12 janvier 2017 - 20:00 |

La Chronique Matières du Jeudi (12/01/2017)

Donald Trump décevrait-il déjà les marchés ? Difficile à dire mais le dollar semblerait vivre sa pire semaine depuis le mois de novembre face à un panier de monnaies et Wall Street était aujourd'hui en baisse. Quant à la météo, les services américains estiment que La Niña devrait s'estomper d'ici le mois de février.

CACAO

Les montagnes russes persistent sur le marché international du cacao, les cours sur le marché à terme de New York ayant regagné aujourd'hui, à la mi-séance, quasiment tout ce qu'ils avaient perdu hier, mercredi, lorsque les prix ont glissé de 3,6% à leurs plus bas depuis 2013. L'échéance mars a clôturé à £ 1 751 la tonne à Londres en baisse par rapport aux £ 1 821 vendredi dernier, et à $ 2 127 à New York, en forte baisse par rapport à son pic de $ 2 291 enregistré vendredi et une clôture à $ 2 261.

Malgré les évènements en Côte d'Ivoire -deux jours de mutinerie de soldats à Bouaké et un remaniement ministériel- les mouvements de prix ont été plutôt techniques, liés à des couvertures à court terme et aux fluctuations du dollar incitant aux arbitrages entre les deux marchés à terme que constituent New York et Londres, la fève étant encore une des rares matières premières à être cotées en livre sterling sur ce dernier. L'incertitude quant à une sortie "dure" ou non du Royaume Uni de l'UE rend la livre très instable et els opérateurs guère enclins de prendre des risques sur des contrats libellés en sterling.

Des mouvements techniques mais les fondamentaux ne sont jamais très loin. Ainsi, le marché a également bien pris note de la forte hausse des broyages en Malaisie, de l'ordre de 18,7%, à 57 029 tonnes (t) sur le quatrième trimestre 2016, chiffres annoncés aujourd'hui par le Malaysian Cocoa Board. Ainsi, sur l'ensemble de l'année 2016, ces broyages auront augmenté de 8,2%, à 203 093 t.

D'autre part, chez le premier producteur mondial, la Côte d'Ivoire, les perspectives de récolte continuent d'être favorables. Ceci devrait alimenter l'excédent attendu de 150 000 à 225 000 t sur la campagne actuelle 2016/17. Mais pour l'instant, les arrivages aux deux ports son en baisse selon les chiffres tant du Conseil du café-cacao (CCC) que des exportateurs. Du 1er octobre au 31 décembre, le CCC annonce des arrivages de l'ordre de  862 479 t contre 898 175 t sur la même période en 2015/16, alors que les exportateurs les estiment à 845 000 t.

A noter qu'en Côte d'Ivoire, le ministre de l'Agriculture, Mamadou Sangafowa Coulibaly a été reconduit à l'occasion d'un remaniement ministériel annoncé mardi soir, suite aux élections législatives et à la réforme constitutionnelle fin 2016. En revanche, le ministre du Commerce Jean-Louis Billon, a perdu son portefeuille.

Au Ghana, n°2 mondial de la fève, les achats par le Cocobod ont totalisé 547 223 t entre le 1er octobre et le 29 décembre, quasiment à égalité avec les volumes sur la même période l'année dernière (546 789 t).

CAFÉ

Le Robusta flambe. Hier, mercredi, il a gagné 2,6% sur la séance sur le marché à terme de Londres, clôturant à $ 2 218 la tonne sur l'échéance mars après avoir atteint en cours de séance $ 2 229. Son niveau de prix le plus élevé depuis juillet 2012. Vendredi dernier, il avait clôturé à $ 2 140. L'offre est étroite (lire nos informations) au Vietnam, au Brésil et en Indonésie. Mais on s'interroge sur les capacités du marché à aller plus loin. $ 2 500 ? Il n'est pas certain d'atteindre ce seuil, estiment certains trader,s car les niveaux de prix sont très élevés aujourd'hui, ce qui incitent nombre de producteurs à vendre leur marchandise. Côté fonds spéculatifs, il n'est pas certain non plus qu'ils veuillent faire grimper les prix encore plus hauts.

L'Arabica n'est pas en reste, terminant hier à New York à $ 1,49 la livre, son plus haut depuis fin novembre, contre $ 1,4285 vendredi dernier.

L'Organisation internationale du café a publié aujourd'hui ses prévisions, avec une production d'Arabica attendue record en 2016/17, à 95,5 millions de sacs de 60 kg (Ms) tandis que la production de Robusta chuterait de 6%, face à une consommation globale de café  qui excéderait de 3,5 Ms la production, et ce pour la troisième année consécutive. (lire nos informations). 

