23 février 2021 - 19:18 |

Le Forum Afrique plaide pour un New Deal pour le développement

« Le temps est venu d’un « New deal for Development » : face à cet immense choc mondial, seule une action coordonnée au niveau continental et global nous permettra de réduire les vulnérabilités de nos économies » est l’une des recommandations faites à l’issue de la 20ème édition du Forum économique international sur l’Afrique organisé par l’Union Africaine (UA) et le centre de développement de l’OCDE, sous la présidence de Macky Sall et qui avait pour thème « Investir pour une relance durable en Afrique ».

Si les orientations pour une relance durable et une croissance inclusive ont été définis, reposant notamment sur la Zone de libre échange continentale (Zlec) et la création de chaînes de valeur et la transformation mais aussi l’économie numérique et l’agriculture notamment, la question des ressources pour financer le développement et investir a été posée avec acuité. Avant même la pandémie de la Covid-19, l’Afrique faisait déjà  face à une baisse de ses ressources financières, de l’ordre de 18% entre 2010 et 2018, soulignait le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria. La crise sanitaire a exacerbé cette situation, l’épargne nationale diminuant de 20%, les transferts de migrants chutant de 9% et les investissements directs étrangers (IDE) de 40%. Les recettes budgétaires, déjà faibles, de l’ordre de 16% du PIB, devraient aussi diminuer d'environ 10%. Si chacun s’accorde sur la nécessité pour l’Afrique d’accroître ses ressources internes, l’effet ne sera pas immédiat. Or, l’Afrique a des besoins de financement estimés à environ $1 200 milliards sur la période 2020-23 selon le FMI.

« Pour l’ensemble des pays africains, les efforts internes ne suffiront pas pour amortir la crise et relancer la croissance économique. Il nous faut plus de capacités financières. C’est pourquoi nos pays plaident pour un allègement conséquent de la dette afin de disposer de ressources budgétaires nécessaires pour continuer à faire face aux dépenses engendrées par la riposte sanitaire et la résilience économique et sociale et surtout préparer la relance post-covid » affirme Macky Sall. S’il salue l’initiative du G20 du moratoire sur le service de la dette, il estime qu’elle n’est pas à la hauteur de l’ampleur de la crise et  plaide pour son extension sur l’année 2021 mais aussi pour la mobilisation de Droits de tirage spéciaux (DTS) au profit des économies manquant de liquidités. « Je dois aussi rappeler qu’avec un montant estimé à environ $355 milliards, la dette africaine ne représente finalement que 2% du volume de la dette mondiale » souligne le président sénégalais.

Au delà, Macky Sall, ainsi que de nombreux participants, ont affirmé la nécessité de réformer le système financier international. Cela passe notamment par la lutte contre les flux illicites, qui coûtent à l’Afrique près de 80 milliards par an, rappelle Albert M. Muchanga, commissaire au Développement économique, au commerce, à l’industrie et aux mines à la Commission de l’UA. Autres pertes pour le continent, l’évasion fiscale et donc faire en sorte que l’impôt soit perçu dans les pays où se créent la richesse. C’est vrai des Gafas mais aussi remarque Macky Sall des activités minières qui souvent échappent à l’impôt.

Enfin, au moment où plus de $14 billions ont été dépensés au niveau mondial pour lutter contre la covid-19 et où les taux d’intérêt sont proches de zéro, le continent africain fait face à des primes d’assurance  et des coûts d'investissement plus élevés en raison d’une perception du risque jugée exagérée par le président sénégalais. En écho, Jean Hervé Lorenzi, président d’honneur du Cercle des économistes estime que « Pourtant, ce n’est pas tant le montant de la dette qui importe mais l’impossibilité des pays africains de se financer à bas coût sur les marchés pour mener des investissements productifs et nourrir la croissance suffisante qui permette de rembourser la dette » et propose de revoir les méthodes de rating des pays africains et de créer une agence international de notation de l’Afrique ainsi qu’une structure panafricaine de rehausseur de crédit.

« A mon sens, en lieu et place du débat classique sur l’APD, qui a fini de montrer ses limites, c’est sur ces paradigmes qu’il convient de bâtir les fondements de l’émergence des pays africains » affirme Macky Sall appelant à l’édification « d’un nouvel ordre mondial qui place l’humain et l’humanité au centre des relations internationales ». Pandémie de la Covid-19 oblige, le premier pas serait l’accès des vaccins à tous les pays.

Pays: 
Secteurs: 

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +