerounaises cacao et café, le Conseil interprofessionnel du cacao et du café avec l’appui du ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, est en train de se lancer à la reconquête de ce secteur économique.

(12/11/2012)

La semaine dernière, les 7 et 8 novembre, s’est tenue au Cameroun la première édition de Festicacao, un évènement inédit faisant la promotion de la filière cacao dans, simultanément, cinq villes du pays : Douala, Yaoundé, Mbalmayo, Mbangasi-Naonatélé et Koumba. Outre l’envergure de l’évènement organisé par le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) sous le parrainage du ministère du Commerce, il laisse présager d’un tournant dans le développement et les objectifs des filières cacao et café qui, rappelons-le, représentent 24% du PIB agricole camerounais.

Une production nationale à peine supérieure à 200 000 t

Le Cameroun a vu, au fil des dernières années et décennies, sa filière cacao (et plus encore, café) se dégrader, à tel point qu’il ne figure plus qu’au cinquième rang mondial des exportateurs mondiaux. Selon les chiffres de l’Office national du cacao et du café (ONCC), la production 2011/12 commercialisée n’a été que de 207 698 t contre 218 702 t en 2010/11, soit une baisse de 5% ; pour leur part, les exportations ont chuté de 9 056 t, à 180 075 t. En conséquence, les stocks de fin de campagne s’élèvent à 3 212 t contre 5 556 t en 2010/11, ce qui réduit encore les disponibilités à venir.

Baisse des volumes, mais aussi baisse de la qualité de la fève camerounaise qui subit systématiquement et traditionnellement une décote sur le marché international par rapport aux autres origines africaines, que ce sont la Côte d’Ivoire et même le Nigeria et a fortiori le Ghana, Rolls de la fève.

L’interprofession camerounaise, dotée depuis le mois d’avril d’un nouveau secrétaire exécutif, Omer Maledy, entend donner une nouvelle impulsion à la filière cacao mais aussi à celle du café dont elle a aussi la charge et pour laquelle sera également organisé un « Festicoffee » les 6 et février prochain Cette nouvelle impulsion revêt diverses formes dont le programme « New Generation » du CICC (cf.la vidéo de l‘intervention d’Omer Maledy lors de la conférence du Festicacao à Mbalmayo) tendant à former des jeunes aux cacao et caféicultures de qualité et certifié, contribuant aussi et ainsi au rajeunissement du verger. L’âge moyen du cacaoculteur camerounais est de 56 ans, a précisé le secrétaire exécutif.

Un rajeunissement du verger qui est soutenu par les acteurs privés de la filière : pas plus tard qu’en septembre dernier, dans le cadre de son programme de responsabilité sociale (RSE), Chococam, filiale du groupe sud-africain Tiger Brands qui a racheté la chocolaterie à Barry Callebaut en 2008, a distribué des plants à haut rendement aux cacaoculteurs de la Région du Centre.

D’autre part, une campagne active de sensibilisation à l’égard des méfaits des « coxeurs », acheteurs de fèves non reconnus par la filière et qui achètent à n’importe quel prix n’importe quelle qualité est lancée (cf.la vidéo d’André Belebenie de l’Association nationale des producteurs de cacao et de café du Cameroun).

L’éveil du marché national

A Mbalmayo, mercredi dernier, le directeur exécutif de l’Organisation internationale du cacao, Jean-Marc Anga, a tiré la sonnette d’alarme : aux plans mondial mais aussi national camerounais, il faut plus de fèves, des fèves de qualité (voir la vidéo, traçables, certifiées, durables économiquement et socialement, conformes aux normes de sécurité sanitaire, une production sans recours au travail des enfants. Mais, précise-t-il, pour que ceci se réalise, il faut que le planteur perçoive une partie de la prime payée par le consommateur qui achète ce cacao ou chocolat quasi irréprochable. « Il est normal de payer plus cher du cacao certifié », déclare-t-il, tout en sachant que tôt ou tard, seul le cacao certifié sera recevable sur le marché international. Il ne sera alors, sans doute, plus question de le payer plus cher….

Des initiatives, parmi d’autres, qui n’ont pas pour seul objectif le marché international. La consommation nationale du Cameroun est en pleine évolution. Les chiffres précis manquent, mais grosso modo, 5% de la production nationale de fèves est destinée au marché local ; l’usine de Chococam a ainsi produit 7 tonnes de chocolat par jour ces
12 derniers mois (voir la vidéo d’Alexandre Ndoumbe). Longtemps seule unité de transformation sur le marché local, d’autres structures commencent à voir le jour dont, il y a 6 mois, une première unité de pâte à tartiner de la Compagnie chérifienne de chocolaterie du groupe marocain Aiguebelle. Présent également à Festicacao, Bernard Sylva, directeur général adjoint du groupe, a souligné qu’une ligne de fabrication de tablettes devrait voir le jour début 2013 puis une ligne de traitement de la fève. Objectif : le marché local et l’exportation sur la sous-région Afrique centrale.

Un marché local qui ne cesse de se développer au rythme de l’accroissement du pouvoir d’achat, de l’émergence d’une classe moyenne, d’une urbanisation galopante, mais qui pourrait faire mieux encore. D’où le lancement de cette première édition de Festicacao, véritable rencontre des Camerounais avec leur cacao et leur chocolat (voir la vidéo trottoir au Festicacao 2012).

Un débouché local qui apparait comme étant de plus en plus attrayant, tous produits confondus, face à un marché international fluctuant, souvent perçu comme compliqué et décevant car difficilement maîtrisable. Les cours internationaux sont marqués par l’instabilité, une véritable plaie pour tout producteur, même si le planteur camerounais est parmi ceux les mieux rémunérés d’Afrique pour son cacao: d’un plus haut de $ 4 722 en juillet 1977 ($15 000 en valeur réelle), la tonne de fèves sur le marché à terme de Londres a chuté à un plus bas de $ 774 en novembre 2000 pour remonter aujourd’hui à $ 2 210.

Le Cameroun entend donc explorer un marché prometteur : le sien et celui de sa sous-région.

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