16 novembre 2012 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

En Côte d’Ivoire, comme au Japon, les changements de gouvernements font vibrer les marchés mondiaux de matières premières

(16/11/2012)

Cacao. La dissolution inattendue du gouvernement ivoirien mercredi a propulsé les cours du cacao sur les marchés internationaux à leur plus haut en 10 semaines. Mais cette hausse n’a été perçue par les analystes que comme une réaction épidermique à l’annonce et non le reflet d’une crainte réelle sur l’approvisionnement en cacao. « Un pays qui a su produire une récolte record pendant une guerre civile, va trouver qu’un changement de gouvernement est quelque chose de relativement inconséquent », a souligné Jonathan Parkman, co-responsable Agriculture chez Marex Financial. Toutefois, le déficit cacaoyer mondial pour cette campagne 2012/13 reste à l’esprit de chacun, Marex Spectron l’estimant à 107 000 t, les broyages mondiaux devant augmenter de 2,44% à 3,867 millions de tonnes (Mt).
Au Cameroun, les très fortes pluies toutes ces dernières semaines ont fait chuter de 19% en moyenne les prix payés aux planteurs bord champ en novembre, ces pluies ayant déclenché la maladie de la pourriture noire (black pod) ce qui affecte la qualité des fèves. En outre, ces conditions météorologiques rendent difficile l’accès à la matière première. Les planteurs sont inquiets car les volumes vont en pâtir. Déjà en 2011/12, la récolte n’a été que de 220 000 t contre les 250 000 escomptées. A Kumba, les prix sont tombés à FCFA 950 le kilo contre 1 150-1 160 le mois dernier.
En Côte d’Ivoire, les broyeurs et principaux exportateurs achètent les fèves au port à un prix plus élevé que le minimum garanti car ils craignent que l’offre ne se réduise rapidement. Rappelons que, sous la nouvelle réforme qui a été mise en œuvre au 1er octobre dernier, le prix minimum bord champ est de FCFA 725 le kilo et de FCFA 805 au port. Selon Reuters, le prix bord champ versé serait effectivement celui là, mais au port, certains exportateurs iraient jusqu’à payer FCFA 810 le kilo et les broyeurs jusqu’à FCFA 820-840.

Café. Après avoir baissé de 4% mardi, à $ 1 509 la tonne, son plus bas depuis le 19 juin, les cours de l’Arabica se sont quelque peu repris malgré les stocks importants, la morosité générale quant à la conjoncture internationale sans oublier l’amélioration des conditions météorologiques chez le premier producteur mondial, le Brésil, ce qui d’ailleurs affecte le marché de l’Arabica comme du Robusta.
Cette semaine, le Robusta est tombé à $ 1 897, son plus bas depuis le 2 février. En effet, la récolte chez le numéro 1, le Vietnam, est en cours et elle devrait battre un nouveau record pour la deuxième campagne consécutive. En outre, on s’attend à ce que la production indonésienne fasse un bond : la récolte s’achève actuellement dans la principale zone de production, Sumatra. La récolte indienne devrait aussi être marginalement plus élevée, selon le Département américain de l’Agriculture (USDA), à 5,3 millions de sacs de 60 kilos, mais les exportations atteindraient un record de 5,5 Ms, menés par les Robusta. Des hausses qui, certes, pèsent sur les cours du Robusta mais qui ne devraient pas trop les affecter car la demande, surtout asiatique, est croissante.

Caoutchouc. Les cours du caoutchouc naturel se sont inscrits à la hausse hier sur le marché de Tokyo, soutenus en cela par la baisse du yen suite à l’annonce par le Premier ministre japonais d’élections anticipées. Toutefois, la hausse est restée limitée et devrait le rester car la conjoncture économique mondiale fait craindre la persistance d’une demande amoindrie.
Des cours qui, sur le marché de Shanghai, ont chuté de plus de 40% depuis leur pic de 43 310 yuans en février. Aussi, afin de les soutenir, le gouvernement chinois a commencé à stocker du caoutchouc naturel et devrait en acheter jusqu’à 200 000 t de sources locales. D’ici la fin de l’année, le gouvernement achèterait déjà 60 000 t au prix de 24 600 yuans ($ 3 900) la tonne.
Mais les observateurs sont sceptiques quant à l’impact de la mesure sur les cours mondiaux du caoutchouc car les stocks chinois sont déjà bien remplis.

