27 septembre 2018 - 09:18 |
à Koudougou

Objectif de la CCBE : 40 000 t de coton bio en Afrique de l’Ouest

A la veille de l’ouverture, aujourd'hui, à Koudougou au Burkina Faso, du Salon international du coton et du textile (Sicot), s’est tenue la première assemblée générale de la Coalition Coton Bio-Equitable de l’Afrique de l’Ouest  (CCBE). Lancée en décembre 2017 au Mali, l’initiative portée par Ecos et l’institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), tous deux basés en Suisse, a pour objectif de développer la production de coton bio-équitable et de la porter de 0,5% à 5% de la récolte totale cotonnière d'Afrique de l’Ouest. A terme, il s'agit de créer une structure autonome assurant divers services que ce soit dans la commercialisation, l’information, l’appui à la production, le cadre institutionnel et la création locale de valeur ajoutée.

Interview par CommodAfrica de Tobias Meier, senior project leader Green Economy à Ecos et co-initiateur de la CCBE . Il a travaillé pendant 23 ans dans l'ONG Helvetas pour faciliter l’accès au marché des producteurs de coton bio-équitable.

Pouvez-vous nous présenter l’initiative CCBE ?

Cette initiative est née du constat que le potentiel du coton bio et équitable est très grand. Il se développe bien, avec plusieurs programmes menés depuis plusieurs années en Afrique de l’Ouest.  Pour la CCBE, nous avons ciblé le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Sénégal, tous soutenus par la Confédération helvétique. Les programmes d’Helvetas ont cessé et, avec Gian Nicolays, coordinateur Afrique du FiBL, nous avons constaté que nous devions poursuivre notre travail avec les producteurs  de coton bio-équitable, sinon la production s’arrêtera. Car, pour l’instant, le bio-équitable n’est pas encore durable.

La production de coton biologique ne progresse guère en Afrique de l’Ouest et, très souvent, le prix payé pour le coton bio est le même que le conventionnel, sans prime, alors que la culture est plus exigeante et les rendements plus faibles. Comment faire ?

Oui, nous avons eu des difficultés dans la commercialisation. Parfois, le marché n’était pas là et les acheteurs absents. Une autre fois, c’était la production qui était très faible et n’a pu répondre aux besoins. En outre, nous avons pour objectif d'obtenir un prix équitable, un prix plus élevé que celui du marché. Or, personne ne va payer ce prix s’il n’a pas de débouché, personne ne veut prendre le risque.

Mais aujourd’hui, nous avons quinze ans d’expérience dans ce secteur. Nous [Ecos et FiBL, ndrl] connaissons les obstacles, le potentiel et les problématiques. FIBL se concentre sur la production, la certification, les rendements avec, par exemple, l’objectif de les faire passer de 400 kilos par hectare (kg/ha) à 700 kg/ha et Ecos se charge de l’accès au marché, de la fixation et de la garantie des prix.

Mais, c’est tout de même le marché mondial qui fixe le prix ?

Les grandes marques sont très ouvertes à s’engager mais la production textile n’est pas en Afrique de l’Ouest : 95% du coton de la sous-région est exporté. Lors du lancement de la CCBE à Bamako, en décembre dernier, les  producteurs du Bénin, du Burkina Faso, du Mali et du Sénégal se sont engagés à ce que la production de coton bio-équitable atteigne 5% de la production totale d'ici 5 à 10 ans. On parlerait ainsi d’une production de 40 000 tonnes (t) de coton fibre. C’est significatif lorsque l’on sait que la production mondiale de coton bio-équitable était de 150 000 t de fibres l’année dernière. Nous sommes convaincus que c’est réalisable et que les producteurs seront prêts à livrer du coton bio-équitable en qualité et en quantité.

Comment faciliter la commercialisation ?  La CCBE met en avant des  méthodes innovantes, même si elle concède ne pas inventer la roue…

Le programme s’articule autour de cinq piliers dans une optique commerciale car dans cinq ans, les structures devront couvrir leurs coûts.

Les cinq premières années, le programme bénéficiera de quelque millions d’euros. Pour le financement, nous avons approché la GIZ, l’AFD, la Suisse. Il y aura aussi un engagement du secteur privé pour que le coton bio-équitable soit intégré dans leur chaîne verticale. Les marques doivent être partenaires de cette coalition, que ce soit des petites mais aussi des multinationales pour parvenir à des quantités importantes. Nous travaillerons avec les acteurs de la filière présents en Europe, en Turquie, en Asie, avec l’idée d’accroître la valeur ajoutée localement dans la sous-région.

C’est aussi un des objectifs du Burkina Faso à travers le Sicot : il s'agit de promouvoir la transformation locale et de développer une industrie textile locale. Notre conviction est qu'on ne fera pas les mêmes choses qu’au Bangladesh ou au Cambodge, l’Afrique de l’Ouest manquant d’énergie, de sécurité et politique forte. Il faudra plutôt investir dans le marché de niche qu'est le coton bio-équitable durable, par exemple dans l’énergie solaire.

D'autre part, le Burkina Faso dispose aujourd’hui d’une usine d’égrenage de coton. C’est important pour les producteurs de coton bio, car sans une telle usine ils passent après le coton conventionnel pour l’égrenage, avec un coton stocké jusqu’en avril mais aussi leur paiement.

Pourquoi prendre une nouvelle initiative alors que le coton BCI (Better Cotton Initiative) ou 'Made in Africa', dont la production est croissante, défend aussi un coton durable ?

Le coton Made In Africa ou BCI sont des bons standards pour le marché international, l’industrie. Pour une croissance rapide, cela doit être la base. Mais il faut aller beaucoup plus loin. L’impact  du coton bio équitable est plus positif et plus important pour les paysans et l’environnement. Il n’y a pas de concurrence et nous pouvons travailler ensemble.

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