30 mars 2017 - 20:00 |

La Chronique Matières du Jeudi (30/03/2017)

Au lendemain du déclenchement du processus de sortie du Royaume Uni de l'Union européenne, la livre sterling s'est stabilisée ce matin au dessus de $ 1,24, tandis que le dollar a légèrement progressé face à un panier de devises de référence, dont l'euro.

Les matières premières agricoles ont repris du souffle cette semaine, le Thomson Reuters CoreCommodity Index, qui regroupe 19 produits, s'étant inscrit à la hausse mardi pour la première fois en six séances. Sur les autres matières premières, l'aluminium est à son prix le plus élevé en deux ans tandis que le prix du brut a grimpé de 2% hier, mercredi, sur fond de d'inventaires américains moins élevés que prévu.

CACAO

Le marché du cacao termine la période sous revue en baisse, perdant $ 43 la tonne à la clôture d'hier soir sur le marché à terme de New York par rapport à mardi, terminant ainsi à $ 2 086 contre $ 2 131 vendredi dernier. Même tendance à Londres, où la tonne a perdu £ 22 par rapport à mardi soir, terminant à £ 1 686 contre £ 1 714 il y a une semaine. Une baisse qui est au-delà de la fourchette de fluctuation des cours sur les 100 derniers jours de marché, le marché anticipant l'abondance de volumes de fèves à venir la campagne prochaine. Rappelons que la seule Côte d'Ivoire s'attend à un record absolu de 1,9 million de tonnes (Mt) sur 2017/18.

Selon les chartistes -ceux qui pratiquent l'analyse graphique des cours, le cacao devrait retrouver ces trois prochains mois le niveau auquel il était tombé le 2 mars, à savoir $ 1 869 la tonne (graph ci-dessous).

Côté pays producteurs, en Côte d'Ivoire, la perspective de baisse du prix garanti au planteur pour la récolte intermédiaire, qui démarre au 1er avril, fait grincer des dents : selon certains observateurs, il pourrait passer des FCFA 1100 le kilo actuellement à FCFA 750 le kilo. Ce qui suscite de vives réactions chez le premier exportateur mondial de cacao, dont Guislain Zamblé Bi, président de la Fédération des producteurs actifs de café-cacao de Côte d'Ivoire (FEPACC-CI) : "Nous disons non à cette baisse en vue du prix du cacao bord champs, tant que les stocks restants de la grande campagne ne sont pas encore évacués", rapporte Afrique-sur7. "Les planteurs sont désorientés et paniqués. Certains ont déjà commencé à vendre leur cacao à vil prix, depuis cette annonce."

Rappelons que Massandjé Toure-Litse, directeur général du Conseil du café-cacao (CCC), a pris soin mardi 21 mars d'expliquer aux producteurs le mécanisme de fixation des prix et de rappeler que le CCC était tributaire des prix fixés sur le marché à terme de Londres : "Chers parents, rappelez vous que depuis la création du Conseil du Café-Cacao, le gouvernement a promis de vous donner 60% du prix fixé à Londres. Ce qui veut dire que si le prix à Londres est de 1 000 F CFA/kg, le producteur reçoit 600 F CFA/kg. Tandis qu’avant la réforme de la filière, le producteur recevait 45% du prix fixé à Londres, c’est à dire si le prix était de 1 000 FCFA à Londres, le producteur recevait 450 FCFA." Et la patronne du CCC de poursuivre : "Pour la grande campagne 2016-2017, en octobre 2016, on a payé le cacao à 1 100 F CFA/kg parce que son prix avait augmenté encore à Londres. Ce prix représentait toujours les 60% du prix à Londres qui était de 1 800 F CFA/kg. Chers parents producteurs, depuis octobre 2016, on a vu que la production du cacao a augmenté en Côte d’Ivoire comme au Ghana, donc y a beaucoup de cacao. Alors le prix à Londres a beaucoup diminué. Vous voyez, en octobre, le prix à Londres était de 1700 FCFA mais aujourd’hui il est à 1200 FCFA. Cette situation fera que le prix au producteur de la campagne intermédiaire va aussi diminuer."

En Côte d'ivoire, où les arrivages aux ports ivoiriens d'Abidjan et de San Pedro sont en hausse sur l'année dernière, totalisant 1 395 000 t depuis le 1er octobre jusqu'au 26 mars, selon les estimations des exportateurs, contre 1 283 000 t sur la même période la campagne précédente. Sur la semaine du 20 au 26 mars, les arrivages totaliseraient 17 000 t contre 10 000 t cette même semaine l'année dernière.

Au Ghana, le nouveau directeur général du Cocobod Hackman Owusu-Agyemang, a signalé hier , lors de sa prestation de serment, qu'il ne restait plus rien du $ 1,8 milliard levé en prêt syndiqué pour financer la campagne 2016/17. Des fonds supplémentaires seront donc nécessaires pour aller jusqu'au bout de la campagne, a-t-il souligné. D'autre part, il a annoncé que tous les contrats cacao seraient réexaminés. Depuis le début de la campagne, le 1er octobre, au 9 mars, le Cocobod a déjà acheté 671 351 t, en hausse de 1,5% par rapport à la même période la campagne précédente.

L'Indonésie a annoncé hier qu'il abaisserait en avril un certain nombre de taxes à l'export, notamment sur le cacao qui passerait de 5% à 0%.

Côté consommateurs, le marché à terme ICE Futures à New York a levé l'interdiction d'échantillonner et de grader du cacao filiérisé dans les entrepôts de Camden, dans le New Jersey, suite aux travaux qui ont été effectués. Rappelons que suite aux fortes chutes de neige mi-mars, l'entrepôt qui est certifié auprès du marché à terme de New York, avait subi des dommages dans sa toiture et les autorités boursières avaient donc suspendu toute activité d'échantillonnage. D'ailleurs, il n'y avait pas de cacao stocké à ce moment là.

CAFÉ

Les deux variétés de café terminent la période sous revue en hausse, à $ 1,393 la livre pour l'Arabica à New York et à $ 2 171 la tonne pour le Robusta à Londres; vendredi dernier, en début de période sous revue, l'Arabica avait clôturé à $ 1,376 la livre et le Robusta à $ 2 139 la tonne. Une semaine encore très fluctuante, avec une belle poussée des prix à la clôture lundi alors que la livre de café avait chuté à $ 1,362 en cours de séance et que des baisses avaient été enregistrées durant les cinq sessions précédentes, sans interruption. Mais dès mardi, l'Arabica a essuyé une correction.

Sur les marchés asiatiques, la faiblesse des stocks de café au Vietnam a conduit à une hausse des prix aux planteurs à $ 2,08-2,11 le kilo, les exportateurs ayant besoin de volumes pour honorer leurs contrats en cours. Il n'y a pas réellement de nouveaux contrats qui se négocient car on arrive en fin de récolte et les importateurs sur le marché mondial regardent maintenant davantage vers l'Indonésie et le Brésil où les récoltes démarrent. En février, les volumes exportés d'Indonésie ont fait un bond de 45% par rapport à février 2016, contre une hausse de 37% en janvier par rapport à janvier 2016.

Hier, le Vietnam, leader mondial du Robusta, a annoncé que ses exportations avaient baissé de 1,6% sur le premier trimestre, à 467 000 t, soit 7,8 millions de sacs de 60 kilo (Ms). Ceci dit, les exportations sur le seul mois de mars sont estimées à 180 000 t, soit supérieures aux attentes du marché qui étaient de 140 000 à 160 000 t.

Quant aux Arabica, on ne manque pas de café ! Il en reste à vendre au Pérou et en Amérique centrale et la récolte d'Arabica au Brésil à venir devrait être plantureuse, a souligné Jack Scoville, vice-président de Price Futures Group à Chicago, à Reuters.

Au Kenya, aux ventes aux enchères mardi, le prix maximum du Grade AA a baissé par rapport à la semaine précédente, à $ 121-369 le sac de 50 kilo contre une fourchette de $ 97-400 la semaine dernière. Le Grade AB est tombé à $ 20-355 contre $ 69-379 précédemment.

CAOUTCHOUC

Les cours du caoutchouc se sont redressés mardi et mercredi aidés par la faiblesse du yen ainsi que des stocks japonais après avoir atteint un plus bas de quatre mois lundi. Les cours demeurent néanmoins inférieur de 30% au plus haut atteint fin janvier. Les stocks de caoutchouc brut dans les ports japonais s'élevaient à 4 202 tonnes le 10 mars, en baisse de 8,7% par rapport à la dernière date d'inventaire, selon la Rubber Trade Association du Japon. Le contrat de septembre a clôturé mercredi à 244 yens ($2,19) le kilo sur le Tokyo Commodity Exchange, en hausse de 5,8 yens. Sur la bourse de Shanghai, le contrat de septembre gagnait 315 yuans à 16 615 yuans ($2 411) la tonne.

La Thaïlande a vendu 13 000 tonnes de caoutchouc en provenance de ses stocks pour une valeur de $25 millions lors de ventes aux enchères publiques. Son objectif est de réduire ses stocks en réserve de 107 000 tonnes d’ici à la fin mai.

Les importations de caoutchouc naturel de l'Inde en février ont diminué de moitié par rapport à février 2016 pour atteindre 15 609 tonnes, a annoncé mercredi le Rubber Board. La forte hausse des cours internationaux a conduit les fabricants de pneumatiques à augmenter leurs achats sur le marché local. La production locale de caoutchouc a de son côté bondi de 54% en février à 57 000 tonnes. La consommation a légèrement fléchi à 83 000 tonnes contre 84 300 tonnes en février 2016.

Le Vietnam a exporté 263 891 tonnes de caoutchouc en janvier-mars, en hausse de 12,6% par rapport à l'année précédente, selon les données du gouvernement.

Côte d’entreprises, les cours élevés du caoutchouc obligent les fabricants de pneumatique à augmenter leur prix. Le dernier en date, le premier fabricant mondial, le japonais Bridgestone a annoncé une hausse du prix de vente de ses pneumatiques au Japon allant de 6% pour les véhicules de tourisme à 8% pour les camions et autobus. C’est la première fois en six ans que Bridgestone augmente ses prix.

COTON

Les cours du coton à New York ont perdu mercredi 1%nde leur valeur, les négociant restant prudents et liquidant leurs positions avant la publication demain du rapport du département américain de l’Agriculture (USDA) sur les superficies emblavées aux Etats-Unis. Le contrat de mai a clôturé 76,14 cents la livre. Un rapport qui devrait être probablement baissier avec des superficies importantes selon l’avis de plusieurs négociants.

En Inde, l'université agricole de Punjab (PAU), basée à Ludhianaen à développer deux variétés hybrides de coton, F1861 et PAU BT1, qui ont l’avantage de pouvoir être réutilisées et d’être résistante au virus de la feuille repliée. Les semences devraient être disponibles en 2018 (cf. nos informations).  L

Au Pakistan, le National Assembly Standing Committe on Textile Industry a recommandé au Pakistan Central Cotton Committee (PCCC) d’accroître les superficies en coton et de fixer un prix de soutien pour les agriculture locaux.

Côté entreprise, Monsanto a perdu la bataille juridique lancée en 2015 avec l’un des plus gros producteurs de semences de l’Inde, Nuziveedu Seeds Ltd, basée à Hyderabad. Mahyco Monsanto Biotech accusait la société indienne de continuer à utiliser la technologie de Monsanto après avoir annulé son contrat de licence. La Haute Cour de Delhi a statué mardi que MMB n'aurait pas dû annuler le contrat et a indiqué qu'il doit être rétabli. Elle a également déclaré que les paiements de redevances convenus dans le cadre du contrat initial devront être réduits conformément à une modification l’année dernière de la politique du gouvernement indien. Ce dernier a réduit d’environ 70% les redevances payées par les entreprises locales pour les semences BT de Monsanto. « Les parties resteront liées par leurs obligations respectives selon les termes et conditions des accords de sous-licences de 2015 », a déclaré le juge R. K. Gauba dans l'arrêt.

