22 janvier 2021 - 16:40 |

La Chronique matières premières agricoles au 22 janvier 2021

C’était la semaine des Etats-Unis ! Après l’entrée en fonctions présidentielles de Joe Biden mercredi, Wall Street a enregistré en cours de séance hier des records de hausse pour les différents indices clés, mais en ordre dispersé, note Reuters. Apparemment, l’optimisme se conjugue avec la prudence comme d’ailleurs sur les places financières européennes hier aussi. Les investisseurs européens ont notamment pris note des déclarations de Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), sur les risques à court terme liés à la situation sanitaire et aux mesures prises par les gouvernements pour tenter de l'endiguer, même si l'institution a, comme attendu, laissé sa politique monétaire inchangée.

Hier, pour la troisième séance consécutive, le dollar a été en baisse, les marchés anticipant les mesures de relance promises par l'administration Biden, tandis que l'euro reste orienté à la hausse à $ 1,2142. La livre sterling, quant à elle, a caracolé à des plus hauts de deux ans et demi contre le dollar et de huit mois contre l'euro, le rythme soutenu de la campagne de vaccination en cours au Royaume-Uni laissant espérer un rebond économique plus rapide.

Côté pétrole, la hausse inattendue des stocks de brut aux Etats-Unis la semaine dernière annoncée mercredi soir par l'American Petroleum Institute (API) a fait reculer le prix du brut : le Brent a terminé hier soir à $ 55,91 le baril et le WTI à $ 52,94.

CACAOCAFÉ  - CAOUTCHOUCCOTONHUILE DE PALMERIZ- SUCRE

CACAO

Le cacao a gagné £ 7 la tonne sur la période sous revue de vendredi dernier à hier soir, clôturant à £ 1734. A noter que la livre sterling s’est inscrite hier à un plus haut en deux ans et demi face au dollar, ce qui dissuade les transactions sur le marché londonien du cacao et favorise celles sur le marché à terme de New York. D’ailleurs, la tonne de fèves à New York est passée de $ 2 527 vendredi dernier à $ 2 550 à la clôture hier soir. Elle a même atteint mercredi un pic de $ 2 624, son niveau de prix le plus élevé depuis le 4 janvier.

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Selon des traders interrogés par Reuters, cette timide hausse serait le reflet de l’effet surprise sur le marché qu’ont eu des chiffres de broyage meilleurs que prévus. Mais, soyons clairs : en disant ceci, ces traders ne prennent en compte que les chiffres de broyages nord-américains. En effet, les 6,95 % de hausse au quatrième trimestre 2020 (Lire : Les broyages de cacao en Amérique du Nord bondissent de 7% au 4ème trimestre 2020) ont pris par surprise le marché. Mais en parallèle, on assiste à une chute de 3% de ces broyages en Europe - première région au monde en la matière- et de 4,2% en Asie (-5,3% sur l’ensemble de 2020, à 830 241 t), pourtant une des régions les plus vaillantes en terme de croissance de la consommation (Lire: Baisse de 5,3% du cacao broyé en Asie en 2020 et hausse de 2,8% en Côte d'Ivoire en décembre). En outre, les volumes impliqués sont difficilement comparables : aux Etats-Unis, on parle de 118 043 t sur ce quatrième trimestre e face aux 344 151 t en Europe et aux 217 546 t en Asie. La Côte d’Ivoire, avec ses 147 000 t broyées sur le seul mois de décembre, ne joue pas non plus dans la même cour que les Etats-Unis, loin s’en faut. Alors, en quoi les traders seraient-ils rassérénés si ce n’est qu’ils regardent le seul marché nord-américain ?

D’ailleurs, la hausse de moral des traders n’aurait été que temporaire, si on en croit Reuters qui les a interrogés. En effet, tous les yeux sont plutôt rivés sur les entrepôts en Côte d’Ivoire qui se remplissent, faute d’acheteurs (Lire : Le prix du cacao pourrait baisser à FCFA 750 pour la récolte intermédiaire en Côte d'Ivoire). On craint un report important de stocks en fin de campagne, ce qui pèsera sur la suivante.

CAFÉ

L’Arabica a glissé à New York cette semaine : partie de $ 1,2815, la livre (lb) a clôturé hier soir à $ 1,25 à New York. Le Robusta a fait de même, passant de $ 1 353 la tonne en fin de semaine dernière à Londres à $ 1 323 hier soir.

