16 septembre 2011 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

La crise européenne et le ralentissement américian pèsent sur les marchés

(16/09/2011)

Bois. Les prix des grumes et des sciages d’Afrique centrale et de l’Ouest sont restés stables ces dernières semaines. Plusieurs analystes considèrent que cette situation perdurera jusqu’à la fin de l’année tandis que d’autres anticipent une baisse à venir mais qui ne devrait pas être brutale, rapporte l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT). La situation économique en Europe, qui demeure le principal marché pour le bois africain, préoccupe beaucoup. Pour l’instant, les commandes se maintiennent et ce malgré des délais relativement longs pour être livrés.
Certains importateurs européens voient les exportations brésiliennes de sciages augmenter ces prochains mois, ce qui, selon eux, aiguiserait la concurrence avec les bois africains. Mais là encore, d’autres demeurent sceptiques face à cette hypothèse, alléguant que la demande intérieure brésilienne ne fait que croître ce qui limite, de facto, les exportations.
En revanche, les marchés du Proche-Orient sont très actifs, toujours selon l’OIBT, surtout pour les sciages d’okan et d’okoumé de belle qualité. Sur d’autres marchés, la demande en doussié, bilinga et dabema est soutenue.
Quant aux grumes, il semblerait que l’offre africaine de produits de qualité soit insuffisante pour satisfaire la demande de la Chine et de l’Inde. Il n’y aurait guère de perspectives que cette situation évolue car l’activité de transformation continue de croître dans cette partie de l’Afrique et de nouvelles scieries voient le jour.
Quant au Ghana, les exportations de produits du bois ont baissé de 12% sur le premier semestre 2011 par rapport à la même période en 2010 : 53% des sciages et 97% des contreplaqués ghanéens sont vendus sur les marchés régionaux voisins. Les essences phare exportées ont été les suivantes : ceiba, wawa, du teck de plantation, ofram et denya.

Cacao. Cela fait plusieurs mois que le cacao n’avait pas connu un tel plongeon que celui enregistré hier, mercredi, sur les marchés à terme de New York et de Londres. Les ordres automatiques de vente ont amplifié le mouvement de baisse initiale et sur les cinq derniers jours de cotation, soit depuis jeudi dernier, la tonne de fèves a perdu 70 euros ou encore £ 60, tombant à son plus bas en neuf mois, à $ 2 850- 2 860 la tonne. L’industrie, quant à elle, attend de voir comment va évoluer la situation.
La récolte 2010/11 exceptionnelle pèse sur le marché, la Côte d’Ivoire à elle seule ayant atteint et dépassé le 1,4 Mt. Au 28 août, 1 325 000 t de fèves et de produits cacaoyers ont été exportés depuis le démarrage de la campagne, le 8 août 2010. Le stock de fèves entreposé durant la guerre du fait de l’interruption des expéditions, a été quasi totalement résorbé, selon Eric Koffi de la BCC.

Café. A l’instar du cacao et d’autres softs, l’Arabica, comme le Robusta, a terminé la période sous revue en baisse, retrouvant ses niveaux d’il y a un mois. Ceci a suscité des achats de la part des torréfacteurs, ce qui a limité ce mouvement baissier qui avait été très fort la semaine dernière déjà. Toutefois, l’inquiétude n’est pas de mise car les disponibilités en café lavé sont étroites : en Colombie, premier producteur mondial de fèves de qualité, la récolte 2010/11 est estimée par la fédération nationale à 9,2 millions de sacs de 60 kilos contre 8,1 millions en 2009/10 mais 12,5 Ms en 2007/08. Selon Macquarie, cette situation devrait persister jusqu’à la prochaine récolte brésilienne mi-2012.
Quant au Robusta, face à une récolte vietnamienne, démarrant le mois prochain, qui s’annonce record, de l’ordre de 21 Ms contre 18,5 Ms en 2010/11, l’association du café et du cacao Vicofa envisage de demander à ses membres de stocker le quart environ de leur production afin que les cours du Robusta ne s’effondrent pas : cette rétention porterait donc sur 200 000 à 300 000 t, soit 3,33 à 5 millions de sacs. Reste à financer cette politique : la banque étatique Agribank a annoncé hier pouvoir prêter 5 trillions de dong ($ 240 millions) à la filière, mais les opérateurs estiment qu’il leur faudrait 12 trillions pour pouvoir mettre en œuvre cette politique, selon le président de l’Association vietnamienne du café et du cacao, Luong Van Tu.
Selon CoffeeNetwork, la production mondiale 2012/13 devrait atteindre un record de 142 Ms contre 135 Ms en 2011/12 avec une production brésilienne qui atteindrait 55 Ms contre 45 à 46 Ms la précédente.

