23 juillet 2015 - 18:45 |

La Chronique Matières du Jeudi (23 juillet 2015)

Pour la première fois en une semaine, l'euro s'est raffermi aujourd'hui, se hissant au dessus de $ 1,10. Il a été boosté par l'approbation du Parlement grec de la seconde vague de réformes indispensable pour démarrer les négociations avec les créanciers de la Grèce. La dollar a donc perdu de sa vigueur et ce malgré la perspective de voir la Réserve fédérale américaine remonter ses taux d'ici la fin de l'année.

 

CACAO

Après une nouvelle hausse des cours du cacao enregistrée en début de semaine, les traders ont pris leurs bénéfices tant sur les marchés de Londres que de New York, le terme juillet arrivant à échéance aujourd'hui. A Londres, la tonne a terminé aujourd'hui à £ 2 168 et à New York à $ 3 253.

Les arrivages aux ports d'Abidjan et de San Pedro, en Côte d'Ivoire, demeurent volumineux, la récolte intermédiaire étant importante : du début de la campagne le 1er octobre au 19 juillet, ces arrivages ont totalisé 1 632 000 t, estiment les exportateurs, contre 1 629 000 t sur la même période la campagne dernière.  Toutefois, les perspectives pour la prochaine récolte 2015/16 semblent moins prometteuses.

A plus long terme, selon une enquête menée par l'agence Reuters , les prix du cacao devraient baisser de plus de 8% d'ici la fin de l'année et en 2016 : la surabondance de l'offre atteindrait son niveau le plus élevé en 5 ans. Face à cela, la consommation ne devrait pas croître de façon significative à court terme tant dans les marchés matures qu'émergents.

Selon ce même sondage, les prix sur le marché à terme de Londres pourraient baisser à £ 2 000 la tonne d'ici la fin de l'année et demeurer plus ou moins à ce niveau en 2016. £ 2 000 la tonne, c’est 8,1% de moins que les cours actuels, mais c'est 2,4% de plus que la cotation de la fève fin 2014. Quant au marché de New York, les spécialistes interrogés estiment que les cours baisseront à $ 3 000 la tonne, en baisse de 8,5% par rapport aux niveaux actuels mais 3,1% de mieux que fin 2014.

Sur l'année, la consommation glisserait de 2,5%, le marché mondial devant enregistrer un excédent de 85 000 t durant la campagne 2015/16; ce serait l'excédent le plus important depuis 2010/11. Quant à la campagne actuelle 2014/15, le déficit est estimé à 37 500 t par les observateurs interrogés par Reuters.  La production mondiale atteindrait 4,3 Mt en 2015/16, son niveau le plus élevé en deux ans et en hausse de 140 000 t sur les estimations pour l'actuelle saison 2014/15.

En réalité, la demande en chocolat a diminué lorsque les grands chocolatiers et confiseurs, comme Hershey, Mars, etc. ont relevé le prix de leurs articles suite à la hausse des prix du cacao. Actuellement, les analystes estiment qu'un des facteurs majeurs qui pourraient faire repartir à la hausse les prix est El Niño sévissant en Afrique de l'Ouest.

Côté entreprise, rappelons que Cargill a reçu cette semaine le feu vert de la Commission européenne pour l'acquisition des activités cacao d'ADM, tandis que Mars a décidé d'investir $ 100 millions dans sa chocolaterie à Topeka, dans le Kansas aux Etats-Unis.

Enfin, lundi, le géant allemand du hard discount alimentaire, Aldi, a annoncé que 100% du cacao utilisé pour la production de ses produits sous sa marque sera certifié UTZ, Rainforest Alliance et Fairtrade, d'ici la fin de l'année contre 90% auparavant.

CAFE

L'Arabica comme le Robusta ont terminé en baisse sur les marchés à terme de New York et de Londres. Sur les marchés asiatiques du physique, l'activité a été réduite pour l'origine Vietnam, les exportateurs ayant augmenté leurs primes au dessus du marché de Londres, à un niveau au-delà des anticipations des acheteurs. Ceux-ci sont donc demeurés en retrait. En revanche, le marché indonésien a rouvert après les fêtes. Les exportations du Vietnam durant le mois de juin ont baissé de 1,2% par rapport au mois de mai, à 104 200 tonnes (t), portant les expéditions sur les 9 premiers mois de la campagne 2014/15 à 979 700 t, en baisse de 25,7% par rapport à la même période la campagne dernière.

Au Brésil, les stocks de café fondent comme neige au soleil ! Au 1er juillet, ils totalisaient 5,1 millions de sacs de 60 kg (Ms) contre 12,3 Ms le 1er juillet 2014, selon l'exportateur Comexium. De cela, 3,5 Ms étaient détenus dans des entrepôts privés et 1,6 Ms dans des stocks gouvernementaux.

Au Kenya, aux ventes aux enchères de mardi, le prix du meilleur grade, le AA, s'est situé dans une fourchette allant de $ 94 à $ 262 le sac de 50 kg contre $ 102-245 la semaine dernière; l'AB s'est vendu entre $ 113 et $ 234 le sac contre $ 81 et $ 209 aux ventes précédentes.

Côté entreprise, notons que le géant de la distribution Starbucks a lancé cette semaine un café pure origine Vietnam, non en Robusta mais en Arabica !  Il s'agit d'un des cafés les plus anciens du pays que Starbucks commercialise sous le nom de Starbucks Reserve Vietnam Da Lat.

D'autre part, Jacobs Douwe Egberts a confirmé vendre sa marque française Carte Noire à l'italien Lavazza pour € 730 millions. Cette vente avait été exigée par la Commission européenne comme condition sine qua non  pour donner son feu vert à la fusion de l'unité café de Mondelez et DE Master Blenders. Lavazza reste le plus important groupe café en France.

CAOUTCHOUC

Si les cours du caoutchouc sur Tokyo Commodity Exchange (TOCOM) se sont légèrement repris jeudi aidés par l’affaiblissement du yen vis-à-vis du dollar, ils étaient moroses cette semaine, plombés toujours par les inquiétudes sur l’économie chinoise.

Sur le marché à terme de Shanghai, le contrat de caoutchouc pour une  livraison janvier perdait  145 yuans à 13 295 yuans la tonne.

Les stocks de caoutchouc dans les ports japonais se sont élevés à 14 075 tonnes au 30 Juin, en baisse de 2,2%, selon les données la Rubber Trade Association du Japon.

COTON

Début de semaine morose pour le coton qui a enregistré quatre séances  consécutives de baisse pour se reprendre très légèrement mercredi (clôturant à 64,48 cents la livre pour le contrat de décembre) les investisseurs couvrant leur position courte tandis que la baisse des prix a amorcé des achats physiques des usines.

La Chine n’a vendu que 8,78% du coton issu de ses réserves sur la première semaine des ventes, confirmant la faiblesse de la demande. Beijing ambitionne de vendre environ 1 million de tonnes (Mt) de fibre de ses réserves d’ici à la fin du mois d’août en conformité avec son plan de réduire progressivement ses réserves.

Les usines ont été freinées dans leurs achats en raison des disponibilités encore importantes  mais aussi par des prix des enchères relativement élevés. Les ventes ont totalisé 23 551 t. Les usines ont été principalement intéressées par les qualités les moins chères, la récolte 2011, tandis qu’aucune vente n’a été réalisée sur la récolte de  2012.

En Inde, le ministre du Commerce et de l’industrie, Nirmala Sitharaman, a indiqué au Parlement que les exportations de coton de l’Inde vers la Chine avaient chuté de près de 57% en 2014/15.

Au Mali, la  Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT)  a annoncé que 97% de la superficie prévue pour le coton était  ensemencée et que l’objectif des 650 000 t de production pourrait donc être atteint. "97% est un niveau  satisfaisant et en ce qui concerne les 3% restants, nous serons en mesure de les ensemencer tout en nous focalisant sur l’obtention de rendements  élevés", a déclaré à Reuters Ousmane Traoré, conseiller technique à la CMDT. Il précise toutefois "Cela signifie que nous comptons toujours sur notre objectif de 650 000 tonnes, pour autant que les pluies continuent". Si tel était le cas, la production progresserait de plus de 18% par rapport à celle de 2014/15 ( 550 000 tonnes).

HUILE DE PALME

Pour la deuxième séance consécutive, les cours de l’huile de palme dans un marché calme se sont contractés avec la baisse des marchés concurrents, comme le soja, mais aussi la chute des exportations de la Malaisie (15% du 1er au 20 juillet) ainsi que la possibilité par la Russie d’imposer des limites sur l’utilisation de l’huile de palme.

L’Indonésie a commencé  à collecter la taxe sur les exportations  sur l’huile de palme après plusieurs semaines de report a annoncé le gouvernement mercredi. L’objectif est d’engranger  dans les coffres de l’État 4,5 trillions de rupiah (environ $336 millions) cette année. La nouvelle taxe sollicitée auprès des exportateurs s’élève à $50 par tonne d’huile de palme brute exportée et $30 par tonne sur les embarquements d’huile  palme raffinée.

Une partie des fonds récoltés devrait servir à financer les subventions sur le biodiesel, qui ont été introduites pour réduire la facture des importations de pétroles et absorber les excédents d’huile de palme chez le premier producteur mondial.  La subvention devrait se situer entre 600 et 700 rupiah par litre de biodiesel. "Nous avons besoin de d’argent pour les subventions, donc nous collectons les taxes sur un mois puis nous commencerons à subventionner le biodiesel", a indiqué Dadan Kustdiana, directeur de l’Indonesia Estate Crop Fund Agengy. Ajoutant que sur une base annuelle, la taxe devrait générer 10 trillions de rupiah de revenus.

