10 mars 2022 - 17:26 |

Oumar N’Diaye, FIRCA : lever les malentendus sur la définition d'"emploi" dans l'agriculture

Interrogé par CommodAfrica lors du Salon international de l'Agriculture à Paris la semaine dernière, le directeur excéutif adjoint du Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (Firca) de Côte d’Ivoire, Oumar N'Diaye, a voulu lever beaucoup de malentendus sur la notion d'emploi dans l'agriculture.

CommodAfrica : Comment arrivez-vous à concilier les réalités de société, notamment tous ces jeunes qui ne s’orientent pas naturellement vers l’agriculture car ils ont vu leurs parents et grands-parents transpirer, avec la nécessité de créer des emplois et avec le constat que ces jeunes sont terriblement attirés par tout ce qui est numérique et nouvelles technologies, mécanisation, etc. Comment arrivez-vous à gérer tous ces impératifs ?

Oumar N’Diaye : Je pense qu’il faut avoir une lecture très profonde de la situation de l’emploi dans nos pays. Que considérons-nous comme « emploi » ? Dans l’esprit de la population, l’employé est celui qui travaille dans une structure qui est connue. Si vous êtes dans le domaine des télécommunications, si vous ne travaillez pas chez Orange ou MTN ou autre, et que vous avez votre start-up, certains estiment que vous n’avez pas vraiment un emploi. Autre exemple, les jeunes qui sont chauffeurs de taxi ou de wôrô-wôrô se considèrent au chômage. Parce que pour eux, ce n’est pas un emploi car ce n’est ni le gouvernement, ni une multinationale qui va les payer.

Et je dis : faisons attention ! Quand j’analyse les chiffres de l’emploi aux Etats-Unis, sur 4 millions d’emplois créés, 85% sont des emplois de serveurs dans des bars et restaurants. Ici, ce n’est pas considéré comme un emploi, les gens disent qu’ils sont au chômage, que c’est dur, etc.

Le secteur agricole, à mon avis, est le plus grand vivier d’emplois des jeunes. Mais quel type d’emploi ? Ce n’est pas seulement celui qui va faire la culture, la pisciculture et s’occuper de son poisson au quotidien, c’est aussi celui qui va développer des applications numériques pour pouvoir gérer une ferme piscicole. Il faut partir des emplois dans l’agriculture et de nombreuses start-ups opèrent dans cela. Celui qui est sur sa ferme est un agriculteur. Celui ou celle qui est dans le service, notamment les femmes qui sont ici au Salon international de l’agriculture de Paris et qui exposent, lorsqu’elles sont de retour à Abidjan, elles se considèrent au chômage.

Donc, on doit avoir une vision de l’emploi avant de pouvoir structurer tout ceci.

Si je prends les chiffres officiels, sur les 2 millions d’emplois créés en Côte d’Ivoire ces dernières années, presque 1,400 million étaient dans le secteur de l’agriculture en général. Ce qui indique que l’agriculture aspire toujours la main d’œuvre.

Mais il ne faut pas rêver, il ne faut pas dire aux jeunes : que faudrait-il pour que tu retournes à l’agriculture ? Le retour est vécu comme un échec. Il faut dire : que faut-il faire pour que les jeunes aillent à l’agriculture ? Il faut donc travailler à rendre les métiers agricoles attractifs, les professionnaliser. Il y a beaucoup de personnes qui pensent que l’agriculture est une activité de loisirs, ils ne voient pas l’intérêt de s’y former.

Pour ma part, depuis plusieurs années déjà, je suis partisan d’accompagner les jeunes à l’agriculture avec des programmes clairs comme on l’a fait en France avec les 200 heures. C’est-à-dire si vous voulez avoir un financement dans l’agriculture, on vous impose de valider 200 heures de formation aussi bien sur les techniques que sur la gestion agricole, que sur l’usage des nouvelles technologies, etc. Vous pouvez le faire à mi-temps et ainsi de suite. Mais au fur et à mesure que vous validez une étape, vous avez un financement de telle sorte que le financier, que ce soit la banque, la microfinance ou un parent qui vous aide, se dit qu’il aide quelqu’un qui a de fortes chances de réussir. Après, il peut échouer, bien sûr….  Mais il ne faut pas que l’agriculture soit perçue comme une activité de loisir, laisser aux cadres qui ont des fermes et qui ont ce que j’appelle « les activités du dimanche » car ils ne vont que le dimanche en plantation. Ça c’est une vraie réflexion à mener et à mettre en place un programme sinon on en restera toujours aux discours sans suite.

Secteurs: 
Matières premières: 
Non
Énergies renouvelables: 
Non

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