13 août 2009 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

La folie de certains marchés s’accentue

(13/08/09)

Cacao. La fermeté sur le marché du cacao est toujours de mise car l’inquiétude persiste sur les approvisionnements alors que, rappelons-le, le marché est dans sa troisième campagne déficitaire consécutive. Le phénomène El Nino commence à pointer du nez alors que la baisse de production en Côte d’Ivoire est maintenant un trend avéré avec des planteurs pas assez payés et un verger vieillissant. « Compte tenu de ces facteurs, le marché est à son niveau normal », souligne un trader.
Côté demande, Laurent Pipitone de l’Organisation internationale du cacao, estime qu’elle devrait légèrement augmenter en 2009/10, ce qui est également un facteur haussier. Le statisticien de l’ICCO rappelle qu’entre septembre 2008 et septembre 2009, la demande a baissé de 6,5% en raison du ralentissement de la crise mondiale. Entre 2002/03 et 2006/07, elle aurait augmenté en moyenne annuelle de plus de 4% avant de ralentir de 2,6% en 2007/08 lorsque la crise a commencé à sévir aux Etats-Unis.
Dans les pays producteurs, notamment dans le premier d’entre eux, la Côte d’Ivoire, les arrivages au port ont atteint 1 119 000 t le 9 août, soit une baisse par rapport aux 1 285 898 t à la même période l’année dernière. Si les exportations de fèves ont baissé de 9%, à 794 163 t, d’octobre à juillet, selon les statistiques portuaires ivoiriennes, les exportations de produits semi-finis ont progressé de 11% sur la même période, à 271 024 t.
Au Nigeria, quatrième exportateur mondial, les exportations de cacao de septembre à juin ont baissé de 7,7%, à 140 419 t, a déclaré mardi le Federal Produce Inspection Service à Lagos. Rappelons que ce dernier a pour mission l’inspection des fèves et autres produits agricoles, avant leur exportation notamment vers l’Occident et l’Asie. Pour le seul mois de juin, ces exportations se sont établies à 6 074 t contre 7 810 t en juin 2008. Une baisse que le Nigeria explique notamment par la crise économique et le ralentissement de la consommation mondiale. En effet, souligne-t-il, les entrepôts à Lagos et à Calabar sont bien dotés en marchandises.
A noter qu’à ces chiffres d’exportation, il faut ajouter les 15 à 20% de fèves qui sont broyés localement. On parviendrait ainsi aux 166 100 t habituellement évoquées comme étant le cacao qui serait arrivé dans les grandes villes portuaires du Nigeria entre octobre 2008 et juin 2009. Une activité locale qui serait très affectée par le ralentissement économique et la crise énergétique au Nigeria, selon la Cocoa Processing Association of Nigeria.

Café. L’Arabica a démarré très fort la semaine, touchant à New York un plus haut en 9 semaines, puis il s’est consolidé et ce malgré la vague de hausses des cours de l’ensemble des matières premières et un dollar faible. Globalement, il reste autour de 138 à 140 cents sur Décembre, avec peu d’activité. Les prix du café lavé ont tendance à baisser en différentiel plus on se rapproche de la nouvelle récolte, en particulier en Colombie.
Sur le Robusta, la demande est très bonne notamment en rapproché, ce qui peut s’expliquer par l’écart grandissant avec l’Arabica. Londres baisse en niveau, plombé par le potentiel de plusieurs dizaines de millers de tonnes restant à fixer par le Vietnam et l’Indonésie.
Dans les pays producteurs africains, la chute dramatique de la production de café au Burundi, chute estimée à 55% sur la campagne 2009/10 par le Coffee Board (OCIBU), a conduit celui-ci a annoncé mardi une baisse de 59% de ses dépenses sur la filière. En effet, la récolte ne serait que de 11 000 t cette campagne contre 24 015 t en 2008/09. Ainsi, il ne dépensera que 12 milliards de francs à acheter les cerises et les grains lavés aux planteurs contre les 29 milliards qu’il a déboursés l’année dernière.
Les autorités s’attendent à ce que les recettes caféières ne soient que de $ 21,8 millions sur 2009/10 contre les $ 58,9 millions perçus la campagne dernière. Le gouverneur de la Banque centrale s’est toutefois montré rassurant : cette baisse de recettes n’affectera pas les réserves en devises du pays, contrairement aux craintes puisque le café est le premier secteur à l’export, car le pays continue à recevoir des soutiens budgétaires du FMI. Toutefois, cette chute de production caféière va gravement affectée l’économie du pays. Selon les prévisions du FMI, la croissance économique ne serait que de 3,2% cette année contre 4,5% l’année dernière, essentiellement à cause de la baisse d’activité du secteur caféier.

