21 janvier 2015 - 00:00 |
Dans la canne à sucre, tout est à utiliser, selon le Cirad

L'Afrique de l'Ouest s'intéresse sérieusement aux coproduits de la canne

"La canne devient une plante propre", déclare François-Régis Goebel, chargé de mission filière canne à sucre au Cirad. "Les itinéraires techniques de production ont été mis au point de façon raisonnée et les pratiques culturales sont de plus en plus réfléchies selon une approche agroécologique. On utilise désormais beaucoup moins de pesticides et autres intrants qu’auparavant, même si des efforts dans cette filière restent encore à faire. Mais cela progresse vite sous l’impulsion d’un secteur R&D très dynamique." 

Leur sont désormais préférées les cendres riches en silice obtenues lors de la combustion des tiges de canne et qui fertilisent à souhait les plantations de canne à sucre, tout comme la vinasse (riche en potassium et azote) et la mélasse (riche en hydrates de carbone stimulant la croissance des micro-organismes). L’eau qui sert au lavage des cannes à l’usine est elle-même recyclée pour irriguer les parcelles. Car "tout est bon" dans la canne.

Si la bagasse après pressage et broyage de la canne pour recueillir son jus est utilisée dans la plupart des usines de canne, on réfléchit aujourd’hui à exploiter la canne dans sa totalité pour produire de l’électricité à grande échelle. Cette canne est appelée "canne combustible". Elle fait tourner des usines et sera une source importante d’électricité demain dans de nombreux pays. Elle correspond à des variétés à forte biomasse, dépassant largement les variétés traditionnelles dites à sucre. Ce qui annonce une nouvelle filière « canne fibre » à côté de la traditionnelle filière canne-sucre-rhum, souligne le Cirad.

"En Afrique de l'Ouest, des sociétés comme Somdiaa (Sucaf) ou la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) commencent à s'intéresser sérieusement au coproduits de la canne à des fins énergétiques mais aussi  au bioplastique", confie François-Régis Goebel à Commodafrica. "Ce qui est le plus avancé aujourd'hui, c'est le brûlage de la bagasse au sein des usines de canne, ce qui permet de produire de l'électricité et faire tourner les usines. Beaucoup de déchets issus de la canne sont aussi recyclés comme au Sénégal, sur le fleuve du même  nom, ou la CSS possèdent 10 000 ha de plantation."

Le cas du Brésil fait école

Rappelons que dès les années 70 et le premier choc pétrolier, le Brésil plus gros producteur mondial de sucre, a su exploiter le potentiel biomasse-énergie de la canne à sucre. Plus de 70% du parc automobile brésilien fonctionne désormais au bioéthanol.

Mais les produits à base de canne sont multiples, et d’autres ressources sont déjà exploitées grâce à l’essor de la chimie verte. C’est le cas des bioplastiques . Ils peuvent être produits à partir de l’éthanol (provenant lui-même du sucre) ou à partir des pailles de la canne à sucre, longtemps abandonnées dans les champs après la récolte ou brûlées. Cette paille de canne qui contient de la cellulose, lignines et hémi-cellulose est difficile à dégrader et demande l’intervention de bactéries efficaces. Mais les recherches avancent, et il sera bientôt possible d’obtenir des grandes quantités de bioplastique à partir de ces résidus agricoles.

Les bioplastiques ont des applications diverses et variées dans le secteur alimentaire, les emballages et les produits pharmaceutique et cosmétiques. Les plus grande marques alimentaires en font déjà usage. Un bémol reste à signaler : le coût très élevé de sa production (concentrée au Brésil). Mais l’engouement est réel dans le contexte actuel. Les bioplastiques sont en effet biodégradables et renouvelables, ils n’ont surtout aucun impact sur la biodiversité, contrairement aux produits à base de pétrole.

 

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