21 avril 2011 - 00:00 |

La chronique Matières du Jeudi

La mode à la hausse?

(21/04/2011)

Les prix des matières premières ont connu une belle envolée mercredi, avec l’indice Reuters-Jefferies CRB à son plus haut en près de deux semaines, tiré par l’or, le pétrole entre autres matières, et surtout par un dollar faible. Le billet vert est à son plus bas face à l’euro depuis 15 mois.

Cacao. Les cours du cacao ont bien chuté depuis lundi, face à un début de retour à la normale en Côte d’Ivoire. Toutefois, chacun sait que cela prendra du temps avant que le cacao ne soit à nouveau exporter. Rappelons qu’environ le tiers de la récolte est toujours entreposé aux ports d’Abidjan et de San Pedro, même s’ils sont déjà prévendus.
A noter que le marché à terme de Londres est repassé en report, à savoir que les positions éloignées (la prochaine récolte 2011/12) sont plus chères que les rapprochées.

Café. Les « chartistes » sont haussiers, les Doux Arabica lavés peu abondants, le dollar faible, le pétrole et les marchés financiers en hausse, autant de facteurs qui ont conduit le marché à terme à New York à la hausse. Rappelons que le marché est à des niveaux qui n’ont plus été enregistrés depuis 34 ans ! ”On vit une époque fantastique », souligne un trader, « mais on atteint un point de rupture qui pourrait être fatale pour certains utilisateurs, car ils leur est difficile de répercuter les hausses de la matière première.
Comme prévu”, poursuit-il, ”New York est retourné a 300 cts et plus. Toujours sans aucune nouvelle particulière sur le café, mais c’est la mode : il faut être long de matières premières. Evidemment l’activité s’en ressent. Les différentiels sont maintenant dépendants des capacités financières des intervenants du marché, ce qui commence à poser de sérieux problèmes. Car même les gros acheteurs ou négociants doivent gérer leurs lignes de crédit, au plus près.
Parmi les producteurs d’Arabica, le Kenya a enregistré une très forte hausse de ses prix cette semaine, son AA atteignant $ 450 le sac de 50 kilos contre $ 428 la semaine dernière. En effet, les acheteurs achètent tout ce qu’ils peuvent car c’était les dernières ventes cette semaine sur le Nairobi Coffee Exchange. Habituellement au Kenya, la campagne caféière s’interrompt en juillet-août, mais étant donné le manque de produit, le NCE a décidé de suspendre ses ventes le 18 avril avec quasiment trois mois d’avance ; il reprendra le 7 juin.
Notons que le Burundi a enregistré une hausse fantastique de 396% de ses recettes caféières en 2010/11, engrangeant $ 82,8 millions. Ainsi, 23 548 tonnes de café vert ont été vendues contre seulement 6 381 t en 2009/10 ! Volumes conjugués aux cours mondiaux tous deux en hausse donnent un résultat prodigieux pour les finances du pays…
Pour revenir aux cours mondiaux qui ne cessent de grimper, les Robusta à Londres ont suivi le chemin des Arabica : les fèves d’Indonésie, deuxième producteur mondial de Robusta derrière le Vietnam, enregistrent une prime sur le marché à terme car les achats des torréfacteurs locaux stimulent le négoce. A noter que la récolte en Indonésie démarre habituellement en mars ou avril (la dernière récolte s’est achevée en août dernier).Mais les planteurs ont commencé dès le mois de janvier à cueillir des cerises car la floraison a été précoce. Mais ceci inquiète car les opérateurs se demandent si l’Indonésie parviendra à fournir suffisamment en volume, notamment jusqu’en mai lorsque la récolte atteint habituellement son pic.
Au Vietnam, la récolte pourrait être plus abondante qu’initialement envisagée et atteindre 22 millions de sacs de 60 kilos (Ms), soit une hausse de 10% par rapport à l’actuelle 2010/11. Entre octobre et mars, le pays a exporté 13,32 Ms, soit 67% de sa récolte estimée à 20 Ms.

Caoutchouc. Mercredi, le caoutchouc a rebondi, interrompant ainsi si jours consécutifs de baisse. En effet, le caoutchouc avait été tiré à la baisse par les chiffres macroéconomique moroses des Etats-Unis et par la baisse du cours du pétrole, affectant ainsi son concurrent qu’est le caoutchouc synthétique.
La situation au Japon et chez les constructeurs japonais continuent à peser lourdement sur le marché. Toutefois, la Thaïlande devrait produire 1% de moins de caoutchouc cette année par rapport aux prévisions publiées en janvier, à 3,46 Mt, en raison des fortes inondations.
En Inde, la production en mars a progressé de 7,4%, à 54 400 t selon le Rubber Board, les producteurs ayant été stimulés par les cours élevés.

