28 mai 2010 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

De belles perspectives africaines, notamment sur les céréales et le sucre

(28/05/10)

Les économistes suivent avec attention l’évolution de la reprise, inquiets de l’impact des difficultés des dettes souveraines dans la zone euro.
L’économie américaine a crû au premier trimestre à un rythme légèrement inférieur à ce qui avait été précédemment annoncé, à 3% contre 3,2% anticipé, sous le coup du ralentissement des investissements des entreprises et de la baisse sans précédent depuis 1981 des dépenses publiques. Au quatrième trimestre, le PIB outre-Atlantique avait crû de 5,6%. La reprise avait jusque-là été principalement tirée par le secteur manufacturier avec la reconstitution des stocks des entreprises, mais les dépenses de consommation (qui représentent en moyenne 70% de l’activité économique américaine) semblent désormais prendre le relais avec la légère amélioration du marché du travail.
Quant à l’euro, qui a perdu plus de 8% face au dollar depuis le début du mois, il a nettement rebondi hier, 27 mai, soutenu par le démenti officiel de la Chine des rumeurs quant à une possible remise en cause de sa politique d’investissement dans la zone euro.
Les matières premières industrielles ont fortement progressé mercredi et jeudi, accusant leur plus forte hausse sur deux jours depuis septembre dernier, la plupart des softs profitant aussi du mouvement.

Cacao. « Le cacao yoyotte », indique un trader. Fin avril, la tonne était au plus haut, le marché se réveillant suite aux bons chiffres de broyages et de consommation. Puis les cours ont perdu durant une bonne partie du mois de mai, touchés par la morosité de la conjoncture économique et financière liés aux déboires européens. Mais ils sont repartis à la hausse ces derniers jours. « Le marché avait trop baissé, ce qui a suscité des intérêts à l’achat de la part des industriels. La position juillet est très en prime, soit sur un squeeze soit c’est de l’esbroufe ! », poursuit-il.
Côté fondamentaux, il y a en ce moment peu de cacao en Afrique de l’Ouest, la campagne principale étant terminée et la petite ne faisant que démarrer. On manque de fèves.
Pour sa part, le Cocobod au Ghana aurait lancé son emprunt syndiqué annuel qui s’élèverait à de $ 1,2 milliard pour préfinancer sa campagne. Les banques impliquées seraient le Credit Agricole, CIB, Ghana International Bank, Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), Standard Bank et SMBCE. Le Ghana estime produire 650 000 t sur la campagne 2009/10.

Café. Les cours du café à terme ont très peu évolué par rapport à la semaine dernière. L’activité sur les marchés africains du Robusta demeure bonne, tandis que le prix spot est toujours plus attractif que les prix d’origine pour les cafés asiatiques.
Quant aux Arabica, « les choses se compliquent sérieusement », souligne un trader. Les prix de Colombie sont de nouveau à la hausse avec peu d’offres et une bonne demande. Les autres cafés d’Amérique centrale sont difficiles à trouver sauf pour les Pérou mais la demande demeure faible sur ces cafés.
Le problème principal est au Brésil où il reste très peu de café de la récolte 2009/10 ; la soudure avec la nouvelle récolte est compliquée. Du coup, le marché interne flambe et les prix internationaux s’en ressentent fortement sur le rapproché, avec des différentiels positifs. En revanche, à partir de l’embarquement septembre, les prix baissent. Les premiers arrivages sont de faible qualité.
La parité dollar/euro perturbe toujours les acheteurs qui hésitent à acheter sur l’éloigné : ils se contentent d’acheter « de la main à la bouche ». D’où un surplus important en récoltes mais on constate de grosses difficultés à les commercialiser, ce qui conduit à des marchés à terme bas en niveau et des différentiels élevés.

Céréales. Finalement, les pluies, fortes mais bien réparties sur le territoire national, auront eu un impact limité sur la récolte céréalière au Maroc : elle serait de 8 Mt dont 3,8 Mt de blé tendre cette année, selon l’agence étatique ONICL. De ce fait, le gouvernement a annoncé qu’il porterait les droits à l’importation de blé tendre à 135% au second semestre 2010 contre 90% auparavant afin de protéger les agriculteurs locaux. Selon le ministre de l’Agriculture, Aziz Akhennouch, le Maroc importerait environ 3,6 Mt de blé tender en 2010. L’année dernière, la production céréalière totale avait été de 10,2 Mt dont 4,3 Mt de blé tendre, ce qui avait permis au pays de réduire ses importations.
En Afrique du Sud, c’est l’abondance ! Le pays s’apprête à récolter 13,317 Mt de maïs, sa plus belle campagne depuis 29 ans. La période de commercialisation a démarré le 1er mai et déjà, les livraisons de maïs dans les silos du pays ont presque doublé la semaine dernière, à 461 000 t au 21 mai contre 247 000 t la semaine précédente, dont 260 000 t de maïs blanc contre 157 000 t précédemment. Une performance qui pèse, bien évidemment, sur les cours mais qui l’aidera sans doute à demeurer compétitif sur des marchés à l’export sur lesquels elle est en concurrence avec les Etats-Unis. Surtout avec la remontée du dollar !
Parmi les pays du Sahel, la tendance générale des prix des céréales est actuellement à la hausse au Niger, rapporte Afrique Verte. Les évolutions les plus significatives ont été observées pour le mil (23,5% à Maradi ; 15,8% à Niamey) et pour le riz (+20% à Niamey). « La hausse des prix des céréales s’explique par un affaiblissement de l’offre face à une demande de plus en plus croissante de la part des organisations humanitaires qui souhaitent apporter un appui aux populations vulnérables », souligne l’association.
A noter que le mois de mai indique la fin des cultures de contre saison et annonce la soudure au Niger. Or, malgré les efforts de l’Etat et de la communauté internationale, la situation alimentaire reste préoccupante surtout dans les zones rurales. « A l’orée de l’installation de la campagne agricole d’hivernage, s’ajoutent aux besoins alimentaires, les semences qui sont des intrants indispensables dans le système de production ».
Au Mali, la situation alimentaire reste assez satisfaisante, malgré la vulnérabilité de 43 communes du Nord-Est. Quant au Burkina, la disponibilité céréalière s’est améliorée suite au déstockage dans les zones de production et par la baisse des prix consécutive au démarrage de la vente à prix social par le gouvernement dans l’ensemble des zones déclarées déficitaires

Sucre. Les marchés du sucre sont allés à contre courant des autres places et se sont inscrits en baisse en fin de période. Après avoir approché le seuil de résistance de 16 cents la livre (sur une bonne demande russe), les achats physiques se sont ralentis, les acheteurs préférant patienter que les prix retombent. Ce qui ne fait guère de doute étant donné que l’on s’attend à une récolte brésilienne record. En outre, la mousson en Inde devrait se dérouler normalement, après qu’elle ait été perturbée par le cyclone Laila la semaine dernière. La production indienne s’annonce donc sous les meilleurs auspices.
Côté Afrique, au Kenya, la production devrait encore progresser de 10 à 15% cette année alors qu’elle a déjà atteint le niveau record de 548 207 t en 2009 (+5% sur 2008), grâce à une météorologie favorable, selon Rosemary Mkok, directeur exécutif du Kenya Sugar Board : la production de canne à sucre serait de 8,1 Mt sur 2009/10. La consommation annuelle kényane de sucre est estimée être de 6,3 Mt en 2009/10, rapporte Reuters. Déjà en 2009, le pays avait pu diminuer de 16% ses importations, à 184 530 t.
La Tanzanie n’est pas en reste. Elle s’attend à une progression de 20% pour 2010/11, à 317,000 t : elle avait déjà réalisé une belle performance en 2009/10 (263,461 t), a souligné, pour sa part, Matthew Kombe, patron du Sugar Board of Tanzania à l’agence _Reuters.
Parmi les importateurs de sucre du continent, la Tunisie a annoncé qu’elle devra encore importer 182 000 t cette année de sucre blanc. Le total sur l’année serait donc de 350 000 t dont 168 000 t ont déjà été importées.

Thé. Aux dernières ventes aux enchères de thé de Mombassa, les prix moyens se sont maintenus à $ 3,61 le kilo contre $ 3,62 la semaine précédente. Le Royaume Uni, l’Afghanistan, le Yémen et d’autres pays du Proche Orient ont été plus actifs qu’aux ventes précédentes.

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