La Chronique Matières du Jeudi (17 mars 2016)

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Le dollar termine la période sous revue en baisse face aux principales devises, touchant un plus bas en trois semaines face au yen. Une réunion de la Réserve fédérale a convaincu les marchés que les taux d'intérêts ne repartiraient pas à la hausse dans un proche avenir. Globalement, les prix des matières premières sont fermes, le Thomson Reuters CoreCommodity Index, panier de 19 matières premières, a gagné aujourd'hui plus de 1%.

CACAO

Le cacao termine la semaine plus mitigé que d'autres matières premières comme le café ou le sucre. La livre sterling comme le dollar ont faibli ce qui, généralement, incite les opérateurs détenteurs d'autres devises à se porter à l'achat, ce qui fait grimper les prix. Mais, contrecarrant ce facteur devises, se trouve le facteur météo. Or, il pleut en Afrique de l'Ouest, notamment dans les zones de production ivoiriennes, ce qui est très bon pour l'évolution de la campagne intermédiaire qui court d'avril à septembre. Rappelons que la saison sèche s'étale habituellement de la mi-novembre au mois de mars avec, toutefois, des pluies éparses qui sont nécessaires au bon développement des cacaoyers.

Au 13 mars et depuis le début de la campagne 2015/16, le 1er octobre, les arrivages aux deux ports ivoiriens auraient totalisé 1 211 000 t, estiment les exportateurs contre 1 221 000 t sur la même période la campagne précédente.

Au Cameroun, l'australien Atlantic Group, spécialisé dans les services traiteurs et restauration, aurait déposé une offre d'intention pour construire une unité de transformation de fèves de cacao au Sud du pays, dans la ville portuaire de Kribi. Rappelons que le pays transforme actuellement environ  25% de sa production qui est de l'ordre de 230 000 tonnes (t) environ par an.

Côté entreprises, notons que Nicolas Poyade, 37 ans, ancien directeur général de l'activité cacao d'ADM au Ghana, a rejoint le premier collecteur de grains en France, Axéréal, en tant que directeur du négoce international.

CAFÉ

Hier, mercredi, l'Arabica n'avait jamais atteint un prix aussi élevé depuis le début de l'année. Et aujourd'hui, jeudi, il a confirmé sa fermeté sur le marché à terme de New York, l'échéance mai atteignant $ 1,3215 la livre, tandis que le deuxième terme touchait son plus haut depuis juillet 2014. Les raisons ? Essentiellement le raffermissement du real qui n'incite guère le pays à exporter car le café devient moins compétitif sur les marchés mondiaux et dégage un moindre retour, mais aussi des stocks certifiés de café plus bas. Le Robusta à Londres a gagné $ 37 aujourd'hui, à $ 1 463 la tonne.

Selon Shawn Hackette, président de la société de conseil financier à Boston, les marchés du café deviennent plus sensibles à leurs fondamentaux –offre et demande– qu'à des éléments spéculatifs ou financiers car aujourd'hui il y a, globalement, moins de café. Rappelons que l'année dernière, le Brésil a maintenu ses volumes d'exportation en puisant dans ses stocks alors que sa récolte était en baisse.  D'ailleurs, selon la plus importante coopérative caféière du Brésil, Cooxupe, les stocks brésiliens devraient chuter à des niveaux très faibles à la mi-2017 même avec la récolte record attendue durant la deuxième partie de l'année. "Qu'on récolte 50 millions, 51 ou 52 millions de sacs ces prochains mois, les stocks à cette période de l'année prochaine seront extrêmement faibles car la demande dépasse largement", a déclaré Carlos Paulino da Costa, son président. La consommation nationale a atteint 21 Ms en 2015, a-t-il précisé, et les exportations 36 Ms ces 12 derniers mois.

Mercredi, la Société Générale a estimé que le déficit caféier mondial en 2015/16 ne serait pas de 970 000 sacs de 60 kg mais d'un million et ce, notamment à cause d'une hausse de la consommation. Décidemment, que ce soit la demande ou l'offre, les fondamentaux seraient redevenus haussiers.

Cette semaine, sur les marchés asiatiques, les primes se sont contractées au Vietnam, à +$50-60 contre +$50-70 la semaine dernière, car les planteurs font, une fois encore de la rétention, dans l'attente d'une hausse encore plus soutenue des Robusta sur le marché à terme de Londres. Notons que la saison sèche bat son plein dans la ceinture caféière des Central Highlands, où se trouve environ un cinquième de toute la culture nationale de café. Le début de la saison des pluies pourrait avoir 10 à 15 jours de retard.

