19 novembre 2010 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

La Chine inquiète les marchés

(19/11/10)

Le dollar, les mesures en Chine pour juguler l’inflation, les craintes suscitées par l’Europe du fait de la situation critique de l’Irlande ont suscité un mouvement baissier sur de nombreuses matières premières cette dernière semaine.

Bois. Mis à part les sciages de Padouk, les prix des bois tropicaux d’Afrique (sciages et grumes) sont demeurés inchangés ces derniers quinze jours, selon l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT). Les récentes hausses au mois d’octobre ont été bien absorbées, sans impact réel sur le commerce.
Les prix des sciages se maintiennent à leurs niveaux d’octobre, sauf pour le Padouk qui a gagné 10 euros le mètre cube, à 570 euros. Les sciages d’Iroko sont aussi en bonne demande sur les marchés européens et asiatiques. Toutefois, la production bat son plein et il y aurait un risque de surstockage et donc de baisse des prix, selon l’OIBT.
La demande européenne continue à décliner et les stocks actuels seraient adéquats pour faire face à la demande hivernale. Les perspectives ne sont guère favorables pour 2011 quant à une reprise de la demande européenne : la construction est stagnante bien que les rénovations reprennent. C’est plutôt une bonne nouvelle car davantage de bois tropicaux sont utilisés dans ces travaux de rénovation.
Côté Chine, des réglementations ont été prises qui devraient inciter ses opérateurs à importer davantage de sciages que de grumes. Une bonne nouvelle pour l’industrie de transformation en Afrique de l’ouest et centrale qui, souligne l’OIBT, aurait les capacités à faire face à cet accroissement de la demande même à court et moyen terme.
Globalement, sur le reste de 2010 et le premier trimestre 2011, l’offre et la demande en bois tropicaux d’Afrique seraient équilibrées et les prix devraient continuer à être stables. Un dynamisme particulier de la demande est à attendre de la Chine et de l’Inde.

Cacao. Alors que les cours du cacao sur le marché de Londres sont sur une tendance baissière depuis 3 mois, ils sont repartis à la hausse ces trois derniers jours. Mais il ne faut pas y voir l’amorce d’une véritable tendance mais plutôt une réaction du marché à la veille du deuxième tour des élections en Côte d’Ivoire qui se tiendront dimanche, sans parler d’achats un peu plus importants en début de semaine à la veille de la fête de Tabaski. Un marché physique perturbé car depuis un mois, il n’y a pas eu de semaine complète sans que de ci et de là à travers le monde, il n’y ait de jours fériés.
Sur les cinq premières semaines de la campagne 2010/11, les achats de cacao au Ghana, numéro deux mondial, ont totalisé 275 487 t, en très forte hausse, de l’ordre de 35%, par rapport à la même période la campagne dernière (204 326 t). Ceci place le Ghana en tête des exportateurs sur la période donnée, devant la Côte d’Ivoire où les arrivages aux ports au 14 novembre sont estimés par les exportateurs comme n’ayant atteint que 242 000 t, rapporte l’agence Reuters. Si on veut réellement comparer ce qui est comparable, il faudrait prendre les arrivages ivoiriens au 7 novembre : ils totalisaient alors 192 654 t…
La filière ivoirienne a été en effet perturbée par l’interruption de son activité pour le premier tour des élections présidentielles le 31 octobre, et ce sera encore le cas le 28 novembre prochain lors du deuxième tour, et par le désaccord entre planteurs et acheteurs quant au prix d’achat.

Café. La semaine a été marquée par la forte baisse des cours du café sur les marchés de Londres et de New York. Une baisse liée au dollar et à des prises de bénéfices de certains fonds sur les matières premières.
A noter la baisse régulière des positions ouvertes en café en raison du désengagement de fonds qui ne “roulent ” pas leur position et sortent du marché, mais aussi du manque d’arbitrage du négoce car trop dangereux et avec peu de café offert à des différentiels attractifs, souligne un trader.
D’autre part, malgré une hausse de la récolte, il n’est toujours pas facile de trouver du café du Brésil sur le marché du physique, en particulier les meilleures qualités. Quant aux Colombie, après que le différentiel soit tombé brièvement a +20 pour embarquement rapproché (on a constaté un bon volume traité à ce niveau par les multinationales), il remonte à nouveau reflétant l’incertitude sur la récolte intermédiaire.
Sur le marché du Robusta, la baisse des cours a stimulé l’activité mais les couvertures demeurent très courtes sur 2011. La visibilité reste faible à court terme, mais il semble bien que le marché s’essouffle.
En Afrique, malgré une forte baisse de la production 2009/10, à 40 000 t contre 54 000 t en 2008/09, les revenus du café au Kenya ont augmenté de 50 % à 16 milliards de shillings contre 10,7 milliards la campagne précédente, selon John Mwangi, président du Coffee Board of Kenya. Selon son directeur général Loise Njeru, elle serait dans la fourchette des 51000 à 55 000 t sur 2010 à 2012.

Céréales. Les prix du blé sur les marchés européens se sont inscrits en hausse de 3% hier, suivant en cela la tendance à Chicago mais aussi du fait des bonnes affaires à réaliser en raison de la faiblesse du dollar. Le marché hier est resté dans l’expectative des résultats de l’appel d’offre égyptien : finalement, le Caire a acheté 175 000 t, donc plus qu’anticipé, de blé américain.

Coton. Le marché donne le vertige. Suite à l’annonce par les autorités chinoises de mener la chasse à la spéculation abusive sur différents marches dont le coton, et ce afin de contenir son inflation dont le taux est au plus haut depuis 25 mois, le marché à terme du coton à New York a chuté mercredi. Ainsi, après avoir atteint la semaine dernière son prix le plus élevé depuis la Guerre de Sécession des Etats-Unis au XIXème siècle, le coton a perdu 20% de sa valeur depuis, à son plus bas en trois semaines.

Sucre. Le sucre roux à New York a baissé mercredi à son plus faible niveau en un mois sur un marché très agité et volatile. Globalement, les regards sont tournés vers l’Inde, deuxième producteur mondial, qui devrait annoncer son volume d’exportation sur 2010/11. L’Inde ne voudrait faire cette annonce qu’après avoir obtenu des estimations crédibles quant au volume de sa prochaine récolte. Ces exportations permettraient, au niveau mondial, d’assurer la soudure jusqu’à la prochaine récolte brésilienne et alors que les stocks mondiaux demeurent faibles.
A noter que le groupe Illovo Sugar, filiale d’Associated British Foods et premier producteur de sucre du continent, a annoncé vouloir accroître de 11% ses exportations vers l’Europe, à 300 000 t contre 270 000 t l’année dernière. Le groupe, présent en Afrique du Sud, au Malawi, en Zambie, au Swaziland, en Tanzanie et au Mozambique, entend en effet saisir l’opportunité offerte par l’Europe qui, en octobre dernier, a autorisé l’importation sans droits ni quotas de sucre des pays en développement. Les exportations globales du groupe, dont celles effectuées entre pays africains, n’atteindront que 355 000 t contre 742 281 t l’année dernière du fait de la sécheresse qui a gravement impacté sa production en Afrique du Sud.

Caoutchouc. La hausse des cours du pétrole a provoqué celle du caoutchouc naturel hier, après avoir accusé une baisse mercredi comme l’ensemble des matières premières. Une hausse qui, toutefois, est demeurée limitée car sur ce marché aussi les mesures prises par les autorités chinoises actuellement afin de juguler l’inflation suscite des craintes.

Thé. Le prix moyen lors des ventes aux enchères de thé (noir) au Kenya, mardi, a été en hausse, à $ 3,30 le kilo contre $ 3,24 lors des dernières ventes. Les Best Broken Pekoe Ones (BP1s) se sont élevés à $3,50-$3,10 le kilo contre $3,42-$3,0, les Best Pekoe Fanning Ones à $3,60-3,10 contre $3,56-3. En effet, la demande a été soutenue notamment de la part des Pakistan.

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