Caoutchouc. Les cours du caoutchouc ont baissé durant quatre séances consécutives sur le Tokyo Commodity Exchange. Certes, l’indice de confiance des manufacturiers au Japon s’est amélioré pour le cinquième mois consécutif, mais la situation en Europe mais aussi aux Etats-Unis inquiète beaucoup : la demande américaine est en baisse et les stocks de fuel augmentent.

Céréales. Au Niger, la tendance générale des prix des céréales est à la baisse ou à la stabilité pour les céréales locales comme le mil et le sorgho, selon Afrique Verte. Pour les céréales importées (riz et maïs) la tendance est à la hausse. Au Mali, en dépit de la soudure et du Ramadan, le marché est stable, suite aux bons résultats des dernières campagnes agricoles, de la forte disponibilité des stocks (privés et communautaires) et des mesures prises comme les ventes OPAM, Conseil National des Prix. Mais le riz surtout local, a subi des hausses (hormis à Gao), comme le maïs. Le riz importé continue à se faire rare. Au Burkina Faso, les prix des céréales sont globalement stables, avec une tendance à la hausse dans les zones déficitaires (Ouagadougou, Dori, Kongoussi) et une tendance à la baisse dans les zones de production (Bobo, Dédougou, Nouna).

Coton. Cette semaine, le marché du coton est légèrement à la hausse, s’inscrivant autour des 110 cents la livre dans un contexte de grandes incertitudes à l’égard de la conjoncture européenne et mondiale, avec une faible demande des filateurs qui ne veulent pas risquer de se retrouver avec des stocks de produits à des prix si élevés. Depuis le début du mois, la fibre sur le marché à terme de New York a gagné 7%.
En Côte d’Ivoire, les prévisions de production 2011/12 ont été revues à la hausse, à 240 000 t contre 175 000 t la campagne dernière grâce à une météorologie favorable et de meilleures pratiques culturales. Rappelons qu’en juin, le prix bord champ a été fixé à FCFA 265 le kilo contre 210 la campagne précédente. Il s’agît du prix au planteur le plus élevé de toute l’Afrique de l’Ouest.

Riz. L’autorisation donnée cette semaine par les autorités indiennes à leurs opérateurs d’exporter 2 millions de tonnes de riz autres que le basmati a provoqué une chute de 6% du prix du Thaï blanc 100% B, à $ 600 la tonne ($ 640 la semaine précédente), son plus faible niveau de prix depuis le début du mois d’août. A noter qu’un exportateur indien majeur a vendu cette semaine à $ 470 la tonne, soit un niveau très compétitif par rapport aux $ 545-580 proposé par les traders de Thaïlande et du Vietnam pour une qualité semblable.
Toutefois, le marché ne s’attend pas à un effondrement des cours thaïlandais du riz car le gouvernement semble bien déterminé à voler au secours de sa filière. Le gouvernement a annoncé commencer le 7 octobre à acheter du riz auprès de ses riziculteurs et continuer à le faire jusqu’à fin février. Rappelons que ce pays, premier exportateur mondial, devrait produire 21,5 Mt de paddy en 2011/12, campagne qui démarre en octobre.

Sucre. Alors que la plupart des matières premières agricoles connaissait une baisse de régime cette semaine sur fond de crise financière européenne, le sucre roux s’est bien maintenu. Toutefois, le marché est sur le qui-vive car 2011/12 devrait bel et bien être excédentaire, de l’ordre de 5 à 9 millions de tonnes (Mt). L’Inde devrait produire 26 Mt en 2011/12, a déclaré hier le ministre de l’Agriculture, Sharad Pawar. Ce pays, premier consommateur mondial, devrait laisser libre cours à ses exportations qui pourraient atteindre 2,8 Mt sur cette prochaine campagne selon un sondage mené par Reuters, contre 1,5 Mt jusqu’à maintenant sur 2010/11. L’Inde exporte du sucre pour la deuxième campagne consécutive.

Thé. Aux ventes aux enchères de Mombassa cette semaine, le prix moyen des thés de première qualité a légèrement augmenté, à $3,39 le kilo contre $ 3,20 la semaine dernière. Pourtant, la demande a été moins soutenue que lors des ventes précédentes, avec parmi les acheteurs les plus actifs le Soudan, le Kazakhstan et la Russie contrairement aux acheteurs pakistanais et afghans.
Côté pays producteurs, notons que les exportations indiennes de thé pourraient baisser de 7% cette année, selon le directeur exécutif de Amalgamated Plantations (détenue à 49% par le groupe Tata), à 180 000-185 000 t, essentiellement pour des raisons de changements de modalités de paiement avec l’Iran, ce qui a compliqué les transactions : ce pays avait importé 13 000 t de the d’Inde en 2010, soit 6,7% des exportations totales indiennes. De janvier à juillet, les exportations indiennes ont totalisé 89 820 t, en baisse de 16,3% sur la même période en 2010.

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