Céréales. Au Sahel, le prix des céréales sèche augmente légèrement en cette période de soudure tandis que le riz est assez stable. Globalement, la disponibilité en céréales est correcte, souligne Afrique Verte dans son bulletin d’information mensuel.
Au Mali en juillet, le marché se caractérise par une hausse presque générale des céréales sèches et une stabilité relative (voire des fluctuations à la baisse) pour le riz sur certains marchés suite aux récoltes de contre saison et aux mesures accordées comme les subventions à l’importation. La hausse est normale en cette période de soudure où l’offre est en diminution sur les marchés et le démarrage de la campagne agricole est un peu difficile.
Au Niger, début août, la tendance générale de l’évolution des prix est à la hausse pour les céréales sèches et à la stabilité pour le riz. Les hausses les plus significatives ont été observées sur les marchés de Zinder (15% pour mil, 16% pour le sorgho) et de Niamey (8% pour le mil, 10% pour le sorgho et 14% pour le maïs). La hausse est liée dans une grande mesure aux effets conjugués des perturbations observées dans l’installation définitive de la campagne agricole 2009 et à la diminution de l’offre locale. Les prix du riz importé sont quasiment stables voire en légère baisse sur certains marchés. L’analyse spatiale des prix des céréales classe le marché de Tillabéry au premier rang des plus chers, suivi par Agadez, Zinder, Dosso, Niamey et Maradi. Comparés à début août 2008, hormis le maïs et les céréales sèches à Tillabéry, ces prix sont en hausse pour toutes les céréales et sur tous les autres marchés (de 2 à 10% pour le riz ; de 10 à 21% pour le mil ; de 5 à 16% pour le sorgho).
Quant au Burkina Faso, d’une manière générale, la tendance des prix est à la hausse sur l’ensemble des marchés au cours du mois.

