14 mars 2014 - 00:42 |

La Chronique Matières du Jeudi

Globalement haussiers

(14/03/2014)

Une croissance industrielle chinoise en dessous des attentes pour ces mois de janvier et février ont plombé l’atmosphère des marchés de matières premières en cette fin de semaine. Les ventes au détail déçoivent aussi.

CACAO. Le cacao est ferme avec toujours en toile de fond un déficit de l’offre mondiale et une demande soutenue.
En Côte d’Ivoire, entre le début de la campagne le 2 octobre et le 9 mars, les arrivages ont totalisé 1 114 000 t, selon les estimations des exportateurs, contre 979 000 t sur la même période la campagne dernière. Des pluies éparses et des températures élevées ces derniers jours ont été favorables à la bonne progression de la petite campagne, sans toutefois apaiser les craintes d’une récolte faible et tardive dans certaines régions.
Au Ghana, le plus important acheteur, Produce Buying Company (PBC), est sur le point de lever $ 75 millions auprès d’un opérateur privé ce qui lui permettrait d’acheter le cacao moins cher. En effet, ce crédit revolving lui serait alloué au démarrage de chaque campagne, à des conditions plus favorables que ce qu’il avait auparavant. Notons que l’année dernière, PBC, qui achète environ 35,3% de la récolte cacaoyère du n°2 mondial, a dépensé 46% de bénéfices bruts à rembourser son crédit.
Côté entreprise chocolatière, Lindt & Sprüngli a annoncé mardi anticiper pour cette année une croissance de ses ventes comprise entre 6% et 8% après que l’exercice 2013 se soit soldé par une hausse de près de 24% de ses bénéfices, grâce notamment à des gains de parts de marché et une forte augmentation du chiffre d’affaires.
Le chocolatier suisse s’attend à une amélioration de la situation économique en 2014, tout en soulignant que la cherté des matières premières et les pressions sur les prix devraient persister. Le bénéfice net 2013 de Lindt a bondi de 23,7%, à 303 millions de francs suisses (€ 249 millions). Le 14 janvier, il avait déjà annoncé une hausse, plus marquée que prévu, de 8,6% de son chiffre d’affaires, à 2,88 milliards de francs, grâce notamment à une forte progression de ses ventes en Amérique du Nord.

CAFE. L’Arabica continue sur sa lancée, touchant aujourd’hui sur le marché à terme de New York son plus haut en deux ans. Mercredi, l’échéance mai a atteint $ 2,0975 la livre, le plus haut niveau pour une deuxième position depuis février 2012. La spéculation continue à surfer sur une sécheresse inhabituelle au Brésil pour cette période de l’année qui a fait bondir l’Arabica de 80% depuis le début de l’année.
En effet, non seulement la sécheresse impacterait la récolte 2014/15 mais sans doute celle de 2015/16. Ceci dit, les exportations du numéro un mondial sont tout de même attendues en hausse de 6% cette année car le Brésil croule sous les stocks, selon l’association Cecafe. A février, soit deux mois avant que la récolte ne démarre, les ventes par anticipation de la récolte brésilienne 2014/15 sont plus élevées que la campagne dernière à pareille époque, représentant 77% de la production estimée par Safras à 52,9 millions de sacs de 60 kg (Ms) contre 71% . Quant au conilons (Robusta), le niveau de vente est stable, avec un taux de 78%.
Outre la sécheresse, le ministère de l’Agriculture brésilien a déclaré l’état d’urgence aujourd’hui dans le plus important Etat caféier, le Minas Gerais, en raison de la prolifération de l’insecte foreur dévastateur, le coffee borer.
Quant à l’Amérique centrale, l’Organisation internationale du café (OIC) rapporte que l’impact de la maladie de la rouille pourrait ne pas être aussi importante qu’anticipée: la production baisserait de 24% par rapport à 2011/12. Citant les estimations de Promecafe, la récolte 2013/14 serait de 11,67 Ms contre 15,38 Ms deux campagnes auparavant. Ainsi, la part de l’Amérique centrale dans la production mondiale de café tomberait à 8% contre 15%. Ceci dit, selon la US International Trade Commission, les importations des Etats-Unis d’Arabica du Mexique et d’Amérique centrale ont chuté de 40% en janvier par rapport à il y a un an. Le Nicaragua serait le plus touché.
Cette situation a fait flamber les prix sur le Nairobi Coffee Exchange mardi, les niveaux les plus élevés atteignant $ 356 le sac de 50 kilo contre $ 441 la semaine dernière. Le AA a coté $ 255-536 le sac contre $ 205-441 les ventes précédentes, et l’AB $ 217-380 contre $ 163-352.
Côté Robusta, leurs prix ont baissé aujourd’hui. Mais la tendance demeure bonne, dans le sillage des Arabica: ils ont augmenté de 30% depuis début janvier. Le premier exportateur mondial, le Vietnam, se porte bien, avec une montée en puissance de ses exportations en février, en hausse de 83,4% à 184 100 t par rapport à février 2013, selon les douanes du pays.
Face à cela, les exportations d’Ouganda ont progressé, mais seulement de 2,9% sur ce même mois de février, à 354 837 sacs. Le temps sec a permis de bien sécher les grains.

