14 juin 2011 - 21:39 |

Les Africains préparent des propositions pour le G20 Agriculture

Réguler les marchés, une priorité de Nicolas Sarkozy


(14/06/2011) Les représentants d’une quarantaine de pays africains et organisations internationales ont débattu mardi des conséquences de la volatilité des prix agricoles sur l’Afrique, en vue de proposer leurs solutions au G20 Agriculture qui se tiendra à Paris le 22 et 23 juin.
Réunie à l’appel du CSAO (Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest) et de l’OCDE, la délégation a étudié la complexe répercussion des variations des prix agricoles sur les marchés africains, jusqu’à leur impact direct sur les consommateurs et les producteurs de ces pays, au regard de la crise de 2007/2008.
La volatilité des prix alimentaires connaît une forte tendance à la hausse depuis le début des années 2000 et se transmet de façon variable aux économies africaines, a expliqué George Rapsomanikis, directeur de la division du développement agricole de la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture).
”La crise de 2007/2008 nous enseigne que le temps de transmission des chocs sur les prix aux économies africaines varie entre les pays, selon leur intégration et la structure de leur marché”, a déclaré George Rapsomanikis.
”Sur le marché du café en Ethiopie par exemple, très intégré au marché mondial, il faut moins de quatre mois pour que les prix de Chicago soient entièrement répercutés. Tandis qu’au Kenya, plus de neuf mois sont nécessaires à l’ajustement du marché du maïs, c’est presque aussi long qu’une campagne agricole.”
Les intervenants ont majoritairement souligné les effets néfastes sur la confiance, l’investissement et les prix des mesures d’urgence prises en 2007/2008 par la plupart des pays, notamment les restrictions à l’exportation.

60% du budget pour les produits alimentaires
Au niveau local, la volatilité a fortement touché consommateurs et producteurs, qui subissent les inconvénients de ces variations sans bénéficier, ou presque, des retombées domestiques liées à des prix de vente plus élevés, analyse le professeur Awudu Abdulai, de l’Université de Kiel en Allemangne.
”Les ménages les plus pauvres sont les plus touchés par la volatilité car ils allouent 60% de leurs revenus aux produits alimentaires, au Ghana et en Ouganda par exemple. Lorsque les prix augmentent de 30%, leur budget augmente de 18%”, a-t-il expliqué.
”Mais pour le producteur, une telle hausse des prix ne va signifier que 4% d’augmentation des revenus.”
Les hausses ne bénéficient qu’aux intermédiaires ou aux 5% de producteurs qui ont des infrastructures de stockage et peuvent différer la vente de leur production selon la conjoncture, ajoute le chercheur.
Les intervenants ont insisté sur le manque d’infrastructures de stockage et de transformation des produits en Afrique, qui pénalise les marchés domestiques, et sur la nécessité de développer les marchés régionaux prioritairement aux exportations hors continent.
Un rapport sera rendu à l’issue des deux journées de conférence pour proposer des options politiques ‘vues d’Afrique’ aux ministres de l’Agriculture du G20, qui se réuniront mardi prochain à l’initiative de la présidence française.

Priorité à la régulation pour Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy a de nouveau plaidé aujourd’hui pour qu’une régulation des marchés des matières premières soit étudiée au cours de cette réunion. Invité par le président de la Commission européenne José Manuel Barroso à s’exprimer, lors d’une conférence sur les matières premières réunissant responsables politiques et régulateurs, Nicolas Sarkozy a insisté à plusieurs reprises sur le lien entre les pratiques spéculatives et la volatilité constatée sur ces marchés. Ce lien entre spéculation et volatilité est une pomme de discorde récurrente entre Paris et Bruxelles, qui s’est jusqu’à maintenant refusé à établir un lien de cause à effet.
Afin de combattre ce phénomène, le président de la République a appuyé la création au niveau international d’un système d’information sur les marchés agricoles mais aussi du gaz et du charbon, sur le modèle de ce qui existe déjà pour le pétrole. Il a également soutenu la création d’un registre des transactions sur les marchés des dérivés, y compris des matières premières, ainsi que l’introduction de limites de positions sur ces marchés et de limites à l’effet de levier, en imposant un dépôt minimal en cash pour chaque transaction.
Il a enfin dit souhaiter que les pays du G20 publient dans les prochains mois un rapport détaillé sur l’avancement de leurs travaux en matière de transparence. ”Il ne s’agit pas d’interdire (la) financiarisation, ni d’intervenir sur le niveau des prix, mais de s’assurer que le processus de formation des prix fonctionne correctement”, a-t-il insisté lors de son allocution.
L’idée selon laquelle le marché peut fonctionner sans règles est une idée fausse et un marché qui n’est pas transparent n’en est pas un, a-t-il encore dit.
Il est à l’heure actuelle pratiquement impossible pour un régulateur de connaître l’état des stocks sur un marché, d’identifier les donneurs d’ordre ou de tracer des transactions qui, sur le marché des produits dérivés, atteignent $600 000 milliards de dollars.
Nicolas Sarkozy, qui a jusqu’à maintenant recueilli peu de succès sur l’agenda de la régulation de sa présidence du G20, a appelé mardi à réagir.
“Nous n’avons pas le choix. Nous devons agir, et agir tout de suite (...) Nous devons faire le ménage dans le monde tel qu’il fonctionne aujourd’hui”, a-t-il dit au sujet de ce qu’il a dit être une “caricature de marché”. Il s’en est également pris à l’argument selon lequel l’Europe devait prendre garde à ne pas trop réguler afin d’éviter tout “arbitrage” réglementaire avec des pays dont les régulateurs et superviseurs seraient mois regardants. ”Je connais cet argument mais je pose une question: si un pays ne combat pas les mafias, doit-on renoncer à combattre les mafias ?”, a-t-il dit devant une assistance de professionnels des marchés médusée.

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