15 novembre 2022 - 12:23 |

L'Afrique de l'Ouest de la mangue en ordre de bataille contre la mouche des fruits

L’inquiétude des pays d’Afrique de l’Ouest exportateurs de mangues était palpable la semaine dernière lors de l’atelier de bilan et de programmation du Plan régional de lutte contre et de contrôle de la mouche des fruits en Afrique de l’Ouest (PLMF). Il s’est déroulé toute la semaine dernière à Abidjan dans le cadre du projet UE-AFD intitulé « Système régional innovant de contrôle des mouches des fruits en Afrique de l’Ouest » (Syrimao) lancé en 2021.

Et pour cause... La plupart des pays membres de la Cedeao voient leurs expéditions de mangues interceptées à leur arrivée sur le marché européen pour des question d‘ordre sanitaire liées à la mouche des fruits de la famille des Tephritidae. Originaire d’Asie, le Kenya l’a tout d’abord détectée en 2003 puis elle s’est propagée sur le reste du continent, notamment en Afrique de l’ouest.

L’Afrique de l’Ouest très touchée

« En 2022, l’espace Cedeao a enregistré 95 interceptions pour une exportation de 20 285 tonnes (t) de mangues contre 41 interceptions pour 90 000 t en 2021 », a indiqué hier l’Agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation (Araa) de la Cedeao. « La campagne de commercialisation 2022 de la mangue a également été marquée par une survenue précoce des pluies, ce qui a conduit à une explosion de grignoteurs de fruits dans de nombreuses zones de production. »

En octobre, Abdoulaye Ndiaye, chef de division législation et quarantaine des plantes à la Direction de la protection des végétaux (Dpv) au Sénégal indiquait qu’une centaine de notifications de non-conformité avait été envoyée aux pays de la Cedeao, rapportait alors Seneplus.com. Le seul Sénégal s’est heurté à quatre interceptions sur 3600 tonnes exportées en juillet puis 24 notifications en août avec au moins 30 conteneurs interceptés au niveau des frontières européennes, a-t-il précisé (lire nos informations : La mouche des fruits fait des ravages dans la production de mangue au Sénégal).

En Côte d’Ivoire, les acteurs de la filière ont perdu FCFA 500 millions durant la campagne 2021 avec 22 cargaisons refoulées sur les 32 811 t de mangues exportées contre 25 969 t en 2020, avait souligné Inter mangue de Côte d’Ivoire en mars dernier.

L’UE renforce ses contrôles

Ceci fait suite à la propagation de la mouche qui a conduit l’UE a édicté une nouvelle directive sur les importations de mangues entrée en vigueur au 1er septembre 2019. Ce sont les associations agricoles espagnoles qui ont alerté Bruxelles en premier, craignant l'importation de parasites en Espagne et au Portugal, les seuls pays producteurs de mangues sur le territoire européen.

L’UE importe chaque année environ 360 000 t de mangues en provenance du monde entier. Selon les statistiques de la Commission, il y aurait eu 178 détections d'organismes nuisibles dans les mangues provenant de pays extérieurs en 2017 dont 149 étaient des liées aux mouches des fruits.

Le bilan de l’atelier

L’inquiétude face à la « hausse importante d’interceptions aux portes de l'Europe » alors que la production de mangues a « été bonne dans son ensemble » a, bien évidemment, été au cœur de l’atelier à Abidjan la semaine dernière. L’Araa explique « en partie » ces interceptions croissantes par « la faible application des bonnes pratiques de gestion de la production de la mangue, l’inaccessibilité aux produits homologués de lutte, la défaillance des systèmes de traçabilité et la faible application de la réglementation en vigueur dans le domaine. »

Depuis le démarrage de son activité en janvier 2021, le projet Syrimao a permis de former 503 inspecteurs phytosanitaires aux nouvelles normes de l’UE, 36 bassins de production de mangues ont été couvertes par le réseau de surveillance, 634 producteurs ont été formés à la surveillance et deux technologies de lutte à base d’extraits végétaux et sous-produits de transformation de végétaux locaux ont été développés.

« Ces deux formulations/technologies ont montré leur efficacité biologique contre les mouches de fruits en plein champ. La première formulation, développée au Sénégal, est une huile essentielle issue d’un arbuste. C’est un attractif mâle de mouches de fruits, notamment le genre Bactrocera et certains ceratitis. Il pourra être utilisé, en remplacement du methyl-eugenol de synthèse préalablement utilisée, comme attractif dans le système de surveillance indispensable à toute exportation de mangues. La deuxième formulation, développée au Burkina Faso, est issue de la drèche de bière. Elle est testée efficace comme attractif alimentaire contre toutes espèces de mouches de fruits, notamment les femelles », indique l’Araa.

Le système de surveillance a été étendu aux 15 Etats membres, ce qui a permis d’identifier 37 zones de production, 360 vergers et de faire le suivi de 113 040 points.

A noter aussi la montée en puissance du Centre national de semences et fruits et légumes de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso (CNS-FL) qui devrait devenir un centre d’excellence régional.

D’autre part, des partenariats entre interprofessions et fournisseurs d'intrants au Togo, Ghana, Burkina Faso, Côte d'Ivoire et Mali ont été conclus, permettant de de mettre en place un mécanisme d'abonnement de fonds au Mali et au Burkina Faso à travers une contribution financière obligatoire (CFO) qui consiste en des prélèvements sur les mangues fraîches et séchées commercialisées en vue de l’autofinancement de la filière.

Pour conclure, rappelons que le projet Syrimao a démarré ses activités de terrain en janvier 2021 et devait atteindre « sa vitesse de croisière » cette année, selon l’Araa.

Secteurs: 
Matières premières: 
Non
Énergies renouvelables: 
Non

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