HUILE DE PALME

Les cours de l’huile de palme ont un peu joué au yoyo cette semaine, en rythme avec les cours du soja et les variations du ringgit. Mercredi, dans une deuxième session consécutive de hausse, ils ont atteint 2 721 ringgits ($613,03) la tonne. « Un ringgit plus faible et un rebond la nuit sur le Chicago Board of Trade a induit une reprise de l'huile de palme, mais il manque de nouvelles haussière pour soutenir un fort rallye », a déclaré un négociant à terme de Kuala Lumpur. Le marché est indécis, la demande manquant de force en mars tandis que la hausse de la production est encore incertaine. Sur les 25 premiers jours de mars, les exportations malaisiennes sont en baisse de 1,25% selon SGS. Les cours de l’huile de palme demeurent à un niveau élevés par rapport à la même période en 2016 même s’ils ont perdu environ 10% à 2 760 ringgits ($623,31) la tonne par rapport à un plus haut de quatre ans atteint début janvier.

L’Indonésie va baisser ses taxes à l’exportation pour l’huile de palme brute (CPO) à $3 la tonne en avril, contre $18 la tonne en mars.

Le National Biodiesel Board (NBB) aux Etats-Unis a demandé au gouvernement d’imposer des taxes antidumping sur les importations de biodiesel en provenance d’Argentine et d’Indonésie, qui ont, selon NBB, inondé le marché américain et violé les accords commerciaux. L'Advanced Biocombustibles Association, un groupe commercial rival, a déclaré que les allégations de dumping illégales étaient fausses. Le groupe comprend Louis Dreyfus, qui fabrique du biodiesel en Argentine, et Wilmar International, un fabricant de biodiesel en Indonésie.

En novembre 2013, l’Union européenne avait décidé de taxer les producteurs indonésiens et argentins de biocarburant accusés de vendre à perte afin de protéger sa propre filière. Les taxes antidumping sont de 18,9% pour le biocarburant indonésien pour une durée prévue de cinq ans.

SUCRE

Mardi, le sucre roux a grimpé jusqu'à 18,17 cents la livre en cours de séance sur le marché à terme de New York, pour finalement terminer à 17,12 cents à la clôture hier soir ; il était à 17,71 cents vendredi dernier à la clôture. Le fait que le sucre ne parvienne pas à se maintenir au-dessus du seuil des 18 cents alors que le marché a déjà digéré la perspective d'un excédent sur la campagne 2017/18, conduit Sucden Financial à penser qu'on est face à une période d'incertitude à venir.

Notons qu'au 21 mars, les spéculateurs avaient réduit leurs positions sur le marché du sucre roux à un niveau qui n'avait plus été enregistré depuis un an, face à des prix au plus bas depuis 10 mois.

Quant au sucre blanc coté à Londres, parti de $ 501 la tonne à la clôture vendredi dernier, il a terminé hier soir à $ 485,30.

Le marché n'a donc guère réagi au cyclone Debbie qui s'est abattu mardi sur les zones de production de canne en Australie. Cela prendra des semaines pour évaluer les dommages, rapporte Reuters.

La tendance est, donc, résolument baissière avec en perspective la récolte brésilienne. Etant donné que le prix du sucre a encore l'avantage sur celui de l'éthanol, on peut s'attendre à ce que davantage de canne aille à la production de sucre, ce qui va peser encore davantage sur les cours mondiaux.

En outre, la filière sucre en Inde devrait sortir indemne du phénomène El Niño qui ne devrait intervenir qu'à la fin de la période de la mousson qui dure 4 mois. La récolte ne devrait ainsi pas être impactée.

En Inde, un taux d'inflation en hausse et des prévisions de production nationale en baisse conduisent les autorités à envisager une baisse des droits d'importation qui sont actuellement de 40%. Au 20 mars, la production indienne de sucre est de 17,7 Mt alors que les objectifs gouvernementaux étaient de 25,5 Mt. Selon l'Indian Sugar Mills Association, la production devrait atteindre 20,3 Mt, en chute de 19% sur la campagne précédente.

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