29 juin 2016 - 12:30 |
à Madrid

Brésil : les importations de pétrole africain comme levier pour vendre davantage de produits alimentaires

L’arrivée d’une nouvelle équipe au pouvoir à Brasilia, dirigée Michel Temer, président de la République intérimaire jusqu’à ce que le Sénat statue définitivement sur le sort de la présidente élue Dilma Rousseff, s’accompagne d’une série de changements importants en matière de stratégie économique.

Un nouveau visage de la diplomatie brésilienne

Un de ces changements concerne le développement de la diplomatie économique. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, José Serra, avait demandé avant d’accéder au poste le rattachement du commerce extérieur, à l’image de ce qui a été fait en France avec Laurent Fabius. Il n’a obtenu qu’en partie satisfaction mais il est bien déterminé à associer diplomatie et défense des intérêts économiques du Brésil.

Dès son arrivée au Palais de l’Itamaraty, le nouveau ministre s’est plongé dans les dossiers et a fait travailler les experts sur de nouvelles idées. L’une d’elles, actuellement à l’étude, consisterait à utiliser les importations de pétrole  en provenance d’Afrique et réalisées par la compagnie pétrolière publique Petrobras comme levier de pénétration de l’offre brésilienne.

Bien que pays producteur, le Brésil a importé du pétrole à hauteur de  $7,4 milliards en 2015 et les pays africains figurent en bonne place. Le Nigéria est le premier fournisseur ($3,8 Mds), devant l’Arabie saoudite ($1,5 Md), l’Algérie ($0,5 Md) et la Guinée équatoriale ($0,5 Md).

Le pétrole pèse lourdement dans la balance commerciale avec le continent africain. Pour ce qui est de la CEDEAO, les importations de pétrole en provenance du Nigeria contribuent de façon majoritaire à une facture d’importations de $4,5 millards en 2015. Les exportations n’ont représenté que $1,5 milliard, dont $0,8 milliard de sucre.

Déséquilibre commercial flagrant

Au ministère, on estime que  le Brésil pourrait diversifier les ventes, notamment de produits alimentaires. Le cas du Nigéria est significatif, avec des exportations totales brésiliennes de $700 millions essentiellement du sucre ($400 millions).  Les importations totales ont atteint $4,6 milliards.  Le Brésil souhaiterait exporter notamment de la viande qui fait actuellement l’objet de restrictions dénoncées à l’OMC.

Le déséquilibre est encore plus flagrant dans le cas de la Guinée équatoriale.  Le pétrole représente 91% des importations ($ 500 millions au total)  et le GNL le reste.  Cependant, en 2015, le Brésil n’a vendu que pour $25 millions de marchandises, principalement des produits alimentaires (viande et sucre).

Reste à savoir si José Serra va effectivement mettre en œuvre cette stratégie, qui s’apparenterait à une compensation déguisée, et de quelle façon. Dans les années 70 et 80, le Brésil avait réussi de belles opérations « pétrole contre marchandises » dans le cadre d’accords de gré à gré, en particulier avec l’Irak. L’expérience ne pourra pas être répétée de la même manière. 

Ces incertitudes ne doivent pas conduire à ignorer les velléités brésiliennes. « Dans ce type d’opérations commerciales, et notamment dans les relations Amérique latine-Afrique, les initiatives nouvelles surgissent généralement en période de difficultés économiques. Le temps de maturation est forcément lent mais il ne faut pas négliger ces initiatives qui peuvent avoir un impact à terme sur les entreprises françaises » fait remarquer un spécialiste français de l’Afrique.

 

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