23 octobre 2015 - 10:30 |

La Chronique Matières du Jeudi (23 octobre 2015)

Sur le marché des matières premières agricoles tropicales, c'est le cacao qui attire l'attention cette semaine avec les élections présidentielles, dimanche, chez le premier producteur mondial de fèves, la Côte d'Ivoire, et à un moment où le mécanisme de ventes, phare de la réforme de la filière cacao du président, est remis en cause.

 

CACAO

C'est toujours le yoyo sur les marchés, un yoyo activé par la perspective des élections présidentielles dimanche chez le premier producteur mondial de fèves, la Côte d'Ivoire, et donc par les spéculateurs !

Ainsi, mardi, l'échéance décembre sur le marché à terme de Londres a clôturé en hausse de £ 22 la tonne, à £ 2 177 après avoir touché son plus haut depuis le 29 septembre, à £ 2 193. En effet, même si l'actuel président de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, est donné largement gagnant, le marché a spéculé sur les risques de perturbations qui pourraient impacter l'acheminement des fèves au port notamment d'Abidjan alors que la récolte bat son plein.

Mais cette envolée des prix a eu raison de l'engouement des acheteurs, qui ont freiné leurs achats. Conclusion, la tonne de fèves a terminé en baisse hier soir à € 2 124 sur le marché à terme de Londres et à $ 3 140 à New York.

Mais il n'y a pas que les élections qui ont fait l'actualité cette semaine sur la scène du cacao. En effet, mardi, les responsables ivoiriens tant du gouvernement que du Conseil du café-cacao (CCC) ont annoncé envisager d'abolir le système électronique d'enchères la campagne prochaine suite au boycott prolongé des principales maison de trading. En effet, rappelons que la Côte d'Ivoire utilise ce système d'enchères électroniques qui permet aux entreprises internationales non présentes physiquement sur place en Côte d'Ivoire, de passer leurs achats. Toutefois, afin de développer l'industrie locale, le CCC a donné, la campagne dernière, un contrôle sur ces contrats d'approvisionnement aux exportateurs locaux, contrats qui représentent environ 10 à 20% de la production nationale. Depuis des mois, les acheteurs internationaux ont largement boycotté la vente électronique anticipé de la récolte en cours 2015/16, estimant que les opérateurs locaux n'avaient pas les reins assez solides pour assumer de telles opérations. "Cette campagne, nous devrions vendre 200 000 tonnes (t) au travers les enchères mais nous n'avons pu vendre qu'entre 20 000 et 40 000 t", a souligné une source du CCC.

Rappelons que les exportateurs locaux se sont vus donner un certain nombre d'avantages pour leur mettre le pied à l'étrier dans ses achats, notamment un avantage fiscal représentant FCFA 74 du kilo de fèves. En outre, ces opérateurs ne sont pas obligés de justifier d'avoir un client pour les fèves qu'ils achètent à travers le système d'enchères. Ainsi, et face au boycott des acteurs internationaux, les locaux ont pu acheter 230 000 t de fèves au travers des ventes anticipées.

Les autorités ivoiriennes devraient se prononcer d'ici la fin de l'année sur l'avenir de ces enchères. Un dossier sur lequel les exportateurs locaux, notamment le GNI qui regroupe 6 exportateurs locaux,  sont divisés. Il souligne que les groupes internationaux passent par le biais d'exportateurs locaux pour acheter du cacao aux enchères, utilisant donc le système pour pourvoir bénéficier des avantages notamment fiscaux octroyés.

Côté entreprises et pays producteurs, Mondelez International a annoncé investir au Nigeria plus de $ 50 millions dans une unité de fabrication d'une des boissons chocolatées favorites du pays, CadburyBournvita

CAFÉ

La pluie tombe au Brésil et les prix du café suivent ! L'Arabica est tombé hier soir à son plus faible niveau en 3 semaines sur le marché à terme de New York, à $ 1,1985 la livre car les pluies tombées mercredi et attendues atténuent les craintes de l'impact du temps très sec jusqu'alors sur les caféiers. Rappelons que ce temps très sec avait propulsé les prix de l'Arabica à $ 1,3760 le 12 octobre, son plus haut en 2 mois.

Le Robusta a suivi à la hausse, clôturant hier soir à $ 1 586 la tonne sur le marché à Londres.

En Asie, les ventes de Robusta au Vietnam et en Indonésie ont ralenti cette semaine, suite à la baisse des cours sur le marché de Londres qui a, d'ailleurs, conduit à un ralentissement du rythme de la récolte en cours au Vietnam. Notons que les cours du Robusta ont perdu 21% depuis le début de l'année calendaire. La surcote du café vietnamien par rapport aux prix sur le marché à terme de Londres s'est élargi à $ 20-50 la tonne contre $ 40 la semaine dernière.

