12 décembre 2008 - 00:00 |

La chronique Matières du Jeudi

Une bonne production céréalière au Sahel

(11/12/08) La fin de l’année annonce traditionnellement la trêve des confiseurs mais aussi la période des bilans de sociétés. La vérité des chiffres risque d’être dure à encaisser pour les marchés financiers, ce qui pourrait provoquer un regain d’intérêt pour les marchés à terme de matières premières de la part des investisseurs et spéculateurs, et donc une remontée de certains cours. Par ailleurs, il n’est guère probable que les prix des matières premières subissent encore une baisse du fait de liquidations d’investisseurs en quête de liquidités car ceci a déjà été fait. Il semblerait plutôt qu’on termine l’année sur ce gros nettoyage qui a été fait parmi les détenteurs d’avoirs en matières premières et qu’on se retrouve face à des fondamentaux qui pourraient refaire un peu plus la loi sur ces marchés. On peut alors estimer, avec une grande prudence, que certains prix pourraient ainsi regrimper ou du moins se stabiser._

Cacao. Les cours du cacao sur les marchés internationaux ont beaucoup augmenté ces derniers jours car tout simplement la mauvaise récolte chez le producteur mondial (45%), la Côte d’Ivoire, se confirme. Les raisons sont toujours les mêmes, au premier rang desquelles un verger vieillissant, mais aussi des broyages locaux, en Afrique de l’Ouest, qui ne cessent d’augmenter. Barry Callebaut, ADM, Cargill et d’autres augmentent ou projettent d’augmenter à tour de bras leurs capacités de broyage tant en Côte d’Ivoire qu’au Ghana, réduisant d’autant les disponibilités en fèves à l’export. Ce qui donne des primes de £ 200 la tonne par rapport aux marchés à terme.

Café. Après une forte baisse ces dernières semaines, les marchés internationaux du café semblent avoir retrouvé une certaine forme. Globalement, les récoltes sont bonnes et il devrait y avoir assez de marchandise pour faire face à la demande. A la seule exception de l’Arabica lavé. La Colombie, numéro un mondial de l’Arabica lavé, a accusé un retard dans ses récoltes. Selon les plus optimistes, souligne un trader, ce manque serait résorbé d’ici les embarquements d’avril et mai, mais les pessimistes considèrent qu’on en manquera pendant toute l’année. On estime qu’il y aurait 10 Ms de café lavé de Colombie cette année, soit une récolte plus faible que prévue. Ce qui explique que le différentiel de la Colombe ne cesse de croître. Il ne s’agit nullement de politique de rétention que les planteurs pratiqueraient. Il n’y a tout simplement moins de café disponible à l’export, ce qui privilégie le marché local, et parce que aussi la récolte a été en retard.
Hormis cette question de la Colombie, les prix ne devraient guère baisser, malgré l’équilibre global entre l’offre et la demande, et on pourrait assister à un regain d’intérêt des fonds et autres investisseurs pour le café.

Céréales. Dans le Sahel, les bonnes récoltes attendues font baisser le prix des céréales au Mali et au Burkina mais les prix sont en hausse sensible au Niger, souligne Afrique Verte dans son dernier point de marché.
Au Mali, la récolte est en cours et la production arrive sur les marchés, ce qui fait baisser les prix. Car la campagne est bonne. Afrique Verte fait état d’une production céréalière de 4 925 600 tonnes dont 33% de riz, 30% de mil, 22% de sorgho, 14 ,5% de maïs, 0,8% de fonio et moins de 0,2% de blé.
La hausse devrait augmenter de 26,7% par rapport à la campagne précédente. L’excédent brut est donc estimé à plus de 1 144 600 t, les céréales sèches enregistrant la plus forte croissance de tous les temps.
Au Niger, pour la campagne agricole pluviale 2008, les productions céréalières brutes (mil, sorgho, maïs, fonio) sont estimées à 4 492 040 t contre 3 778 312 t en 2007, soit une augmentation significative de 19%. A noter que les prix ont augmenté par rapport au mois d’octobre et décembre 2007. La hausse du prix des céréales, explique Afrique Verte, est liée à une faible mise en marché par les producteurs qui ont plutôt vendu leur bétail embouché et des produits de rente à l’occasion de la fête de Tabaski, mais aussi par les achats de commerçants du Nigeria.

Coton. Sans grande surprise, le rapport de l’USDA, publié jeudi 11 décembre, a annoncé une demande mondiale de coton et une utilisation de cette fibre en 2008/09 qui seront les pires de ces 65 dernières années.
Ainsi, l’USDA estime maintenant que la production mondiale serait de 111,56 millions de balles de 480 lb (112,87 estimées en novembre et 120,54 en 2007/08)
La consommation mondiale chuterait à 116,59 millions de balles de 480 lb contre 119,33 millions en 2007/08. Dans son rapport du mois de novembre, l’USDA prédisait la consommation mondiale de 2008/09 à 119.33 millions de balles contre 122.31 millions dans le rapport du mois d’octobre. Les stocks en fin de campagne seraient de 58,77 millions contre 57,40 millions à la fin de celle qui vient de s’achever. Les exportations américaines baisseraient à 12,25 millions de balles contre 13 millions.

Vanille. Madagascar s’affirme toujours plus sur ce marché de la vanille. Sa récolte en 2008, qui sera disponible entre janvier et avril 2008, est estimée atteindre entre 1 000 et 1 100 t alors que d’autres pays producteurs, comme l’Ouganda, l’Inde ou encore la Papouasie Nouvelle Guinée, voient leur récolte diminuer, à 100-150 t pour le premier et moins de 200 t pour l’Inde en 2009 alors qu’on serait plutôt entre 200 et 250 t cette année. « En Inde, on ne devrait guère descendre plus bas car le marché s’est épuré des gens les moins sérieux », explique Olivier Bourgois d’Eurovanille.
En effet, ces pays concurrents ont du mal à concurrencer la vanille de Madagascar et cela a découragé les planteurs. En outre, avec le jeu du dollar, des pays comme l’Inde ou la Papouasie qui sont arrimés au billet vert, voient leur compétitivité d’autant réduite.
Question qualité, la vanille rouge à Madagascar est « correcte ». « On n’a plus de doutes s’agissant de la vanille noire », précise-t-il. Et plus d’inquiétude. En effet, on remarque qu’il y a de plus en plus de camions qui sillonnent les zones de production, proposant au producteur de conditionner de suite, sous vide, leurs gousses. Une prestation payée au camion, de suite, et destinée à réduire le nombre d’intermédiaires qui, il faut le dire, peut aller jusqu’à 5 ou 6 entre le producteur et l’exportateur. En outre, cette pratique permet de maintenir l’eau dans la gousse, augmentant ainsi son poids. Car il faut savoir que la vanille verte, une fois préparée, perd six fois son poids d’eau. D’où l’attrait de conditionner de suite la gousse. Toutefois, celle-ci pourrit ainsi. Ce phénomène se répand également en Inde.
Il faut dire que le prix de la vanille naturelle est très bas depuis 3 à 4 ans, ce qui a accru sa demande face à son rival de toujours, la vanille synthétique. Et la crise économique mondiale actuelle ne devrait guère avoir d’incidence.

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