En revanche, en Indonésie, la prime sur Londres se situe dans une fourchette plus élevée que la semaine dernière, entre $ 300 et 350 pour un Grade 4 80 défauts, contre $ 300-320 précédemment. La récolte principale devrait prendre de l'ampleur d'ici la fin de ce mois de mars. On s'attend à une production indonésienne en hausse de 27%, à 700 000 t en 2016 contre 550 000 t en 2015, selon Pranoto Soenarto qui dirige la division des cafés de spécialité à l'Association des exportateurs et des industriels de café.

Au Kenya, le prix le plus élevé a baissé lors des ventes aux enchères cette semaine sur le Nairobi Coffee Exchange. Le sac de 50 kg de Grade AA s'est établi entre $ 64 et 362 contre $ 115-380 la semaine dernière. Le AB s'est vendu entre $ 65 et 334 contre $ 89 et 375.

CAOUTCHOUC

La remontée des prix du pétrole avec la perspective de la réunion des principaux producteurs à Doha depuis deux jours a stimulé le marché du caoutchouc où les prix ont bondi jeudi de 3% pour clôturer à 175,6 yens ($1,57) le kilo pour le contrat d’août. Le caoutchouc avait plongé à un plus de bas de 166,1 yens le 4 mars. Le statu quo de la Réserve fédérale américaine, qui a maintenu son taux d’intérêt inchangé, a également aiguisé le goût du risque des investisseurs toutefois l’appréciation du yen pourrait limiter les gains.

Le Vietnam rejoindra les gouvernements d’Indonésie, de Malaisie et de  Thaïlande (International Tripartite Rubber Council -ITRC) et l’accord tripartite (Agreed Export Tonnage Scheme -AETS) pour réduire l’offre mondiale de caoutchouc naturel  de 650 000 tonnes entre le 1er mars et le 31 août 2016. Le pays réduira ses exportations à hauteur de 15% selon l’Indonesian Association of Rubber Companies (Gapkindo). Le secrétaire exécutif  de la branche Nord de Sumatra de Gapkindo, Edy Irwansyah, estime qu’avec l’entrée du Vietnam le prix du caoutchouc devrait augmenter sur le marché international.

Les importations de caoutchouc naturel de l'Inde  ont chuté de 11,7% en février à 27 280 tonnes tandis  la consommation a légèrement diminué de 0,6% à 82 500 tonnes, selon le Rubber Board. 

COTON

Mardi, les cours du coton ont effacé trois séances consécutives de hausse, qui s’inscrivait dans un contexte plus favorable aux matières premières. C’est encore à nouveau l’environnement extérieur qui a fait baisser les cours mardi puis à nouveau les a légèrement augmentés avec le soutien d’un dollar plus faible mercredi pour clôturer à 58,32 cents la livre.

La Chine a importé 56 200 tonnes de coton en février, en baisse de 64,7 % par rapport à février 2015,  selon les statistiques douanières relayées par cncotton.com. Rappelons qu’en 2015, les importations chinoises de coton ont chuté à leur plus bas d’au moins neuf ans à 1,48 million de tonnes selon les calculs de Reuters.

Les quatorzièmes journées de  l’Association cotonnière africaine (ACA) se sont tenues la semaine dernière à Ndjamena au Tchad sur le thème « Le coton africain face au changement climatique et à la volatilité des cours ». Un nouveau comité de direction a été élu pour deux ans avec Koné Modibbo de la CMDT  à la tête de l’ACA.

Le bras de fer entre  Monsanto et l’Inde se poursuit (cf. notre chronique de la semaine dernière). « Nous ne sommes pas effrayés si Monsanto quitte le pays car  nos scientifiques travaillent à l'élaboration  d’une variété indigène de coton OGM » a déclaré à Reuters le ministre indien de l’Agriculture, Sanjeev Kumar Balyan. Il a ajouté que le gouvernement essayait de corriger les erreurs du passé qui ont permis à une entreprise étrangère de dicter les prix des semences et d’étouffer la recherche locale. Un porte-parole de Monsanto a refusé de commenter ces propos, mais les analystes estiment qu'il est peu probable de l'Inde étant donné la taille du marché et de son importance stratégique maintenant que la Chine a une offre pour acquérir  le plus grand rival de l'entreprise, Syngenta, pour $43 milliards.