En Tanzanie, le prix moyen de l'Arabica a grimpé aux ventes aux enchères, soutenu par une forte demande des exportateurs et un marché à New York en hausse, selon le Tanzania Coffee Board. Le prix le plus élevé a atteint $ 141,99 le sac mercredi contre $ 136 aux ventes précédentes; 22 020 sacs ont été offerts à la vente contre 25 377 la semaine dernière.

En Ouganda, on s'attend à une hausse modérée de 4% des volumes de production en 2015/16 (octobre/septembre), à 3,6 millions de sacs d e60 kg contre 3,46 Ms en 2014/15. En septembre, les exportations ont fait un bond de 37,7% par rapport à septembre 2014, à 286 322 sacs contre 207 923 sacs, des prix élevés ayant encouragé les producteurs à vendre, selon l'Uganda Coffee Development Authority (UCDA).

CAOUTCHOUC

Le ralentissement de la croissance chinoise et l’offre excédentaire en Asie ont fait plonger les cours du caoutchouc cette semaine. Ils ont perdu environ 6%. Dans une cinquième séance consécutive de baisse, les cours ont clôturé jeudi à 164,1 yens le kilo ($1,37) pour le contrat de mars.

« Le marché a pris une raclée avec la faiblesse des cours  du caoutchouc à Shanghai et l'effondrement du cours des actions chinoises, en dépit du rebond  du marché boursier vers la fin de la séance », a déclaré Toshitaka Tazawa, analyste chez Fujitomi Co.

Selon les données de l'Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (ANRPC), la production des principaux producteurs de caoutchouc naturel dans le monde a diminué de 0,9% au cours des huit premiers mois de cette année par rapport à la même période en 2014. Toutefois, les exportations de caoutchouc naturel ont augmenté de 1% sur la  même période. « À moins que les pays producteurs viennent avec des plans drastiques pour réduire leur production, les prix du caoutchouc resteront probablement sous pression » souligne un négociant à Tokyo.

De son côté, la Thaïlande compte développer la consommation domestique de caoutchouc, selon une déclaration du Premier ministre Prayuth Chan-ocha à l’issue d’une rencontre avec des planteurs des provinces du Sud et des représentants de l’industrie de transformation du caoutchouc. Toutefois le Premier ministre a précisé que les autorités ne pourront répondre à la demande des planteurs de subventionner leur production en précisant que ceci serait contraire aux règles de l’OMC. Il s’attachera donc à ce que les autorités, en particulier le département des routes, utilisent plus de caoutchouc pour la construction des routes à travers le pays tandis que l’industrie pneumatique sera encouragée. Il a également ajouté que le gouvernement aidera les planteurs à réduire leur coût de production sans en préciser la manière dont il procédera. Actuellement, le caoutchouc thaïlandais se vend à environ $1,1 le kilo sur le marché intérieur, un montant bien inférieur au coût moyen qui est de $1,8 par kilo, selon les dirigeants de planteurs de caoutchouc.

General Motors a publié mercredi des résultats au troisième trimestre meilleurs qu'attendu grâce notamment à une progression de la demande pour ses utilitaires en Amérique du Nord et une augmentation de ses marges en Chine. Le constructeur de Detroit a annoncé un bénéfice hors exceptionnels de 1,50 dollar par action pour le trimestre clos le 30 septembre, contre 55 cents il y a un an.

COTON

Les prévisions de pluies au Texas ont soutenu les prix du coton en ce début de semaine. Le contrat de décembre a clôturé mercredi à 64,23 cents la livre.

L’Inde sera contrainte pour une deuxième année consécutive de procéder à d’importants achats de coton auprès des agriculteurs compte tenu de la réduction des importations de la Chine. Le gouvernement indien a dépensé 160 milliards de roupies (€2,2 milliards) pour acheter 8,7 millions de balles de coton au prix minimum de soutien (MSP) pour la campagne de commercialisation qui a pris fin le 30 septembre. Les agriculteurs indiens ont commencé la récolte du coton, mais les prix sont déjà en dessous du MSP dans certains marchés du Sud, forçant le Cotton Corporation of India (CCI) à commencer à acheter au prix de soutien de 4 100 roupies ($63,15) pour100 kilos. La Chine a représenté jusqu’à 50% des exportations indiennes et si des pays asiatiques comme le Bangladesh et le Vietnam sont susceptibles d’augmenter leurs achats, cela ne compensera pas la baisse des importations chinoises.