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Sur les marchés asiatiques cette semaine, les transactions ont été calmes. Au Vietnam, les planteurs dans la ceinture caféière des Central Highlands ont vendu leur kilo de Robusta à 31 200-32 000 dongs ($ 1,35-1,39), un prix inchangé par rapport à la semaine dernière. Les traders ont vendu le Grade 2, 5% grains noirs et brisures, avec une prime de $ 80 à $ 90 la tonne sur le contrat mars contre $ 100 à $ 110 la semaine dernière. En Indonésie, où les disponibilités sont réduites à peau de chagrin, la prime offerte a varié dans une fourchette allant de $ 250 à $ 290 par rapport à l’échéance avril sur le marché à terme de Londres. Un marché très impacté par la pénurie de conteneurs pour expédier (lire nos articles dans la rubrique Transport).

Côté production, la chute spectaculaire de la production au Brésil cette prochaine campagne semblerait se confirmer. Selon l’agence statistique gouvernementale Conab, la production baisserait de 30,5% pour se situer à 43,8 millions de sacs de 60 kg (Ms). La chute est lourde mais la campagne précédente a été surabondante à 63 Ms.

Aux Etats-Unis, pour la première fois depuis le mois de juin dernier, les stocks de café vert dans les entrepôts portuaires aux Etats-Unis ont augmenté. Sur le mois de décembre, ils ont gonflé de 169 195 sacs pour atteindre 6 Ms. Rappelons qu’en novembre, ces stocks étaient à leur plus faible niveau depuis décembre 2015, après quatre mois consécutifs de baisse. Ceci dit, à 6 Ms, on est loin des plus bas historiques qui ont été de 4 Ms en 2011.

CAOUTCHOUC

Les cours du caoutchouc ont été volatiles pour terminer la semaine en retrait avec une clôture hier à 241,9 yens ($2,33) sur l’Osaka Exchange contre 243,1 yens vendredi dernier. En revanche, sur le marché de Shanghai, on observe une légère progression à 14 745 yuans ($2 276,73) la tonne contre 14 575 yuans.

L’évolution de la pandémie de la Covid-19 a pesé sur les cours avec pour la première fois la présence du variant à diffusion rapide au Japon et la reprise de l’épidémie en Chine avec plusieurs millions de personnes confinées. D’un autre côté, le marché a été soutenu par la perspective du vaste programme de relance de $1,9 billion du nouveau président américain Joe Biden.

En Thaïlande, les entreprises multiplient les investissements dans la production de gants en caoutchouc. Selon Nikkei Asia, ce sont quelques 24 milliards de bath ($800 millions) qui devraient être investis au cours des prochaines années chez le premier producteur mondial de caoutchouc et deuxième fabricant mondial de gant après la Malaisie. Des décisions d’investissement qui interviennent alors que la réputation du malaisien Top Glove, le plus grand fabricant mondial, est ébranlée par multiplication des cas de Covid-19 dans ses usines. Trang Gloves Thailand prévoit d’investir de 9,9 milliards de bahts pour quasi doubler sa capacité de production d’ici 2026 à 70 milliards de pièce. Singhaseni Group, un importateur de matériel médical, s'est associé à Atgenes Global Link, société de biotechnologie basée à Bangkok, pour investir 6 milliards de bahts dans la construction d'une usine de gants en caoutchouc dans la ville méridionale de Songkhla. Thonburi Healthcare Group, qui exploite des hôpitaux privés, a également investi 1 milliard de bahts pour construire une usine d'une capacité de production de 900 000 pièces par jour.

La Thaïlande compte 19 usines de gants en caoutchouc avec une capacité de production totale de 46 milliards de pièces par an, dont 90% étaient généralement destinées à l'exportation, le royaume représentant environ 13% de l'offre mondiale, selon l'Association thaïlandaise des fabricants de gants en caoutchouc. Les nouveaux investissements dans le secteur devraient porter la part de marché de la Thaïlande à 20% d'ici 2022.

COTON

Le coton poursuit cette semaine son envolée avec une clôture hier à 82,57 cents la livre contre 80,7 cents vendredi dernier. Un nouveau rebond porté par la Chine mais aussi par l’euphorie des marchés boursiers, qui atteignent des records, ainsi que la dynamique de hausse de certaines matières premières agricoles, la perspective du vaste plan de relance du nouveau président des Etats-Unis Joe Biden et la faiblesse du dollar.

