24 septembre 2007 - 19:47 |

Ananas : « _Le Sweet est arrivé à l’apogée de son potentiel_ »

Une analyse de Pierre Arnaud, vice-président de la Compagnie Fruitière (24/09/07)

En bref :
Le Sweet a conquis en 10 ans le marché européen, après celui des Etats-Unis
Le Sweet produit en Afrique est compétitif
Le Cayenne lisse est un produit fini
Le Victoria restera sur une niche de marché
Le marché de l’ananas, donc du Sweet, a atteint son apogée au premier semestre 2006
En Afrique de l’Ouest, il faut massifier l’offre de Sweet en s’appuyant sur les petits et moyens planteurs, et se concentrer face à la grande distribution

CommodAfrica : Quel est le rapport de force actuel de l’ananas africain face au MD2 ?
Pierre Arnaud
 : Le marché européen a totalement basculé : aujourd’hui, il est alimenté à 96% par du MD2. Il faut plutôt parler de Sweet car le MD2 est une marque, un hybride, qui appartient à Del Monte. En 1999-2000, le marché européen était encore alimenté à 80% par du Cayenne lisse et la Côte d’Ivoire était alors le premier fournisseur du marché français qui était un gros marché en Europe. Actuellement, le premier fournisseur du marché européen est le Costa Rica. Nous, Compagnie Fruitière, nous nous sommes totalement reconvertis au Sweet mais certains produisent encore du Cayenne lisse en Côte d’Ivoire et au Ghana. Ils sont marginalisés et nous sommes en train d’imaginer un programme de reconversion en s’appuyant sur la SCB en Côte d’Ivoire (on verra ensuite au Ghana) pour amener des planteurs d’ananas au Sweet. Si on n’est pas dans le Sweet, on est fini ! Le Cayenne lisse pourra rester une petite niche, encore que je n’en pas sois pas certain.

Cela requiert-il un investissement important pour passer de l’un à l’autre ?
Oui, il faut d’abord avoir le matériel végétal. Or, vous savez que l’ananas se plante à partir de rejets. Si vous n’avez pas commencé à planter, vous n’avez pas de rejets. Donc nous ne trouvions pas de matériel à planter. Les Latino-Américains plantaient et gardaient leurs rejets. Nous avons donc dû inventer le produit, le multiplier dans notre laboratoire de Côte d’Ivoire avant d’arriver à la production de rejets. Actuellement, tout ce que nous plantons est issu de rejets et il est vrai que le matériel végétal issu de rejets est de meilleure qualité que celui issu de laboratoire.
Le marché de l’ananas a connu deux évolutions : d’une part, une très forte portant sur la variété, avec l’éviction très brutale de la Cayenne lisse par le Sweet ; d’autre part, les petits calibres qui ne sont plus recherchés au profit des gros calibres. Pour arriver à produire de gros calibres, ce n’est pas toujours facile.

Mais il y a le Victoria…
Le Victoria est un marché de niche. C’est quelque milliers de tonnes sur le marché européen. Plus il y en aura, plus les prix vont baisser et plus ce sera difficile de trouver un équilibre. Aujourd’hui, le Victoria ne peut pas être un concurrent du Sweet.
On en achète dans nos structures commerciales, à Exofarm. En Côte d’Ivoire, nous en produisons un petit peu.

Quelle est votre analyse de la tendance des prix cette année ?
Lorsque le Sweet s’est introduit aux Etats-Unis puis en Europe, en 1999/2000, cela a suscité réellement un réveil de la consommation d’ananas. A ce moment là, chaque année, le marché augmentait de 20%. On est parti d’un marché européen qui faisait 300 000 t ; il en fait pas loin aujourd’hui de 700 000 t…
A partir de mijuillet 2006, on a constaté que les volumes cessaient d’augmenter, après avoir encore augmenté au premier semestre. On a évoqué des raisons de production ci et là. Mais la véritable raison est que le marché est arrivé à une certaine maturité. On le voit actuellement par rapport à la même époque de 2006, la consommation s’est stabilisée par rapport à l’année dernière.. Elle peut évoluer avec la croissance démographique, etc. Mais les grosses augmentations de volumes qu’on a connues d’une année sur l’autre depuis 2000 sont terminées. Le Sweet est arrivé à l’apogée de son potentiel. Par conséquent, on va vers une stabilisation des prix, sans bien sur mettre de côté la concurrence des autres fruits.
Au début, le Sweet se vendait avec un surprix de deux à trois euros le carton par rapport au Cayenne lisse. . Puis, le Sweet a baissé régulièrement : il est maintenant à 7,50 et le Cayenne lisse est à 5,50. Depuis quelque temps, on voit le Sweet se stabiliser en moyenne annuelle autour de 7,50/8,00 euros. Je n’anticipe pas d’augmentation forte du prix du Sweet.

Que faire ?
La Compagnie Fruitière produit 70 000-75 000 t d’ananas. On en fera peut-être un peu plus. Et si on le fait c’est parce qu’on pense avoir quelques avantages comparatifs sur l’Amérique latine malgré tout, qui ne sont pas toujours des avantages de coûts mais de proximité. Il faut beaucoup moins de temps pour aller de Côte d’Ivoire à l’Europe que du Costa Rica. Les produits sont plus frais.
En outre, l’ananas en Afrique marche bien : le sol et le climat s’y prêtent ; il y a aussi un vrai savoir-faire.
Dans la Cayenne lisse, la Côte d’Ivoire était tout de même leader ! Alors, elle ne va pas aujourd’hui rattraper le Costa Rica dans le Sweet car d’une certaine manière, les jeux sont faits. Mais mettre 20 000 à 50 000 t de plus dans les années qui viennent, c’est possible. On peut donc envisager d’appuyer des planteurs indépendants qui s’associeraient, comme cela se fait en Amérique latine et comme on le fait en Côte d’Ivoire dans la banane où une dizaine de planteurs travaille avec nous ; ils possèdent et gèrent eux-mêmes leurs plantations qui bénéficient de nos intrants, qui sont sur nos bateaux et qui ont des itinéraires techniques adaptées aux nôtres.
On va voir comment dans la région du Sud-Est de la Cote d’Ivoire, on pourrait réamorcer une production d’ananas de petits et moyens planteurs, de 25 à 50 ha par planteur, sur le Sweet, qui s’appuierait sur nous. Nous arrivons à des rendements satisfaisants très comparables à l’hectare à ce qui se fait en Amérique latine. Nous pourrions imaginer dans la cahier des charges qu’ils livrent ces ananas dans une station qui existe, que nous y mettions des marques qui marchent bien, que ces produits soient transportés et commercialisés d’une seule main. Car un des problèmes de l’ananas ivoirien a été la multiplication des opérateurs européens : tout le monde avait son importateur, sa politique de marque. .
Par ce biais, on devrait pouvoir relancer une production d’ananas par les petits et moyens planteurs. Cela prendra du temps…Il faut voir ceci à l’horizon de 5 à 10 ans.

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