La Chronique Matières du Jeudi (7 mai 2015)

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La semaine a été mitigée sur les marchés des matières premières agricoles, certains enregsitrant des hausses de prix et d'autres des baisses, sans fil directeur.

CACAO

Le cacao a clôturé, hier, jeudi, en hausse tant sur le marché à terme de Londres que de New York. C'est essentiellement la perspective d'une récolte ghanéenne en baisse qui tire les prix à la hausse. A priori, Accra aurait des difficultés à honorer ses contrats, souligne Reuters.

Cette baisse assez inattendue de la production ghanéenne serait liée à un manque de pesticides et à une météorologie défavorable (de fortes pluies d'août à octobre derniers auraient empêché une bonne floraison des cacaoyers), ce qui aurait fait chuter les rendements. Selon certains responsables gouvernementaux, la récolte 2014/15 n'excèderait pas 700 000 tonnes (t), soit bien en-deçà du million de tonnes que le Cocobod avait initialement envisagé. Rappelons qu'en 2013/14, la récolte du n°2 mondial avait atteint les 900 000 t. Selon un négociant européen, il manquerait au Ghana environ 150 000 à 200 000 t pour honorer ses engagements. Des volumes qu'Accra pourrait reporter à la campagne suivante. Mais, selon Derek Chambers de Sucre et Denrées, c'est une chose de "roller" 20 000 à 50 000 t de fèves sur la campagne suivante, mais c'est une toute autre chose lorsqu'il s'agit de 150 000 à 200 000 t… Surtout du cacao haut de gamme comme les fèves ghanéennes. Par exemple, le chocolat gourmet de Lindt est à base de cacao ghanéen.

Des nouvelles qui ont fait grimper de 5% ces deux dernières semaines le prix du cacao sur le marché à terme de Londres. Et, selon des traders, ce n'est pas fini. Certains estiment que cette déficience du Ghana pourrait provoquer une hausse du prix du cacao de l'ordre de £ 100.

Côté Asie, les exportations de la province de Lampung, en Indonésie, auraient chuté de 66% en avril par rapport à avril 2014, à 406,4 t. En Sulawesi, la plus importante région cacaoyère, la production est également en très forte baisse, de l'ordre de 56%, à 1 718 t en avril contre 3 867 t en avril 2014. Là aussi, la production indonésienne est impactée par les maladies et des conditions météorologiques défavorables.

En revanche, le n°1 mondial, la Côte d'Ivoire, se porte bien. Des pluies abondantes la semaine dernière augurent bien de la récolte intermédiaire en cours et qui devrait durer jusqu'en septembre, fin de la campagne 2014/15. Toutefois, les planteurs sont inquiets : le nombre d'insectes est élevé, les empêchant souvent de travailler dans les vergers.

Au 4 mai, les arrivages aux ports ivoiriens d'Abidjan et de San Pedro ont atteint 1 353 000 t depuis le début de la campagne, le 1er octobre, soit un peu plus que les 1 336 000 t sur la même période en 2013/14.

CAFE

Le Robusta a baissé hier, jeudi, de $ 18 à $ 1 718 la tonne, son plus faible prix en deux mois de cotation; la nouvelle de pluies au Vietnam, premier producteur mondial, pèse sur le marché. En revanche, l'Arabica a terminé la période sous revue en légère hausse, à $ 1,317 la livre.

L'Arabica qui subit la pression de la hausse de production de la Colombie qui semble, bel et bien, de retour sur le marché comme acteur influent. Sur le mois d'avril, le pays a produit 924 000 sacs de 60 kg d'Arabica lavé, en hausse de 11% par rapport à avril 2014, selon la Fédération nationale des planteurs de café. Les exportations, quant à elles, ont progressé de 13%, à 927 000 sacs. De mai 2014 à avril 2015, la production a totalisé 12,4 millions de sacs (Ms), soit un dixième de plus que les 11,3 Ms sur la même période un an auparavant. En 2015, on s'attend  à ce que la production  atteigne 12,5 à 13 Ms contre 12,1 Ms en 2014. En réalité, les 3,3 millions de caféiers, résistants à la maladie du champignon royal et qui ont été plantés entre 2009 et 2014, commencent à entrer en production.

Le Honduras, premier producteur d'Amérique Centrale, se remet petit à petit de l'effet dévastateur de la maladie de la rouille. Ses exportations ont fait un bond de 38,2% en avril par rapport à avril 2014, à 694 037 sacs de 60 kg. Ses exportation d'Arabica ont augmenté de25% sur les 7 premiers mois de la campagne 2014/15, à 3,12 millions de sacs. Le pays estime qu'il atteindra les 4,8 Ms sur la campagne.

