Le Niger, un athlète qui court vite mais n’avance pas car sur un tapis roulant. En cause ? L’agriculture…

Le Niger, un athlète qui court vite mais n’avance pas car sur un tapis roulant. En cause ? L’agriculture…

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Pour la Banque mondiale, la situation du Niger est celle « d’un athlète essayant de courir aussi vite qu’il le peut, mais ne pouvant avancer puisqu’il court sur un tapis roulant ». Pour parvenir à ceci, la Banque n’a pas économisé ses efforts publiant en fin de semaine dernière son Mémorandum économique de près de 230 pages intitulé « Des trajectoires pour une croissance durable au Niger ».

Elle y invite fortement le pays à miser sur l’industrie et l’augmentation des emplois salariés en transformant son secteur agricole qui demeure, envers et contre tout, le pilier de l’économie nationale.  « L’agriculture reste le principal secteur en termes de travailleurs employés (75 % de la main-d’œuvre totale) et représente à peu près la même part de la valeur ajoutée (40,8 %) que les services. Toutefois, les chocs climatiques récurrents affectent la productivité agricole et génèrent l’insécurité alimentaire. En moyenne, les sécheresses entraînent des pertes de revenus agricoles annuelles de $ 15 millions et les inondations de $ 20 à $ 70 millions », est-il rappelé.

En outre, le salariat se développe peu via l’agriculture. « Une grande partie de la population en âge de travailler est employée, mais le travail est concentré dans des activités à petite échelle et à faible productivité, principalement dans l’agriculture. Les emplois salariés demeurent l’exception : 40,7 % du travail dans le secteur agricole nigérien n’est pas rémunéré et 51,6 % sont des emplois indépendants. En conséquence, un tiers des adultes ruraux actifs n’est pas rémunéré contre seulement 8,7 % dans les zones urbaines

Et les experts de poursuivre : « Les mouvements intersectoriels (c’est-à-dire le déplacement de la main-d’œuvre des secteurs à faible productivité vers des secteurs à forte productivité) ont eu lieu à un rythme plus lent que dans de nombreux pays comparables. De 2010 à 2019, le Niger a connu une augmentation de la part de l’agriculture dans la valeur ajoutée et une baisse continue de la part de l’emploi dans l’industrie à un taux annuel moyen de -0,5 point de pourcentage. Le secteur des services est le seul secteur contribuant positivement au changement structurel, mais l’impact est beaucoup plus faible que dans les pays comparables. » Ceci expliquerait que malgré une croissance économique robuste, en moyenne de 5,2 % ces deux dernières décennies, « l’économie nigérienne est restée fondamentalement la même qu’il y a deux décennies, peu diversifiée et peu spécialisée. »

Les nouvelles technologies ne suffiront pas

Que faut-il faire ? Tout d’abord, rester lucide. « Si Les nouvelles technologies telles que les plateformes agricoles, la blockchain, l’agriculture de précision, le stockage et la gestion des produits basés sur la technologie, tels que la logistique à température contrôlée, entre autres, offrent des possibilités d’améliorer la productivité et la compétitivité des chaînes de valeur agricoles au Niger, cela ne suffira pas. »

La Banque suggère de revoir les marchés, les « modèles commerciaux actuels ». « Il sera primordial de repenser les marchés-cibles où le Niger aura des avantages comparatifs durables en tenant compte de la contre-saisonnalité et des estimations de l’impact du changement climatique sur les principaux concurrents. Le pays devra investir dans l’irrigation, la logistique et les infrastructures numériques pour assurer la croissance et passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture plus commerciale. Les opportunités commerciales intra-sahéliennes sont limitées en raison des similitudes climatiques. Toutefois, de nouvelles opportunités apparaissent avec l’augmentation des eaux souterraines du Niger, observée par le satellite Grace de la NASA. Cela pourrait permettre au pays de devenir un plus grand producteur et exportateur de produits horticoles et d’augmenter sa participation aux chaînes de valeur mondiales au-delà du sésame, des oignons, des noix tigrées et des produits de la chaîne de valeur du bétail, etc. »

Pour cela, précisent les auteurs, « il sera crucial pour le Niger d’accroître ses investissements dans la logistique à température contrôlée (TCL), les infrastructures de transport et la mobilisation de capitaux privés dans le secteur agricole. Diverses politiques seront nécessaires pour permettre au Niger de participer aux chaînes de valeur mondiales, notamment une meilleure politique de facilitation des échanges, la réglementation des services aux entreprises, une fiscalité favorable aux entreprises et une meilleure conformité aux normes internationales. »

Les inondations aussi dévastatrices que les sécheresses

Le développement des paiements numérique pour l’agriculture dans les zones rurales peut être également un facteur clef. « Des efforts sont nécessaires pour s’assurer que les femmes et les jeunes disposent d’une éducation financière et numérique (avec le soutien des autorités religieuses et traditionnelles), que la couverture mobile croissante est fiable, que les systèmes d’identification biométrique sont disponibles à la majorité de la population ». L’objectif est de faire passer le nombre de transactions de finance numérique de 0,6 par habitant et par an à 35 transactions de finance numérique par habitant et par an comme au Mali ». Il s’agit de « commencer le processus de suppression de l’encaissement du pays. Les bénéfices seront conséquents pour le Niger dans le secteur de la fiscalité, car l’impact de l’élimination de l’encaissement se fera sentir à la fois sur les recettes et les dépenses » de l’Etat

Autre volet majeur est l’impact du climat -sécheresse et inondations- sur l’agriculture. « Les pertes de production des cultures vivrières au Burkina Faso, au Mali, au Niger, en Sierra Leone, au Tchad et au Togo pourraient s’élever en moyenne à plus de $ 700 millions par an et atteindre plus d’un milliard de dollars tous les cinq ans. Les principaux facteurs de ces pertes sont les risques liés au climat, notamment les sécheresses et les inondations, mais aussi les maladies et les insectes ravageurs agricoles. » « Si l’on considère les cinq principales cultures vivrières (maïs, millet, riz, sorgho et niébé), l’analyse des pertes liés aux risques indique que le Niger pourrait subir des pertes de production alimentaire équivalentes à 24,2 % de l’exposition une fois tous les 10 ans, et même 41,9 % de l’exposition (ou $ 1,32 milliard) une fois tous les 100 ans. »

 

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