29 août 2015 - 17:00 |

La Chonique Matières du Jeudi (29/08/2015)

Les prix des matières premières sont largement conditionnées par les marchés des devises, au premier rang desquelles le dollar, monnaie de transactions internationales par excellence. Aussi, l'annonce par la Réserve fédérale américaine que la nécessité d'une hausse des taux d'intérêt en septembre n'était plus aussi prioritaire a fait baisser le dollar face aux autres monnaies, ce qui impacte quasi mécaniquement à la hausse  les prix des matières premières. D'autant plus que pour bon nombre d'analystes, le syndrome chinois est plutôt derrière nous.

 

CACAO

Le cacao a terminé en hausse jeudi soir, sur les marchés à terme, à £ 2 094 la tonne à Londres  après avoir touché son plus haut en 2 semaines et demie, à £ 2 099.

Le Cocobod au Ghana  a annoncé mardi accroître les semences distribuées gratuitement la campagne prochaine, qui s'ouvrira  en septembre, afin d'accroître le renouvellement des cacaoyers et accélérer le rajeunissement du verger. Le directeur général adjoint Francis Oppong a précisé que les variétés distribuées seront hybrides et résistantes à la sécheresse. Rappelons que c'est en 2011 que le Ghana a commencé la distribution gratuite de semences aux cacaoculteurs.  Une politique qui monte en puissance puisque 20 millions de plants ont été distribués en 2012 et 50 millions devraient l'être cette année ; 4% du verger ghanéen serait vieux et donc peu performant. Le Ghana met donc les bouchées doubles pour remonter la pente : si en 2011, le n°2 mondial du cacao a atteint le million de tonnes de fèves récoltées, ce volume est demeuré depuis dans une moyenne de 800 000 tonnes (t). Cette campagne qui s'achève, 2014/15, serait, rappelons-le, en baisse de 23% en raison d'une météorologie peu favorable mais aussi de la faiblesse des pratiques culturales, dont la maîtrise médiocre des maladies.

En Côte d'Ivoire, les cacaoculteurs stockent leurs fèves afin de les vendre à l'ouverture de la prochaine campagne, début octobre, car on s'attend à une hausse du prix garanti au planteur qui pourrait passer des FCFA 850 le kilo actuellement à FCFA 1 000 (voir nos informations). Actuellement, les arrivages aux ports d'Abidjan et de San Pedro ne sont que de 15 000 t par semaine et on pourrait même descendre à 10 000 t si la rétention se poursuit. Ceci pourrait d'ailleurs impacter le volume globale de la campagne 2014/15 qui, théoriquement, devrait atteindre les 1,75 million de tonnes (Mt), soit le même niveau record de la campagne dernière, sauf si la rétention  est importante. Au 23 août, les arrivages aux deux ports d'Abidjan et de San Pedro auraient totalisé 1 696 000 t selon les estimations des exportateurs, et ce depuis le 1er octobre démarrage de la campagne. C'est en hausse par rapport aux 1 679 000 t à pareille époque l'année dernière.

CAFE

Le regain de fermeté du real, la monnaie brésilienne, face au dollar a réduit les volumes mis en vente sur le marché international par les exportateurs brésiliens, ce qui a entrainé la hausse des prix du café.  En effet, le real a enregistré son plus fort gain face au dollar depuis le 10 août.

L'Arabica a terminé jeudi à $ 1,2455 la livre, en hausse de 1,9% alors que la veille il avait chuté à sa plus faible valeur depuis janvier 2014. Le Robusta a aussi terminé en hausse de 1,6%, à $ 1 641 la tonne.

Si la demande globale sur le marché mondial du café est plutôt ralentie actuellement, avec une tendance à la baisse des prix, la demande pour les Robusta, quant à elle, est soutenue. Ceci profite à l'Inde : entre le 1er janvier et le 25 août, ses exportations caféières totales ont augmenté de 1%, à 220 113 t, mais ceci recouvre une chute de 33% des Arabica et une envolée de 22% des volumes d'Arabica exportés.

Dans les autres pays producteurs asiatiques de Robusta, le Vietnam pratique la politique de la rétention en attendant que les prix se redressent, tandis que la récolte en Indonésie ralentie. En août, les exportations vietnamiennes auraient baissé de 8%, à 90 000 t, selon les estimations gouvernementales, des volumes inférieurs aux attentes du marché. Si ce chiffre se confirme, les exportations totales du n°1 mondial du Robusta, depuis le début de la campagne 2014/15, s'établiraient à 19,53 Ms, en chute de 22%.

Quant au Brésil, Volcafé, la division café de la maison de négoce ED & F Man, a révisé à la baisse de 3,6 millions de sacs de 60 kg (Ms) ses estimations de mai de la récolte 2015/16, à 48,3 Ms. Il estime maintenant la production mondiale 2015/16 à 149,6 Ms, en baisse de 4,9 Ms par rapport à ses prévisions de mai.

CAOUTCHOUC

Après une semaine très agitée, le caoutchouc termine en hausse de 3,1% vendredi, à 178,3 yens le kilo sur les marchés asiatiques de référence, réagissant d'une part à la hausse des prix du pétrole (le plus grand concurrent du caoutchouc naturel est le caoutchouc synthétique, dérivé du pétrole), d'autre part, à la baisse du yen face au dollar. Mardi, sur le Tokyo Commodity Exchange, le caoutchouc naturel a chuté à son plus bas en 6 ans, à 165,1 yens.

La forte agitation de ce marché reflète les turbulences ailleurs, que ce soit sur le marché des devises, des actions ou des autres matières premières.