Les importations de coton en Chine sur les neuf premiers mois de l’année 2015 se sont élevées à 1 160 266 tonnes, en recul de 42,03% par rapport à la même période en 2014, selon les données douanières. Pour le mois de septembre, elles sont en baisse de 58,55% à 50 948 tonnes. Sur les neuf premiers mois de 2015, les Etats-Unis sont le premier fournisseur (501 347 tonnes), puis l’Inde (184 000 t.), l’Australie (158 045 t.), l’Ouzbékistan (122 609) et le Brésil (76 941 t.). Le continent Africain totalise près de 92 000 tonnes d’exportation vers la Chine, les principaux pays sont le Cameroun (30 060 t.), la Côte d’Ivoire (13 230 t.), le Burkina Faso (9 234 t.), le Soudan (8 630 t.), le Bénin (8280 t.), le Mali (7 946 t.), l’Egypte (5 297 t.), le Zimbabwe (3 713 t.), le Togo (2 241 t.) et le Tchad (1 439 t.).

L’Ouzbékistan a produit 3,35 millions de tonnes (Mt) de coton brut cette année, selon une déclaration du président Islam Karimov. En 2014, la production était de 3,4 Mt.

Le Mali ne devrait pas atteindre  son objectif de production en 20014/15 fixé à 650 000 tonnes( Cf. CommodAfrica).

HUILE DE PALME

Les effets d’El Nino commencent à se faire sentir sur les cours de l’huile de palme. Le premier producteur mondial, l’Indonésie, a révisé à la baisse l’estimation de sa production pour 2016 à 33 millions de tonnes (Mt), contre 33,5 Mt estimé et 31,5 Mt prévues pour 2015, selon l’ Indonesian Palm Oil Board. La faiblesse du ringgit a aussi apporté un soutien aux cours qui ont clôturé mercredi  à 2 366 ringgits ($553,45) la tonne.

RIZ

Les prix du riz vietnamien ont  bondi cette semaine à un plus haut de  neuf mois, les exportateurs préparant les chargements pour les Philippines et l'Indonésie avec une  demande potentielle de Manille tandis que les prix du riz thaïlandais sont restés inchangés.

La hausse des prix au Vietnam, le troisième plus grand exportateur mondial de riz après l'Inde et la Thaïlande, a commencé le mois dernier suite à l’appel d'offres des Philippines portant sur  450 000 tonnes. Les prix ont bondi à nouveau avec la  demande portant sur un million de tonnes de l'Indonésie. Le président Joko "Jokowi" Widodo a finalement accepté d'importer du riz de la Thaïlande et le Vietnam  pour un montant de 1,5 Mt pour garantir les stocks nationaux et maintenir la stabilité des prix  face à des stocks quasiment épuisés à seulement 1,4 Mt selon le directeur de la State Logistics Agency (Bulog), Djarot Kusumayakti. L’Indonésie et le Vietnam sont parvenus à un accord pour la livraison de 1 Mt.  Le Viet 5 % se négociait  à $370-390 la tonne contre $355- $360 mercredi dernier, tandis que Thaï 5 % restait inchangé à $ 360-365 la tonne.  Si la Thaïlande conclut un accord avec l’Indonésie, les prix pourraient toutefois aussi grimper.

Les Philippines tiendront une réunion d'urgence cette semaine pour déterminer si des importations supplémentaires de riz suite aux importantes pertes de récoltes – 400 000 tonnes, soit 5% de la production nationale – causées par le  typhon Koppu. La National Food Authority (NFA) du Conseil avait prévu d’examiner le 29 octobre l’approvisionnement en  riz du pays et de discuter d’une augmentation des importations jusqu'à 1 million de tonnes en raison de prévisions d'un temps sec provoqué par El Nino.

SUCRE

Le sucre poursuit son ascension ! Hier, il a encore atteint un plus haut en 8 mois, clôturant à 14,60 cents la livre pour le roux à New York après avoir touché 14,63 cents durant la session, un niveau qui n'avait plus été enregistré depuis le 20 février.  A noter qu'en touchant le seuil des 14,40 cents, cela a déclenché des ordres automatiques d'achat sur le marché à terme, accélérant la tendance haussière, a expliqué à Reuters le directeur des commodités de la Société Générale à New York, Michael McDougall.  Quant au sucre blanc, il a clôturé également en hausse, de $ 4,9, à $ 390,9 la tonne.

Et la tendance devrait se poursuivre car on attend la pluie dans les régions de production au Brésil ce qui retardera les opérations de récolte, des pluies qui pourraient être très fortes du fait d'El Niño.

Dans l'Union européenne, les stocks de sucre se contractent et certains estiment que les importations pourraient atteindre 600 000 t de sucre roux cette prochaine année.  A fin septembre 2016, les stocks européens ne devraient plus être qu'à 746 000 t contre 1 069 000 t à fin septembre 2015. De sources du négoce, à fin septembre, les raffineurs auraient fait des demandes de licences d'importation d'un total de 254 000 t,  de "toutes origines". On s'attend à ce que ce sucre provienne essentiellement du Brésil et de Cuba.

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