Céréales. Au Sahel, les bonnes pluies devraient permettre aux productions céréalières de bien se développer. Selon les prix recensés par Afrique Verte, on note une baisse assez généralisée des prix dans les trois pays que sont le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Toutefois, ces prix demeurent encore très élevés par rapport à l’année dernière.
Au Niger, début novembre, la tendance générale est à la baisse des prix pour les céréales sèches et à une stabilité pour le riz. Toutefois, des hausses importantes ont été enregistrées sur le marché de Maradi pour le mil (+29%) et pour le sorgho (+11%), hausses liées à la baisse drastique des importations en provenance du Nigeria et de la faible mise en marché de la production locale.
Au Mali, le marché est marqué par la tendance saisonnière de baisse avec de fortes amplitudes de prix ente les principales de zones de production (Ségou et Sikasso) pour les céréales sèches. Ceci résulte des nouvelles récoltes en cours (bonnes perspectives), de l’impact des actions d’atténuation antérieurement menées et de l’apport actuel des légumineuses, tubercules et autres dans l’alimentation, selon Afrique Verte.
Quant au Burkina Faso, la tendance des prix des céréales est à la baisse sur tous les marchés suivis, les baisses les plus significatives étant pour le maïs (-39,5% à Bobo, -38% au Gourma, -34% à la Kossi, -28% au Centre Est). Ces baisses traduisent la disponibilité des nouvelles récoltes sur les marchés et donc l’amélioration de la disponibilité en céréales. Un peu partout, les récoltes s’annoncent bonnes.

Coton. Hier, sur le marché à terme de New York, le coton a grimpé à son plus haut en trois semaines suite à des achats inattendus de la filature pour livraisons immédiates. Et, contre toute attente, la hausse des prix n’a pas eu pour conséquence de ralentir leurs achats. Ce sont essentiellement les industries chinoises qui se sont portées à l’achat, voulant profiter de la baisse des prix en dessous des 70 cents la livre la semaine dernière.
Le marché est donc en déport, le coton sur la position décembre étant plus cher que sur l’échéance mars.

Huile de palme. Les cours de l’huile de palme sur le marché de Singapour ont augmenté de 4,5% cette semaine malgré un ralentissement des volumes exportés alors que la Malaisie détient des stocks record, de l’ordre de 2,51 Mt. A noter que les marchés en Malaisie, principal pays de cotation de l’huile de palme au plan international, étaient fermés mardi et jeudi pour fêter Diwali et Al-Hijra, le nouvel an musulman.
Les opérateurs sur le marché suivent également de près le débat actuel en France, le gouvernement souhaitant multiplier par 4 la taxe sur l’huile de palme dans les produits alimentaires, ce qui soulève de vives réactions dans l’industrie.

Sucre. Les cours internationaux du sucre sont encore restés sous pression cette semaine en raison de la perspective de disponibilités abondantes cette campagne 2012/13.L’Organisation internationale du sucre (OIS) a relevé cette semaine ses prévisions d’excédent à 6,18 millions de tonnes (Mt) : la Chine, premier consommateur mondial, détient des stocks impressionnants de sucre. Cette situation devrait peser sur les cours mondiaux durant au moins toute cette campagne.

Thé. Le prix moyen aux ventes aux enchères de thé à Mombassa, au Kenya, mardi dernier, a été de $ 4,08 le kilo, soit en très légère hausse par rapport à la semaine dernière. Les Best Broken Pekoe Ones se sont vendues à $ 4,38-3,78 contre $ 4,24-3,88 le kilo, tandis que les Best Pekoe Fanning Ones étaient à $4,28-$3,82 contre $4,19-$3,82 le kilo. Sur les 112 675 paquets offerts à la vente, ou encore 7 300 t, 10,24% n’ont pas trouvé acheteur. Les Egyptian Packers ont été particulièrement actifs et on a noté un regain d’intérêt de la part d’opérateurs d’Afghanistan, du Royaume Uni, du Soudan et du Kazakhstan.

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