CAOUTCHOUC

Les pluies diluviennes qui ont frappé le sud de la Thaïlande ont porté un coup d’accélérateur aux cours du caoutchouc qui étaient déjà en forte progression. Mercredi dans une troisième session de hausse, ils ont grimpé à un sommet proche de quatre ans, gagnant 11,5 yens le kilo sur le Tokyo Commodity Exchange (Tocom) pour clôturer à 290,9 yens ($2,51) le kilo pour le contrat de juin. « Le marché a certainement été stimulé par les nouvelles sur les inondations, mais les achats des spéculateurs japonais ont également soutenus les cours à Tokyo", a déclaré Jiong Gu, analyste chez Yutaka Shoji Co. Sur les autres marchés, on observe une même tendance avec un gain de 500 yuans à Shanghai à 19 555 yuans ($2822,97) la tonne pour le contrat de mai et de 2,1% sur le Sicom à Singapour à $210,8 cents par kilo pour le contrat de février. En Inde également, les prix s’apprécient progressant à un plus haut de 2 ans et demi, le prix au comptant du RSS-4 gagnant 200 roupies sur le marché de Kottoyam dans le sud du Kerala à 14 500 roupies ($213,24) pour 100 kilos.

La production du premier pays producteur mondial de caoutchouc avait déjà été mise à mal l’année dernière avec le phénomène El Nino. Les inondations qui touchent la principale région de production depuis le 1er janvier pourraient faire perdre environ 10% de la production de caoutchouc de la Thaïlande en 2016 /17, estime Chao Songarvut, vice-gouverneur de la Rubber Authority of Thailand. Environ 700 000 rais (112 000 hectares) ont été touchés par les inondations, selon Rubber Authority of Thailand. Toutefois, Jiong Gu indique « J'ai entendu dire que l'inondation pourrait retarder les embarquements ou les livraisons pendant un certain temps, mais la production réelle ne peut pas tant être affectée ».

Les ventes d'automobiles  en Chine ont atteint 2,9 millions d'unités en novembre 2016, en hausse de 16,6% par rapport à l'année dernière, selon les données de l'Association chinoise des constructeurs automobiles.

Du côté des constructeurs automobiles, l’américain General Motors a relevé ses prévisions de résultats pour 2017 et annoncé un nouveau plan d’économie d’un milliard de dollars. Le groupe, qui anticipe de solides ventes aux Etats-Unis et en Chine, table désormais sur un bénéfice par action ajusté compris entre $6 et $6,50 en 2017, contre $5,50 à $6  auparavant. Ford Motor annonce avoir enregistré une solide année 2016 et continue d'anticiper sur l'exercice un bénéfice avant impôts de $10,2 milliards, légèrement plus faible qu’en 2016. Quant à l’allemand Volkswagen, il a réalisé, en dépit du Dieselgate, un nouveau record de ventes en 2016 avec 10,3 millions de voitures neuves vendues.

COTON

Alors que les cours sur le marché de New York ont progressé la semaine dernière de 4,7%, leur meilleure performance hebdomadaire depuis le 18 novembre, pour clôturer à $73,99 cents la livre pour le contrat de mars, ils se sont contractés de plus de 1% lundi les investisseurs liquidant leur position longue dans l’attente de la publication jeudi du rapport sur l’offre et la demande  mondiale agricole du département américain de l’Agriculture (WASDE). Peu de variation dans les cours les jours suivants dans un marché calme. Le contrat de mars a clôturé à 73,4 cents la livre.

Les prix du coton en Inde,  deuxième producteur mondial, se sont redressés de 10% au cours de la dernière quinzaine, suite à la baisse des approvisionnements sur les marchés au comptant et des exportations par les usines. Les prix devraient rester haussiers, les agriculteurs gardant leur récolte suite à un manque de trésorerie sur le marché, estiment les négociants et les égreneurs. Ils pourraient encore s’apprécier de 10% dans les prochains jours.

La région  du Xinjiang  en Chine a vendu 1,26 million de tonnes (Mt) de coton au cours de la campagne agricole 2016/17 (octobre-septembre) à ce jour, en baisse de 22% par rapport à la même période l'an dernier, a annoncé jeudi la National Development and Reform Commission. Environ 3,9 Mt de coton ont été transformées dans le Xinjiang, en hausse de 450 000 tonnes par rapport à l'année dernière.  La région est en plein développement : des investissements de près de $ 10 milliards y ont été réalisés en 2016 avec plus de 112 000 embauches, 100 000 autres étant programmés pour 2017. En Inde, la Southern Gujarat Chamber of Commerce and Industry (SGCCI) devrait signer un MoU avec le gouvernement du Gujarat pour le développement d'un méga parc textile à Pinjrat qui devrait accueillir 100 unités textiles, 40 unités de tissage à jet d'eau, environ 225 unités de vêtements et accessoires.

Au Nigeria, la Banque africaine de développement (BAD) s'associera  au gouvernement de l'État de Sokoto pour établir un parc agro-industriel dans  le nord-ouest du Nigeria, a déclaré son président, Akinwumi Adeshina. Ce parc sera centré sur la production de coton afin de restaurer les industries textiles  de la région en difficultés (cf. nos informations).  

Au Burkina Faso, la Société Burkinabè des Fibres Textiles (Sofitex) est parvenue à mobiliser auprès d'un pool bancaire international pour financer la campagne cotonnière 2016/17, € 90 millions qui viennent ainsi s'ajouter aux € 110 millions déjà mobilisés auprès de banques nationales (lire nos informations).