RIZ

Les prix du riz en Asie se sont rétractés cette semaine.  La demande est faible en dépit de quelques achats suscités par les craintes de la sécheresse en Thaïlande tandis que la récolte bat son plein au Vietnam, les prix à l’exportation sont tombés à un plus bas de 5 ans. Les opérateurs privés philippins ont importé environ 300 000 tonnes (t) de riz, surtout en provenance de la Thaïlande et du Vietnam, soit un niveau bien en dessous de celui qui leurs a été alloué (805 200 tonnes).

La sécheresse pourrait imputer la production de riz en Thaïlande de plus de 10% a estimé mardi la Thai Rice Exporters Association. La récolte pourrait alors se situer autour de 24 millions de tonnes (Mt), contre 27 Mt en 2014 indique le président de l’association, Chookiat Ophaswong. Une chute qui pourrait apporter un certain soutien aux prix du riz thaïlandais au plus bas depuis 7 ans. Compte tenu de la faiblesse de la demande et de la sécheresse, l’association a revu son estimation des exportations de 10 Mt à 9,5 Mt pour 2015.

"Les marchés intérieurs ont encore peur de la sécheresse alors ils sont venus acheter du riz semaine dernière", indique une trader de Bangkok. Toutefois, les ordres n’ont porté que sur des petites commandes de 10 à 20 conteneurs,  soit autour  250 à 500 tonnes.

Le ministère thaïlandais du Commerce  a indiqué à des sources locales reprises par Reuters que la prochaine vente aux enchères, la cinquième depuis le début de l’année, portera sur environ 500 000 tonnes et que le processus de qualification pourrait démarrer dès la semaine prochaine.  Le gouvernement thaïlandais a déjà vendu environ 3,88 Mt pour une valeur d’environ 40 milliards de baths (environ $1,15 milliard) depuis mai 2014 à travers 8 ventes aux enchères. 

Les importations de riz en Chine ont grimpé d’environ 7% sur le premier semestre 2015 pour atteindre 1,42 Mt. Quant aux exportation, à 116 500 t, elles croissent de 45% sur le premier semestre 2015, selon les douanes chinoises.

SUCRE

Pendant toute cette journée de jeudi, les marchés du sucre ont été dans l'attente des chiffres brésiliens sur cette première quinzaine du mois de juillet. Ils sont enfin tombés, au sens propre du terme ! La production n'a été que de 1,44 million de tonnes (Mt) contre 2,51 Mt durant la deuxième quinzaine du mois de juin. Les broyages de canne  ont, quant à eux, baissé de 37% en ce début juillet, à 29,3 Mt par rapport à fin juin. Ceci est la conséquence directe des très fortes pluies qui se sont abattues sur les régions de production, perturbant la récolte et les opérations de broyage.

Autre facteur majeur en cette fin de période sous revue, à l'instar des autres marchés boursiers, le sucre roux coté à New York est soutenue par un dollar plus faible, ce qui rend les matières premières cotées en billet vert moins cher et donc plus intéressantes à l'achat.

Ceci dit, toute tendance haussière  sur le marché du sucre, blanc ou roux, est mise à mal par l'importance des stocks en Inde et en Thaïlande.  Ainsi, en ce jeudi, le blanc sur l'échéance octobre est en légère hausse, à $ 349,40 la tonne tandis que le roux est à 11,46 cents la livre.

Selon un sondage d'analystes du marché du sucre réalisé par Reuters, Le prix du sucre roux devrait se redresser et atteindre 13 cents la livre d'ici la fin 2015 et s'établir en moyenne à 14,50 en 2016, le premier déficit mondial en 6 ans du marché du sucre devant soutenir les prix.

Les prix devraient donc se redresser mais non s'emballer car si, effectivement, on prévoit un déficit entre la production et la demande,  il faut aussi tenir compte des stocks très élevés de sucre au plan mondial. Des stocks que le marché n'est pas prêt à résorber ! Selon le directeur général de l'Organisation internationale du sucre (OIS), Jose Orive, c'est la faiblesse des prix du sucre qui stimule la demande, ce qui s'ajoute à une production plus importante d'éthanol au Brésil réduisant les disponibilités en sucre à partir de la canne. Jose Orive a confirmé hier les prévisions faites début juillet par l'OIS : le déficit serait de 2,5 Mt en 2015/16 et de 6,2 Mt en 2016/17. Un déficit, donc, considérable, mais qui aura, en définitive, peu d'impact sur les prix étant donné le poids des stocks mondiaux. 

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