Coton. La semaine a démarré avec un coton sur le marché à terme à New York qui a atteint son plus haut niveau en trois semaines, à 63,75 cents la livre de coton. Le marché était notamment dans l’attente de la publication mercredi des premiers chiffres prévisionnels du département américain de l’Agriculture pour la campagne 2009/10. Et c’est effectivement un rapport très haussier que l’USDA a publié mercredi.
Selon les prévisions américaines, la consommation de coton augmenterait avec le début de la reprise économique tandis que la production demeurerait stable car les faibles prix ces derniers mois n’ont guère incité les agriculteurs à cultiver du coton. De ce fait, les stocks mondiaux baisseraient à des niveaux qu’on n’avait plus vu depuis 7 ans. Des stocks étroits stimulent les cours et le prix au producteur aux Etats-Unis devrait croître de 10% selon les estimations.
Cet écart entre la demande et la production conduit à des importations en hausse dans les pays producteurs. Toutefois, les Etats-Unis ne devraient guère en profiter car leurs exportations sont prévues chuter de 23%, toujours selon les prévisions de l’USDA. En effet, l’offre cotonnière américaine serait au plus bas depuis 11 ans !
Selon le rapport de l’USDA, la superficie mondiale cotonnière est estimée s’établir à 30,03 milliards d’hectares en 2009/10 (32,94 milliards en 2007/08), avec un rendement mondial moyen de 768 kg/ha (796 en 2007/08) et une production de 105,87 millions de balles de 480 lb (120,51 millions de balles).
En Afrique, la situation serait la suivante en 2009/10, selon les prévisions de l’USDA : Burkina : les rendements seraient en hausse à 423 kg/ha (367 et 421 en 2007/08 et 2008/09) avec une production en hausse à 880 000 balles Mali : les rendements seraient en forte hausse, à 594 kg/ha estimé en août contre 523 estimé en juillet et 401 et 345 en 2008/09 et 2007/08. En revanche, sa production globale baisserait à 30 millions de balles contre 35 la campagne dernière et 40 en 2007/08 car les surfaces cotonnières se sont fortement réduites.
Les rendements en Côte d’Ivoire seraient mauvais, de l’ordre de 254 kg/ha, soit semblables à ceux de 2008/09 (258), mais en hausse par rapport à 2007/08 (245). Lla production baisserait à 18 millions de balles car les superficies sont réduites.
Au Cameroun, les superficies sont stables, les rendements sont en hausse (363 kg/ha contre 327 et 340 les deux dernières campagnes), d’où une production attendue à 25 millions de balles, soit le même volume qu’en 2008/09 mais en hausse sur 2007/08 (21 millions)
Au Bénin, les estimations d’août concernant les rendements baissent par rapport aux prévisions faites en juillet (514 contre 544 kg/ha) mais ils sont en nette progression par rapport aux deux dernières campagnes (430 en 2008/09 et 465 en 2007/08), ce qui donnerait une production de 43 millions de balles (41 et 50 millions en 2008/09 et 2007/08 respectivement).
Au Tchad, ce serait toujours la chute libre avec les plus faibles rendements au monde, à 192 kg/ha contre 230 encore en 2007/08 et donc une production attendue à 15 millions de balles(19 en 2007/08)
Au Togo, les rendements se maintiennent par rapport à 2008/09, à 251 kg/ha, mais ont très fortement chuté par rapport à 2007/08 (368 kg/ha), ce qui devrait faire baisser la production à 8 millions de balles (11 millions en 2007/08)
Au Sénégal, les rendements baisseraient à 408 kg/ha (460 et 435 en 2008/09 et 2007/08) d’où une production attendue en baisse à 8 millions de balles.
En Egypte, où la cotonculture est très différente du reste du continent, la production chuterait à 43 millions de balles (97 en 2007/08) car les superficies ont baissé de moitié. Les rendements atteignent 841 kg/ha en hausse sur 2008/09 (837) mais en forte baisse sur 2007/08 880).
Au Zimbabwe, les rendements seraient de 264 kg/ha, en hausse sur 2008/09 (244) mais en forte baisse par rapport à 2007/08 (315) avec une production qui atteindrait 46 millions de balles (42 et 57 millions en 2008/09 et 2007/08 respectivement).
Au Nigeria, les rendements sont au même niveau qu’en 2007/08, à 248 kg/ha) après être tombés à 234 en 2008/09, avec une production globalement stable à 45 millions de balles.

Huile de palme. L’huile de palme sur les marchés internationaux a enregistré une baisse de son prix hier après avoir accusé une spirale haussière les trois journées précédentes. Elle a gagné 6% en 3 jours face à une demande qui va s’intensifier à l’approche du Ramadan. Il s’agit d’une consolidation et des prises de bénéfices car les fondamentaux demeurent haussiers, avec des stocks qui ne cessent de baisser.

Poivre. Le marché du poivre est devenu comme fou, avec une flambée des prix probablement liée à une manipulation du marché. La flambée est telle qu’il n’y a pas de transactions et donc pas de prix de marché, souligne un négociant.
Déjà mi-juillet, le marché du poivre était déjà très chahuté. Les producteurs s’attendaient à une reprise de la demande internationale et donc faisaient de la rétention en attendant que les prix gagnent encore du terrain. Face à cela, les pays importateurs ont gardé une position d’attente, ne voulant pas attiser la tendance haussière par des achats.
Mais fin juillet, les prix ont flambé sur une reprise des achats de la part des Européens et des Américains. Des prix également dopés par l’approche de la période des festivals en Asie et du Ramadan, alors que l’offre est de plus en plus limitée : la prochaine récolte ne démarrera qu’en décembre. Face à cette reprise de la demande, début août, la concurrence s’est faite de plus en plus vive entre les origines. Notamment, l’Inde a ramené ses prix afin d’être plus compétitive face aux poivres vietnamiens, brésiliens et indonésiens.
Mais aujourd’hui, le marché est entré dans une phase très spéculative. Le prix spot sur le marché leader de Kochi, dans le Kérala en Inde, a baissé en l’absence de transactions : la demande à l’exportation a chuté car les opérateurs attendent une correction des prix ces prochains jours. De leur côté, les producteurs font de la rétention, attendant que les cours grimpent davantage. Il n’y a donc pas de prix de marché aujourd’hui, par manque de transactions physiques suffisantes. En un mois, le prix spot moyen sur le marché de Kochi est passé de 124-130 à 142-147 roupies le kilo.