Céréales & maïs. C’est un marché de météo, un « weather market » comme disent les anglo-saxons, que celui des céréales actuellement. Le manque d’eau commence à se faire bien sentir en Europe de l’Ouest et fait craindre pour la récolte céréalière, entre autres, les rendements pouvant être fortement affectés.
Aussi les prix sur les marchés européens du blé ont –ils été soutenus cette semaine, et ce malgré le fort renchérissement de l’euro face au dollar ce qui pénalise les exportations européennes de blé. La sécheresse impacte aussi les performances du blé d’hiver aux Etats-Unis tandis que trop de pluies ne permet pas d’ensemencer correctement dans toute l’Amérique du Nord. Mercredi, le prix du blé américain a grimpé à son plus haut en sept semaines.
Ceci dit, le Conseil international des céréales a révisé hier à la hausse ses prévisions de production céréalière mondiale pour 2011/12. La production de maïs devrait atteindre le record de 847 millions de tonnes (Mt), soit en hausse de 5% sur l’année et aussi en progression de 6 Mt par rapport à ses dernières prévisions le mois dernier. En revanche, la production de blé a été révisée à la baisse d’un million de tonnes, à 672 Mt.
Aux Etats-Unis, les stocks de fin de campagne 2010/11 de maïs sont faibles. Et si ces conditions météo perdurent, les fermiers pourraient ne plus pouvoir planter du maïs et se tourner ainsi vers d’autres cultures comme le soja, ce qui tirerait les prix du soja à la baisse mais ceux du maïs à la hausse.
En Afrique du Sud, le gouvernement a relevé ses prévisions 2010/11 pour le maïs, à 10,883 Mt contre 10,831 estimé précédemment. Selon le Crop Estimates Committee (CEC), ceci se décomposera en 6,261 Mt de maïs blanc et 4,621 Mt de maïs jaune. Le CEC estime que 598 500 ha seront emblavés cette année contre une prévision initiale de 558 100 ha en 2010 et ce, en raison des prix élevés.

Coton. Le marché de la fibre blanche a connu une semaine mouvementée, avec un plongeon mardi sur le marché à terme de New York. Les opérateurs ont réagi à l’offre mondiale abondante, avec les récoltes de l’hémisphère Sud actuellement disponibles, notamment en Australie, en Argentine et au Brésil. Mais au-delà de l’échéance décembre, les prix se sont plus ou moins maintenus car la sécheresse persiste aux Etats-Unis, jetant un voile sur la production américaine.

Huile de palme. Mercredi, les cours de l’huile de palme sur le marché de Kuala Lumpur sont repartis à la hausse malgré une faible activité à l’exportation et alors qu’on s‘attend à ce que la production et les stocks en Malaisie, deuxième producteur mondial, augmentent fortement.

Sucre. Le sucre s’est inscrit à la hausse cette semaine, stimulé notamment par des investisseurs prêts à se positionner sur des avoirs un peu risqués. Car les prix du sucre sont sur une tendance baissière avec pour toile de fond toujours ces productions abondantes de cane au Brésil et en Thaïlande.
A noter que les souscriptions aux quotas d’importations de 300 000 t sans droits de sucre dans l’Union européennes lancées début avril ont été 55 fois plus élevées, soit de l’ordre de 16,6 Mt, que les volumes disponibles. Aussi la Commission européenne a-t-elle limité à 1,8% le volume qui pouvait être octroyé à chaque soumissionnaire par rapport à al demande qu’ils avaient faites. Ces licences d’importations seront émises le 26 avril et seront valables jusqu’au 30 septembre. Bruxelles avait lancé ses quotas d’imports sans droits à la suite du manque de sucre dans l’Union.

Riz. Les prix du riz, notamment du Vietnam, ont grimpé cette semaine. En effet, la demande sur le marché international demeure forte (1,2 Mt doivent être acheminées en mai et juin) alors que la récolte dans le Delta du Mékong tire à sa fin. Les 25% brisures ont augmenté de 2,3%, à $ 450 FOB.
Cette qualité est très prisée aux Philippines. Or, ce pays, qui est devenu dernièrement le premier acheteur mondial, a décidé d’acheter sans droits de douane, 860 000 t en 2011. Ceci s’ajoutent aux 200 000 t achetées dans le cadre d’accords intergouvernementaux avec le Vietnam. Rappelons qu’en 2010, ce pays a importé un record de 2,45 Mt de riz, la grande partie venant du Vietnam.

Thé. Le prix moyen du thé aux ventes aux enchères de Mombassa, au Kenya, cette semaine a baissé à $ 3,40 le kilo contre $ 3,54 la semaine précédente, mettant un terme à quatre semaines de hausse ininterrompue.

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