26 février 2010 - 18:32 |

La guerre du blé aura bien lieu

La Russie revient en force sur le marché égyptien

(26/02/10)

C’est la guerre d’Egypte pour les céréaliers à travers le monde. La Russie mène une bataille agressive sur ce marché, entrainant dans son sillage les autres pays producteurs de Mer noire et mettant à mal les ventes européennes et américaines sur le premier marché mondial à l’importation de blé. La Russie investit massivement dans des infrastructures céréalières afin de pouvoir alimenter l’Egypte, dont un nouveau terminal au port russe de Tuapse ce qui renforcerait sa compétitivité en terme de prix.
Rappelons que l’année dernière, sur des différends de qualité, la Russie avait vu ses expéditions vers l’Egypte se réduire par rapport aux années précédentes. Mais elle est bien partie pour retrouver sa position dominante sur ce marché car son blé est très compétitif.
Depuis juillet dernier, soit le début de l’exercice fiscal égyptien, le principal organisme d’achat d’Etat en Egypte, la General Authority for Supply Commodities (GASC), a acheté 4,75 millions de tonnes de blé, dont 55% de Russie, 28,4% de France et 8,6% des Etats-Unis. En réalité, la Russie aurait profité d’une nouvelle législation égyptienne qui impose aux fournisseurs de charger 60 000 t d’un seul port d’origine, ce qui met à mal un port comme Rouen. D’autre part, la proximité de la Russie explique que son blé soit livré en Egypte avec un coût de fret $ 10 moins cher que le blé américain et deux dollars de moins que le blé français. Cet avantage sera renforcé avec le nouveau terminal de Tuapse et des investissements dans des ports moins profonds comme Rostov et Taganrog. Ceci permet à la Russie d’accroître sa capacité d’exportation, la faisant passer de 5 Mt à 30 Mt cette année.
Le blé américain est la plus grande victime de ce retour fulgurant du blé russe en Egypte. Depuis septembre, pas un grain américain n’aurait été vendu à la GASC. Le blé français a pu préserver un quart du marché. Le blé russe à l’export pourrait recevoir un autre boost si le projet de subventionner l’exportation des 3 millions de tonnes détenues dans les entrepôts d’intervention russes se concrétise.
Selon Michel Ferret, de FranceAgriMer, pour la première fois, la Russie pourrait supplanter les Etats-Unis en 2010 comme premier producteur de blé et pourrait prochainement évincer l’Europe de son rang de second exportateur mondial derrière les Etats-Unis.
Et la concurrence sur ce marché égyptien provient aussi d’ailleurs. Le Kazakhstan revient sur ce marché avec récemment sa première vente de blé à GASC depuis 2008 : le mois dernier, le Kazakhstan a annoncé pouvoir exporter jusqu’à 1,5 Mt de céréales cette année à l’Egypte, notamment via la société privée Venus International. Afin d’être plus compétitif, les autorités pourraient subventionner le fret. L’Ukraine pourrait devenir un autre concurrent si son problème qualité était surmonté.
Toutefois, il est fort probable que la GASC maintienne une diversité de ses fournisseurs afin de faire jouer la concurrence en sa faveur.

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