HUILE DE PALME

Les craintes d’une plus faible production causée par le phénomène El Nino ont soutenu les cours cette semaine. Mercredi, le contrat de mai a clôturé à 2 611 ringgits ($631) la tonne. Les gains pourraient toutefois être plafonnés par la faiblesse de la demande d’exportation, la consommation des deux plus grands acheteurs, la Chine et l’inde baissant avec le ralentissement de la croissance économique.

Les exportations de Malaisie ont diminué de 1,1% sur les quinze premiers jours de mars selon la SGS.

Les importations d’huile de palme de l’Inde ont grimpé de 19,6% en février à 609 939 tonnes par rapport à février 2015, selon  la Solvent Extractors' Association of India. Toutefois, les importations d’huiles végétales  ont progressé de 28% sur la même période pour atteindre 1,11 million de tonnes.

En France,  la taxe sur l’huile de palme est à nouveau en débat  à l’Assemblée nationale dans le cadre de la Loi sur la biodiversité (cf. nos informations).

Côté entreprise, après des semaines de spéculation,  la société d’Etat de Malaisie, Felda, serait sur le point de conclure les négociations sur l’acquisition de 37% des parts de la compagnie indonésienne  Eagle High Plantations. En 2015, un accord de $680 millions entre les deux groupes avait avorté.

RIZ

Nouvelle poussée de prix à l’exportation du riz du Vietnam cette semaine. Ils se situent près d’un plus haut de cinq mois soutenus les achats de la Chine et le chargement des accords gouvernementaux. Le Viet 5% se situe à $375- $385 la tonne contre  $370- $375 la tonne mercredi dernier.

« La Chine achète, tandis que les agriculteurs ne vendent pas beaucoup, donc les prix progressent en conséquence», indique un négociant  à Ho Chi Minh-Ville, ajoutant que la le riz vietnamien n’est plus compétitif. Dans le port de Saigon, quelque 150 000 tonnes ont été chargées depuis la fin février à destination de Cuba, de l'Indonésie, des Philippines et des pays d'Afrique de l'Ouest, selon le  calendrier de l'industrie maritime. Les chargements de  riz pour l'Indonésie et les Philippines relèvent  de  contrats signés l'année dernière.

En revanche, les prix du riz  de Thaïlande sont stables et la demande faible.

Lors d’une deuxième vente aux enchères, la Thaïlande devrait mettre en vente 641 000 tonnes de riz de ses réserves gouvernementales ce mois-ci (418 000 tonnes de riz pour la consommation humaine  le 30 mars et 223 000 tonnes de riz pour usage industriel le 31 mars), selon Duangporn Rodphaya, chef du département du commerce extérieur au ministère du Commerce. Sur environ 12 millions de tonnes de riz en réserve, environ la moitié serait impropre à la consommation humaine. 

SUCRE

Le roux a touché hier son prix le plus élevé depuis le 2 janvier et il termine aujourd'hui encore en forte hausse, au plus haut en trois mois et demi, la faiblesse du dollar et la perspective d'un déficit mondial sur la campagne 2015/16 plus important que prévu faisant grimper le roux coté à New York. A ceci s'ajoute le récent raffermissement du real, la monnaie brésilienne, ce qui, en règle générale, dissuade les exportations du n°1 mondial. 

Ainsi, le sucre roux a atteint 15,72 cents la livre en cours de séance aujourd'hui, son cours le plus haut depuis le 4 décembre 2015, tandis que le sucre blanc coté sur le marché à terme de Londres touchait les $ 447,50 la tonne, un prix qu'on n'avait plus enregistré depuis juillet 2014.

Les raisons ? Un déficit mondial qui serait plus important que prévu car les récoltes en Inde, en Thaïlande et en Chine seraient plus faibles qu'anticipées, souligne Hamish Smith analyste chez Capital Economics. Et le cours du sucre devrait demeurer élevé jusqu'à l'expiration de l'échéance mai car la demande chinoise est forte tout comme la demande avant le Ramadan qui devrait démarrer aux alentours du 6 juin.

Dans les pays consommateurs, notons que le Royaume Uni a annoncé qu'il introduirait une taxe sur le sucre dans les boissons gazeuses.

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