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La Chine achète à tour de bras du coton. « La Chine reste l'un des principaux moteurs de ce rebond, car l'écart de prix avec le contrat à terme chinois le plus actif, qui a clôturé aujourd'hui à 107,44 cents, mesure toujours près de 25 cents. La Chine a importé 1,6 million de balles de coton brut en décembre, soit la quantité mensuelle la plus élevée depuis 2013, et la Chine continue d'absorber également beaucoup de fil de coton du sous-continent indien. On estime que les importations de coton et de fil par la Chine atteindront environ 22 millions de balles cette saison, mais ce nombre pourrait augmenter si le problème du Xinjiang obligeait les fabricants chinois à s'approvisionner en fibres étrangères » souligne Plexus Cotton.

HUILE DE PALME

Nouvelle baisse sur le marché de l’huile de palme volatile, après une chute de près de 11% la semaine dernière, la première baisse hebdomadaire en cinq. Les cours sur la Bursa Malaysia Derivative Exchange se sont établis hier à 3 283 ringgits ($814,64) la tonne contre $3 424 vendredi dernier. Les faibles performances à l’exportation de la Malaisie, en recul de 43% sur les 20 premiers jours de janvier, l’ont emporté sur les inquiétudes de rupture d’approvisionnement suite aux fortes pluies et inondations qui s’abattent en Malaisie et perturbent les activités de récolte et d’évacuation de ces récoltes. "Le marché devrait rester sur une tendance baissière jusqu'à ce que nous voyions une amélioration de la demande de grands acheteurs tels que la Chine et l'Inde", estime un négociant basé à Singapour. Car les stocks sont bas et l’approvisionnement encore serré.

Dans l’Union européenne, les importations au cours de la saison 2020/21 qui a débuté en juillet dernier ont atteint 3,24 millions de tonnes (Mt) au 17 janvier, contre 3,10 Mt à la même période l'année dernière, selon les données publiées lundi par la Commission européenne.

La Malaisie, après l’Indonésie, a demandé l’ouverture de consultations avec l’Union européenne dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) au sujet des restrictions européennes sur l’utilisation des biocarburants à base d’huile de palme (Lire : Huile de palme : la Malaisie engage une action en justice à l'OMC contre l'UE). En outre, les deux producteurs mondiaux cherchent pour la première fois à unir leurs forces pour mener une campagne de plaidoyer en Europe, où des réglementations de plus en plus strictes menacent les ventes sur leur troisième marché.

Côté entreprise, le directeur général de Sime Darby Oils, Mohd Haris Mohd Arshad a affirmé que les plus gros clients de Sime Darby Plantation n’avaient pas pris de décision générale d’interdire l’huile de palme et les produits à base d’huile de palme à la suite des sanctions américaines sur des allégations de travail forcé dans le processus de production (Lire : Le géant de huile de palme Sime Darby interdit aux Etats-Unis). « Ils n'ont pas pris la décision générale d'interdire les produits du SDP, pour moi, c'est un grand soulagement», a-t-il déclaré à la radio locale BFM.

RIZ

Les prix à l'exportation du riz en Inde ont légèrement augmenté cette semaine en raison de la forte demande d'autres pays asiatiques, tandis que qu’ils sont restés inchangés en Thaïlande et au Vietnam.

En Inde, les prix du riz étuvé 5% ont légèrement augmenté à $385- $391 la tonne contre $383- $390 la semaine dernière. Les achats se multiplient tant pour la varité 5% que 100% de brissures. 

En Thaïlande, les prix du Thaï 5% ont peu varié entre $520-$526 la tonne contre $520 à $525 de la semaine dernière. Les négociants affirment que le taux de change reste le principal facteur à l'origine des prix élevés du riz thaïlandais par rapport à des concurrents comme l'Inde et le Vietna, ce qui a atténué la demande de l'étranger, tandis que l'offre reste stable.

Au Vietnam, les prix du Viet 5% sont inchangés entre $500-$505 la tonne. Les prix intérieurs demeurent élevés, ils devraient baisser lorsque la récolte battera son plein. De même, les exportateurs achètent modérément aux agriculteurs dans l'attente de la pleine récolte d'hiver-printemps. Les Philippines continueront d'être le principal marché d'exportation de riz du Vietnam cette année ont estimés les négociants. 

Le Bangladesh redouble d'efforts pour reconstituer ses réserves épuisées après que les inondations de l'année dernière ont ravagé ses récoltes et fait monter les prix à un niveau record. "Nous pourrions acheter plus de riz en Inde dans le cadre d'accords d'État à État tout en continuant à acheter par voie d'appels d'offres. Dans le même temps, les commerçants privés sont autorisés à importer du riz", a déclaré Mosammat Nazmanara Khanum, haut fonctionnaire du ministère de  l'Alimentation.