HUILE DE PALME

Après quatre séances de baisse avec en toile de fonds un ringgit fort, les cours de l’huile de palme ont affiché une  note positive lundi qui s’’est poursuivie les jours suivants. Ils ont augmenté de près de 2% mercredi dans le sillage de la hausse des huiles comestibles, soja  et oléine de palme,  sur le Dalian Commodity Exchange stimulés par la demande de la Chine, qui réapprovisionne ses stocks dans la perspective du Nouvel An chinois.   Une baisse de 6,4% de la production en novembre et l’anticipation d'une nouvelle baisse de la production en janvier ont également contribué à ces gains. Les cours ont clôturé à 3 133 ringgit ($701) la tonne pour le contrat de mars sur la Bursa Malaysia Derivatives Exchange.

L’Indonesian Palm Oil Producers Association (Gapki) estime que la production d’huile de palme en Indonésie devrait croître de 16% à 35 millions de tonnes (Mt) en 2017 après avoir chuté de 8% à 30 Mt en 2016 en raison du phénomène El Nino. Le pays a par ailleurs exporté 25,7 Mt d’huile de palme en 2016, en baisse de près de 2% par rapport à 2015 suite à la baisse de la production elle même principalement. La consommation de biodiesel non mélangé subventionné a dépassé l'objectif de 2,5 Mt  pour atteindre 2,7 Mt en 2016, a déclaré Bayu Krisnamurthi, président directeur du Indonesia Estate Crop Fund.

RIZ

Reprise des prix du riz en Inde suite à la relance de la demande des acheteurs africains et asiatiques,  tandis que les marchés en Thaïlande et au Vietnam sont restés calmes.

En Inde, le riz  5% a progressé à $346- $350 la tonne cette semaine contre $341-$345 la semaine dernière. Les prix se sont appréciés à mesure que la demande des acheteurs africains s'est améliorée, a indiqué un exportateur basé à Kakinada  dans l'État de l'Andhra Pradesh. « Les acheteurs africains ont fait de bons achats », a-t-il dit, ajoutant qu'il y avait aussi une certaine demande de l'Asie. Les acheteurs nationaux ont également commencé à revenir sur le marché soutenant aussi les prix en dépit d’une offre suffisante. « Les bonnes exportations et la demande intérieure compensent l'impact de l'augmentation des approvisionnements » a indiqué un exportateur basé à Mumbai.

En Thaïlande,  les prix du Thaï 5% ont légèrement augmenté à $360-$365  la tonne, contre  $355- $360 la tonne la semaine dernière. « Il y a une petite demande de l'Irak et de Singapour. Autrement, le marché est calme » a  déclaré un négociant à Bangkok.

La Thaïlande, qui a exporté 9,63 millions de tonnes (Mt) de riz en 2016 table sur 10 Mt cette année. Le pays réduira  sa production de riz paddy  à 25-26 Mt en 2017/18 contre  30 Mt en 2016/17 afin d'éviter une surproduction qui pourrait entraîner une baisse des prix. La vente aux enchères de ses stocks, estimés à environ 8 Mt, devrait démarrer au premier trimestre avec l’objectif de les éliminer totalement d’ici à la fin de l’année, selon une déclaration du ministre du Commerce.

Au Vietnam, le Viet 5% a progressé  à $345- $350  la tonne contre $335 la semaine dernière.  Le marché vietnamien est resté très calme. « Depuis le Nouvel An jusqu'à maintenant, il n'y a pas eu d'ordre » a déclaré un trader basé à Ho Chi Minh-Ville. Le Vietnam devrait exporter 5,8 Mt de riz en 2017, en hausse de 7,4 % par rapport à l'année précédente, selon un rapport publié en décembre par l'USDA.

SUCRE

Les incertitudes qui planent sur la production de sucre en Inde, premier consommateur mondial, ainsi que des rumeurs sur d'éventuelles baisses des droits d'importation ont conduit hier à la hausse des cours du sucre roux sur le marché à terme de New York. En effet, sur le marché national, le prix du sucre a augmenté de plus de 10% en un mois car la sécheresse impacte gravement la canne. De source industrielle, la production de sucre pourrait n'être que de 22 Mt en 2016/17, en baisse de 4,3% par rapport aux prévisions précédentes.

Mais sur la semaine, les prix sont à la baisse. Ainsi, hier, mercredi, le sucre roux a clôturé à 20,56 cents la livre à New York contre 20,75 cents vendredi dernier, et à $ 539,10 la tonne à Londres pour le sucre blanc contre $ 543,40 en fin de semaine dernière.

L'Indice FAO des prix du sucre, bien qu'en hausse de près d'un tiers sur 2016, a baissé de 8,6% sur le seul mois de décembre. "Cette forte baisse s'explique principalement par un affaiblissement constant du real brésilien face au dollar américain et par des prévisions annonçant une hausse de 18 % de la production de sucre dans le centre sud du Brésil, la principale région productrice de canne à sucre du pays", explique la FAO.

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