Sucre. C’est le délire ! Le prix du sucre a atteint mercredi sur les places de Londres et New York son plus haut en 28 ans et demi, touchant les 23,33 cents la livre à New York. Les 30 cents sont en vue, selon nombre d’observateurs, et les 25 à 27 cents dans les tous prochains jours. De la spéculation, certes, attise le mouvement haussier mais celle-ci s’appuie sur des fondamentaux solides, notamment encore et toujours l’Inde mais pas seulement. Le consultant Jonathan Kingsman est allé jusqu’à déclaré qu’il estimait la récolte indienne à 17 millions de tonnes seulement en 2009/10, soit en dessous des précédentes prévisions de l’ordre de 19 Mt.
De son côté, le Brésil connaît toujours des retards de production liés à la météorologie. Et face à cela, le Pakistan et les Etats-Unis prévoient d’acheter respectivement, 300 000 et 800 000 t de sucre.
En Afrique, le numéro un africain du sucre, le groupe Illovo Sugar, basé à Durban, a déclaré hier qu’il voudrait accroître de 50% sa production ces 5 prochaines années, pour atteindre 3 millions de tonnes. Actuellement, il produit 1,9 Mt. Illovo, qui est détenu à 51% par le britannique Associated British Foods, veut lever 3 milliards de rands afin de financer sa croissance en Zambie (sa production passerait de 200 000 à 450 000 t), au Mozambique (doublement de la production à 150 000 t), au Swaziland (+100 000 t sont prévues), au Malawi (production de 266 000 t en 2008, prévue en hausse) et Tanzanie (127 000 t en 2008, prévue en hausse). En outre, il dépasse ses frontières naturelles d’Afrique australe avec son unité au Mali qui devrait produire 200 000 t par an ; il prévoit aussi de produire de l’électricité. Ce boost en production s’explique par la fin du Protocole sucre européen au 1er octobre 2009 qui va libérer l’accès de ce marché pour les PMA.
De son côté, notons que le géant minier sud-africain Anglo American envisage de vendre ses 51,2 millions d’actions dans le sucrier Tongaat, car il veut se recentrer sur ses activités traditionnelles que sont les mines. Quant à Tongaat, il déclare que ceci lui permettra d’augmenter ses liquidités. Notons que l’action de Tongaat a gagné 46% depuis le début de l’année face à la flambée des cours mondiaux du sucre roux qui ont gagné 80% depuis le 1er janvier.

Thé. Les ventes aux enchères de thé à Nairobi mardi ont enregistré une hausse des prix face à une forte demande notamment de la part des pays musulmans qui font leurs réserves avant que ne démarre le Ramadan. L’Egypte, mais aussi le Yémen, l’Iran et d’autres pays du Moyen Orient ont été très actifs. Rappelons que face à cette demande soutenue, l’offre, quant à elle , est réduite. La production de thé noir au Kenya a chuté de 12% au premier semestre 2009, à 139 200 t.
A noter que le Kenya Tea Development Agency (KTDA) a annoncé mardi qu’elle allait générer son propre courant électrique. En effet, le manque de pluies au Kenya a provoqué une baisse de production d’électricité par les turbines hydroélectriques, ce qui a eu un impact très négatif sur la filière thé. KTDA entend donc développer 10 sites qui ont un potentiel hydroélectrique et qui devraient générer 22 à 23 mégawatts, selon le directeur Fred Gori.

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