L’Afrique, qui dépend de 40% des importations pour couvrir les besoins de sa population en riz, pourrait être fortement pénalisée par l’évolution du marché mondial du riz. Outre, la hausse des prix du riz mais aussi du coût fret, l’appétit de la Chine et du Vietnam pour le riz de basse qualité pour son industrie agroalimentaire mais aussi l’alimentation des animaux en substitut du maïs, qui flambe, a conduit également à une progression de riz 100% de brisures, prisé par les Africains (Lire : L’Asie paie plus cher pour du riz 100% brisures, privant l’Afrique).

La Corée du Sud imposera un tarif de 513% sur le riz importé pour des quantités en dehors d'un quota désigné, selon le ministère de l'Agriculture, de l'alimentation et des affaires rurales. Les quantités inférieures au contingent de 408 700 tonnes seront imposées avec un tarif de 5%. La mesure vise à n'offrir qu'un accès minimal au marché aux fournisseurs étrangers.

SUCRE

Le sucre roux flirte toujours avec les 16 cents la livre (lb) terminant hier soir à New York à 16,05 cents contre 16,45 cents à la clôture vendredi dernier. Quant au sucre blanc, il perd aussi, à $ 450,3 la tonne hier soir à Londres contre $ 461,70 en fin de semaine dernière.

La récente hausse des cours stimulés par les achats des fonds d’investissement et de spéculation semble s’essouffler face, notamment, aux raffineurs indiens qui vendent à tour de bras. « Certains estiment que les contrats d’exportation déjà signés par l’Inde atteignent 2 Mt, alors que d’autres suggèrent qu’on est plutôt sur un volume de 1,7 Mt », selon un négociant interrogé par Reuters.

Côté Brésil, sa production de sucre chuterait de 6% en 2021/22 à 36 Mt contre 38,4 Mt en 2020/21, estime la maison de négoce Czarnikow dans une note publiée hier. Mais ce n’est pas parce que les raffineries se tourneraient davantage vers la production d’éthanol, c’est uniquement car la production de canne à sucre serait moindre. Ainsi, les volumes de cannes broyées seraient de 580 Mt en 2021/22 contre 605 Mt en 2020/21. Au dernier trimestre 2020, la pluviométrie a été de 26% inférieure à la moyenne. En outre, des incendies ont ravagé des champs dans l’Etat producteur de Saõ Paulo. Mais Czarnikow ne s’inquiète pas pour la santé financière des raffineries car les prix en monnaie locale sont aux plus hauts. En outre, les raffineries ont déjà couvert -hedgé- environ 70% de leur production attendue. Elles devraient consacrer 47,3% de la canne à la fabrication de sucre en 2021/22 contre 46,1% pour la campagne qui s’achève.

L’Inde, pour sa part, devrait enregistrer sa cinquième campagne consécutive excédentaire en 2021/22, les agriculteurs continuant à planter, boostés par les bonnes pluies et les incitations gouvernementales à l’export, explique à Reuters Prakash Naiknavare, directeur général de la Fédération nationale des coopératives des usines de sucre. En 2020/21, la production de sucre a été de 31 Mt face à une demande de 26 Mt, selon les chiffres de l’Association indienne des raffineries de sucre. La mousson entre juin est septembre a été au-dessus des moyennes pour la deuxième année consécutive pour la première fois depuis des décennies. Les rendements s’en ressentent.

Les exportations russes de sucre ont chuté de 54,3% entre le 1er août et el 27 décembre, totalisant 210 500 t, selon les services du ministère de l’Agriculture à Moscou. Environ 77% de ces exportations étaient du sucre blanc ; 82% des ventes de ce sucre blanc sont allés à l’Ouzbékistan, au Kazakhstan, en Ukraine et en Azerbaïdjan, tandis que plus de 90% du sucre roux est parti à destination du Kazakhstan.

Côté entreprises, le n°2 français du sucre, le groupe coopératif Cristal Union, a annoncé hier avoir produit 1 Mt de sucre, 200 000 t de pulpes déshydratées et 5 millions d’hectolitres d’alcool et de bioéthanol à partir de 10 millions de tonnes de betteraves au cours de l’année 2020. Le rendement est historiquement faible suite aux «ravages sans précédent de la jaunisse virale sur la production de ses coopérateurs, toutes régions confondues » en France. « Conséquence directe, la campagne betteravière 2020/21 de Cristal Union aura duré en moyenne 90 jours, soit 25 % de moins que les précédentes campagnes », souligne le communiqué.

Rappelons que Cristal Union est le 1er producteur de bioéthanol français et le 3ème européen avec une production de 600 000 m3 par an sur 3 sites de production.

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