En Afrique, aux ventes aux enchères de Mombasa, au Kenya, mardi, le prix le plus élevé pour le grade AA a augmenté, à $ 313 le sac de 50 kg contre $ 298 aux ventes précédentes. Les prix ont oscillé dans une fourchette allant de $ 86 à 313 contre $ 96 à 298 aux ventes précédentes. L'AB  s'est vendu entre $ 78 et 250 contre $ 86 et 252.

A fin mars, et sur les 4 premiers mois de la campagne, le Cameroun a exporté 2 653 t de café contre 2 765 t sur la même période l'année dernière, selon l'Office national du café et du cacao (ONCC).

Côté pays consommateurs, notons que la Commission européenne a annoncé mardi avoir approuvé, sous certaines conditions, la création d'une coentreprise dans le secteur du café par l'américain Mondelez International et le néerlandais DE Master Blenders 1753. En échange du feu vert des services de la Concurrence, Mondelez a accepté de vendre ses activités Carte Noire dans tout l'Espace économique européen (EEE), tandis que DEMB vendra ses activités Merrild dans l'ensemble de l'EEE et octroiera une licence pour sa marque Senseo en Autriche, précise la CE dans un communiqué. Mondelez, également propriétaire des cafés L'or et Grand'Mère, avait proposé en février de céder Carte Noire pour mener à bien son projet de rapprochement avec DEMB dévoilé en mai 2014. Le groupe italien Lavazza détient des droits exclusifs pour racheter la marque française.

CAOUTCHOUC

Les cours de caoutchouc s’inscrivaient légèrement en baisse à la réouverture de la Tokyo Commodity Exchange (Tocom), après trois jours de fermeture pour les vacances  de la Golden Week.  A la fin de la semaine dernière, les cours du caoutchouc avaient clôturé avec une hausse de 8%.

L'Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (ANRPC) doit se réunir  les 6 et 8 mai à Kuala Lumpur pour discuter de la stabilité à long terme des prix et d'autres questions. Rappelons que le mois dernier les principaux producteurs de caoutchouc en Asie ont déclaré leur volonté de relever les prix et de ne plus utiliser la bourse de Singapour.  

En Inde, la décision du gouvernement d’augmenter la taxe à l’importation du caoutchouc naturel à 25%, contre 20%, a été diversement accueillie : les industriels sont contre tandis que les producteurs sont favorables. Les industries du caoutchouc et du pneumatique craignent d'être durement touchées, les produits finis en caoutchouc étant importés avec une taxe de 10%. «Relever la taxe d'importation sur le caoutchouc naturel ne fera qu'empirer la structure des droits inversés, augmentant la menace à grande échelle de dumping des pneus en Inde", a déclaré Raghupati Singhania, président de l'Association des constructeurs automobiles de pneus (ATMA). Quant à l’industrie manufacturière utilisant du caoutchouc mais non pour les pneumatiques, qui compte  5 500 unités employant plus de 2 millions de personnes, elle estime que  l’accroissement de la taxe aura aussi un impact négatif. "Déjà, de nombreux fabricants ont fermé leurs unités face à la concurrence des produits en caoutchouc importés à bas prix ", a déclaré Mohinder Gupta, président d’All India Rubber Industries Association (AIRIA). Ils ont demandé à ce que le gouvernement revienne sur sa décision et soutienne les producteurs directement avec des subventions. De leur côté, les  producteurs sont satisfaits.  "Même si une quantité record de 4,2 lakh tonnes de caoutchouc a été importée lors du dernier exercice fiscal,  soit sensiblement plus que l'écart entre production et consommation de 3,4 lakh tonnes, l'augmentation des droits à l'importation contribuera à améliorer au moins sur le moyen terme les prix domestiques du caoutchouc", a déclaré N Dharmaraj, vice-président de l’United Planters' Association of Southern India (UPASI) (1 lakh = 100 000). Selon lui, le gouvernement devrait orienter sa politique, non seulement sur la restriction des importations à hauteur de l'écart entre production et consommation, mais aussi fixer la proportion des grades importés en ligne avec la proportion de la production de ces grades dans le pays.

COTON

Depuis le début de la semaine, les cours  du coton étaient hésitants clôturant  plutôt à la hausse, soutenus par la faiblesse du dollar. Mais les pluies qui s’abattent sur le Texas ouvrent la possibilité d’une production plus importante que prévue. Ceci a eu raison des cours mercredi qui ont clôturé à un plus bas d’une semaine et demi, à 65,86 cents la livre sur le contrat juillet.

HUILE DE PALME

Les cours de l’huile de palme ont gagné plus de 8% en deux séances clôturant à 2 183 ringgits la tonne pour le contrat de juillet.  Une hausse qui s’explique en partie par un effet « rattrapage », les marchés Malaisiens étant fermés pendant deux jours tandis que les prix des huiles végétales progressaient sur les autres marchés. Toutefois, les prix ont été aussi soutenus par la finalisation, attendue depuis longtemps, par l’Indonésie de nouvelles taxes à l’exportation. Le président Joko Widodo a apposé sa signature pour une taxe de  $ 50 la tonne pour l’huile de palme brute et de $ 30  la tonne pour les produis raffinés. Les nouvelles taxes devraient entrer en vigueur dans la dernière semaine du mois de mai et  permettre au premier producteur mondial d’huile de palme de financer les subventions récemment annoncées en faveur du biodiesel. Le ministre responsable de l’Economie, Sofyan Djalil,  a déclaré que  le prélèvement devrait  générer $ 750 millions par an. 

Toutefois les perspectives d’une hausse des stocks en Malaisie ainsi que l’affaiblissement du soja ont cassé cette hausse, les cours chutant à nouveau jeudi. Selon un sondage mené par Reuters, les stocks d'huile de palme en Malaisie atteindront probablement fin avril un sommet de cinq mois, la production d’huile de palme brute continuant de  grimper et de dépasser la demande d'exportation. La prévision médiane de six planteurs, négociants et analystes suggère que les stocks de la Malaisie augmenteront de 14,3 % par rapport à mars pour atteindre  2,13 millions de tonnes en avril, les ramenant à leur plus haut niveau depuis novembre.

RIZ

Des vacances et une demande toujours faible  ont propulsé les prix à l’exportation du riz en Asie à un plus bas de plusieurs mois cette semaine. Le Thaï 5% s’échangeait entre $ 385 et $ 387 la tonne, soit un plus bas depuis juin 2014, tandis que le Viet 5%  se situait entre $ 355 et $ 360 la tonne. Pour sa part, le Viet 25% a chuté à son niveau du 11 février, entre $ 300 et $ 335 la tonne. "Les prix sont bas, mais il n'y a toujours pas de demande", affirme un négociant d’Ho Chi Minh-Ville.

La Thaïlande était en vacances du 1er mai au 5, tandis que le Vietnam a rouvert ses marchés lundi après avoir fermé du 28 avril au 1er mai. Le gouvernement thaïlandais va prendre part à un appel d'offres que gouvernement philippin devrait lancer plus tard ce mois pour 200 000 et 300 000 t de riz,  a indiqué Chutima Bunyapraphasara, secrétaire permanent au ministère du Commerce.

Le Myanmar prévoit d'augmenter ses exportations de riz de 10,5% à 2 millions de tonnes pour l'exercice qui a débuté en avril, a déclaré Lu Maw Myint Maung, secrétaire de Myanmar Rice Federation. La Chine a acheté 1,11 million de tonnes en provenance du Myanmar pour l'exercice qui a pris fin en mars, représentant environ 60% des exportations du pays, sur la base des données ministère du Commerce.

Globalement, les cours mondiaux du riz sur le mois d’avril se sont légèrement infléchi -1%- pour le deuxième mois consécutif, souligne Patricio Mendez del Villar dans son rapport mensuel Osiriz. La demande d’importation asiatique devrait marquer une pause en 2015, d’importantes réserves ayant été déjà constituées en 2014 par les principaux pays importateurs. Patricio Mendez del Villar  estime que la baisse des cours mondiaux pourrait affecter la croissance de la production en raison des politiques de gel des prix à la production et de la stagnation des surfaces rizicoles dans certains grands
pays producteurs. La consommation mondiale devrait d’ailleurs dépasser la production mondiale en 2015 pour la première fois depuis dix ans.

SUCRE

Le cours du sucre roux sur le marché à terme de New York a clôturé hier, jeudi , en hausse pour la troisième séance consécutive. En effet, un nombre record de livraisons devrait être effectué sur le mois de mai, ce qui inquiète certains opérateurs sur les disponibilités restantes. Le sucre blanc n'a pas été en reste, en hausse de $ 2 à la clôture jeudi, à $ 375,50 la tonne.

Côté demande, les importations russes de sucre roux ont chuté de 33% sur le premier trimestre de l'année, à 235 500 tonnes (t) contre 350 800 t sur le premier trimestre 2014.

En Afrique, la production sucrière du Zimbabwe en 2015/16 devrait augmenter de 14% et atteindre 506 000 t, selon le département américain de l'Agriculture (USDA). Les rendements ont augmenté ainsi que les superficies dédiées à la canne à sucre. En 2014/15, le pays a exporté 207 000 t de sucre et on s'attend à un volume semblable en 2015/16, l'Union européenne demeurant le débouché principal.

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