Côté producteurs, notons que l'Inde a dénoncé cette semaine le dumping auquel s'adonnaient certains pays avec lesquels elle a des accords de libre échange. Ceci a conduit le gouvernement du Kerala a annoncé des subventions aux producteurs locaux.

COTON

Le coton a mal démarré la semaine, chutant lundi en symbiose avec les marchés financiers. Toutefois, ces derniers se sont ressaisis alors que le coton est demeuré faible, tout d'abord car la "spec" –les spéculateurs– a préféré les marchés financiers et d'autres matières premières au coton, faisant chuter les cours de la fibre blanche, d'autre part car un doute s'installe quant à la réalité des prévisions très pessimistes de récolte cotonnière au Texas. Jeudi, le marché à terme du coton est reparti à la hausse pour terminer la semaine à la baisse sur des prises de bénéfices.

Un marché dont ont été absents, en grande partie, les opérateurs sur le marché du physique car les filateurs ne veulent pas payer cher et les planteurs ne veulent pas vendre bon marché. Les spéculateurs avaient donc le champs libre.

Au Benin, le gouvernement a annoncé la mise à disposition des cotonculteurs d'une facilité de prêts concessionnels de $ 3,6 millions sur la campagne 2015/16. Les autorités entendent atteindre 500 000 t de fibre contre 400 000 t en 2014/15.

En Côte d'Ivoire, la sécheresse au moment de l'ensemencement, en mai-juin, a conduit les autorités à revoir à la baisse leur prévisions de production 2015/16 à 450 00 t en 2015/16 contre 500 000 t avancées antérieurement.   A fin juillet, 400 873 ha avaient été emblavés contre les 450 000 ha initialement escomptés. La production nationale a été de 450 000 t en 2014/15.

PALMIER A HUILE

Le redressement des marchés financiers en Chine en fin de semaine a provoqué des achats techniques sur les marchés des matières premières. La hausse des prix du pétrole a impacté le marché de huile de soja qui, à son tour, a impacté l'huile de palme. Par rapport à jeudi, cette dernière a terminé la semaine en hausse de $ 17,50-30 la tonne.

Cette hausse des prix de l'huile de palme sur la semaine est la première après 8 semaines consécutives de baisse, en raison de la faiblesse du ringitt, la monnaie de Malaisie, et de nombreux autres marchés de matières premières. Mais la semaine a été rude, l'huile de palme chutant mardi à son plus faible niveau depuis mars 2009.

La morosité générale du marché (depuis le début de l'année, l'huile de palme a perdu 15% de sa valeur) a conduit la Malaisie et l'Indonésie, soit 85% de la production mondiale d'huile de palme, à décider d'améliorer leur coopération dans cette filière.

Autre bonne nouvelle, ces faibles prix devraient conduire l'Inde à accroître de 8% ses achats durant la campagne 2015/16 qui démarrera en novembre, et atteindre le record de 10 millions de tonnes  (Mt), selon l'importateur majeur Ruchi Soya. Si ce devait se réaliser, les achats de l'Inde, premier importateur mondial d'huiles végétales, devraient soutenir les prix. En 2014/15, campagne qui s'achève en octobre, les achats indiens devraient avoir bondi de 16%, à 9,3 Mt. Ceci représente, ni plus ni moins, la moitié de la production du deuxième producteur mondial d'huile de palme, la Malaisie !

RIZ

La faiblesse des devises des principaux pays exportateurs de riz, le Vietnam et la Thaïlande, ont pesé sur les prix du riz à l'export cette semaine. Les achats étaient, de toute façon plutôt mornes, la volatilité et les incertitudes sur tous les marchés récemment refroidissant les ardeurs d'achat.

Les brisures 5% de Thaïlande se sont échangées entre $ 360 et 365 la tonne contre une fourchette de $ 360 à 380 la semaine précédente. Du Vietnam, les 5% brisures étaient à $ 335-340 la tonne FOB Saïgon contre $ 338-345; les brisures 25% étaient, quant à elles, à $ 320-330 contre 325-330. Au Vietnam où les exportations sur les 8 premiers mois de l'année ont chuté de 8,6%, à 4,1 Mt, par rapport à la même période en 2014, selon le ministère de l'Agriculture.

Rebelote ! A compter du 1er septembre, soit mardi, l'Egypte a décidé d'interdire à nouveau l'exportation de riz afin de permettre à la filière de satisfaire la consommation nationale, a annoncé jeudi le ministre égyptien du Commerce et de l'industrie. Le pays devrait produire 2,7 millions de tonnes (Mt) de riz blanc en 2015/16 alors que sa consommation annuelle est d'environ 3,6 Mt, mais l'écart serait comblé par les stocks nationaux. En 2014/15, le pays avait produit 4,3 Mt.

SUCRE

Le sucre roux a atteint jeudi soir son plus haut en trois semaines et demi et refranchissant la barre des 11 cents la livre, pour clôturer à 11,06 cents. C'est le plus fort redressement du prix depuis juillet 2014, le sucre roux ayant touché cette semaine son plus faible prix en 7 ans, à 10,13 cents.

Raisons? Essentiellement le raffermissement du real, la monnaie brésilienne, face au dollar. En effet, la fermeté du real réduit l'avantage comparatif des producteurs brésiliens sur le marché international et par conséquent, réduit leur offre de sucre, ce qui fait grimper els cours. On a constaté le même phénomène sur le marché du café.

Parallèlement, le marché a été soutenu par des transactions techniques, des achats d'options, ainsi que par les prévisions de pluies accrues dans la ceinture sucrière brésilienne ce qui rend plus difficile la récolte et donc réduit les disponibilités.

Le sucre blanc a emboîté la tendance du roux, terminant en hausse de 2,6%, à $ 342,90 la tonne.

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