COTON. La fibre blanche s’est envolée en début de semaine sur le marché à terme de New York, touchant un plus haut en 6 mois et demi. Le contrat mai a atteint 93,75 cents/lb, un niveau qu’il n’avait plus enregistré depuis le 16 août. De ce fait, la Turquie a annulé une commande de 19 300 balles, le Vietnam de 11 700 balles et l’Inde de 3 900 balles.
C’est l’étroitesse de l’offre nord-américaine à court terme qui fait caracoler les prix qui, par ailleurs, devraient plutôt être maussades car les disponibilités mondiales en coton atteindraient des niveaux record. En effet, la faiblesse de la demande chinoise a conduit le Département américain de l’Agriculture (USDA) a révisé à la hausse, pour la sixième fois consécutive, ses prévisions de stocks mondiaux fin 2013/14 (juillet), à 96,75 millions de balles de 450 lb. Les chiffres d’importations chinoises de coton en février corroborent ceci: elles ont chuté de 35% par rapport à février 2013, à 264 100 t. Sur les deux premiers mois de l’année, elles ont totalisé 538 600 t (-36%). En effet, les industries textiles ont importé davantage de fil que de coton brut en raison de taxes plus élevées et de quotas. D’ailleurs, l’USDA a réduit de 500 000 balles ses estimations de consommation chinoise étant donné l’importance des stocks étatiques et des importations de fil en hausse.

HUILE DE PALME. Après avoir atteint mardi un plus haut en 18 mois, à 2 916 ringgits la tonne, l’huile de palme n’a cessé de dégringoler cette semaine sur le marché à terme de Kuala Lumpur, les traders anticipant les chiffres industriels qui devraient être publiés prochainement.
Certes, la sécheresse liée au phénomène météorologique El Nino sévit, mais son impact ne devrait se faire ressentir que dans un mois ou deux. Les opérateurs attendent donc pour voir. Car si El Nino se manifeste fortement, les prix pourraient rebondir au-delà de leurs niveaux atteints en avril 2012, à 2 764 ringgits. Mais alors, le risque de voir un désintérêt pour l’huile de palme en faveur du soja, tournesol, ricin ou autres s’attise.

SUCRE. Le sucre ne sait trop comment s’orienter. D’un côté, la sécheresse au Brésil est plutôt un facteur haussier, mais cela est corrigé par la situation économique morose en Chine et la crainte de son impact sur la demande mondiale.
Quant à l’autre grand, la Russie, ses importations de sucre brut ont quasiment triplé en janvier, à 141 800 t contre 58 100 t en janvier 2013, selon les statistiques douanières.
Un marché mondial où la bataille est rude. Le coup de pouce de New Delhi a son secteur sucre, notamment pour stimuler les exportations étant donné les stocks pléthoriques, porte visiblement ses fruits. Les raffineurs indiens vendent à tour de bras à l’Iran et sur d’autres marchés asiatiques, prenant des parts de marché au Brésil. Selon un négociant européen, les raffineurs indiens auraient déjà vendu 315 000 t de sucre roux à l’Iran entre décembre et mars et 200 000 t supplémentaires auraient été négociées avec des traders iraniens. Et ils se positionnent bien sur les marchés du Bangladesh, de Malaisie et d’Indonésie. Globalement, entre octobre et février, l’Inde a exporté 1,2 Mt de sucre, dont 500 000 t de roux.

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +