La Chronique Matières du Jeudi (29/09/2016)

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L'Opep vient de décider de réduire sa production afin de soutenir les prix du brut sur les marchés mondiaux, ce qui a une incidence directe sur l'économie en générale et, plus particulièrement, sur des filières comme le sucre ou encore le caoutchouc. Sur le mois de septembre, les prix des produits agricoles ont grimpé -notamment le sucre, le café et le coton- et, selon Rabobank, ils ne devraient pas redescendre de suite car les fonds d'investissements se sont positionnés sur ces marchés.

CACAO

Le cacao a perdu plus de $ 100 la tonne (t) sur la semaine, tombant aujourd'hui à son plus bas en 17 mois, cotant à Londres £ 2 190 la tonne. Vendredi dernier, la fève était déjà en baisse à £ 2 232, entrainée par les fondamentaux mais aussi par la faiblesse de la livre sterling.

Le marché du cacao est impactée par le changement dans la réglementation en Côte d'Ivoire concernant les exportateurs locaux (lire nos informations), mais surtout par la perspective d'une bonne récolte chez le 1er producteur mondial, la Côte d'Ivoire, dont la campagne 2016/17 s'est ouverte officiellement hier, 28 septembre. Les arrivages de fèves pourraient être plus importantes qu'attendues dès le démarrage de la campagne 2016/17, ce week-end. Pour la campagne qui s'achève, les exportations ont totalisé 1 548 000 t contre 1 628 000 t en 2014/15.

Mais en définitive, le marché n'aura pas sur-réagi à l'obligation que le Conseil du café cacao a faite la semaine dernière aux exportateurs locaux de fournir des contrats ou des contrats de couverture à terme pour assurer de la bonne exécution de leurs engagements portant sur quelque 250 000 tonnes (t). Une décision du CCC qui a été motivée par le fait que les cours du cacao sont aujourd'hui d'environ $ 300 inférieur à ce qu'il était en fin de campagne dernière et que certains exportateurs ne  sont pas couverts.

Le marché n'a donc pas sur-réagi et  à juste titre, si l'on en croit Edward George, directeur de la Recherche à Ecobank, qui s'est exprimé sur ce point lors de la Cocoa Market Outlook Conference de l'Organisation internationale du cacao (ICCO) qui s'est tenue mardi à Londres. Pour la spécialiste, si effectivement les exportateurs locaux doivent rapporter ces tonnages au CCC, ce qui représente tout de même environ 15% de la récolte ivoirienne, ils seront redistribués progressivement aux plus grands exportateurs sur les 6 prochains mois. Il n'y aura ni défaut, ni faillite dans la filière. Pas chez le n°1 mondial du cacao, souligne Edward George.

Cette redistribution des volumes liés à ces contrats défaillants, à laquelle s'ajoutent les volumes de la dernière campagne mais qui sont toujours en brousse -que Rabobank estime à quelque 100 000 t- et qui devraient maintenant  sortir des greniers puisque le prix garanti au producteur a été augmenté de 10%, (lire nos informations), à quoi il faut aussi ajouter la nouvelle récolte supposée abondante, font que les volumes de physique seraient assez élevés dès le démarrage de la campagne 2016/17.

En outre, avec les élections au Ghana le 7 décembre mais aussi parce que Accra veut "coller" à Abidjan, le prix au producteur devrait, là aussi, augmenter, ce qui, cumulé à une meilleure campagne attendue, de l'ordre de 800 000 t, donnera des volumes plus abondants.

Côté Amérique latine, l'offre devrait aussi être en hausse.

CAFÉ

"La spec, toujours la spec….", selon un trader. En effet, les fonds d'investissements ont pris leur plus forte position nette longue depuis mars 2008, ce qui, en d'autres termes, signifie qu'ils parient sur une tendance haussière des cours de l'Arabica. Ils se fondent sur 3 facteurs : la baisse des exportations brésiliennes de café en août et en septembre alors que la récolte est importante, ce qui traduirait une politique de rétention de la part des producteurs ; un temps très sec au Brésil qui endommagerait la floraison des caféiers ; une campagne à venir au Brésil qui sera l'année basse dans le cycle biannuel naturel du caféier.

Une analyse que Rabobank ne partage pas. Tout d'abord, estiment les analystes matières de la banque, la faiblesse des exportations brésiliennes peut s'expliquer par une faible demande du marché surtout dans la perspective de hausse des taux d'intérêt, ce qui renchérit le coût des stocks pour les industriels dans les pays consommateurs. Deuxièmement, Rabobank estime qu'il est encore trop tôt pour estimer l'impact du temps très sec sur les vergers. Enfin, certes, on sera dans l'année basse du cycle bisannuel, ce qui se constate déjà dans le Sud de la région de Minas, mais on constate un fort redressement de la production dans une région peu recensée de Zona da Mata. En outre, Rabobank estime que la récolte en Amérique centrale et en Colombie pourrait être en hausse car les pluies sont bonnes.

Du 1er septembre au 23, la livre d'Arabica a gagné 10 cents sur le marché à terme de New York. L'Arabica cotait aujourd'hui à New York, à la mi-journée, $ 1,5435 la livre contre $ 1,514 vendredi dernier.

Côté Robusta, depuis la mi-mai, il pleut au Vietnam ce qui devrait atténuer la baisse de production attendue chez le n°1 mondial ; une baisse qui pourrait n'être qu'à un chiffre. Mais pour l'instant, ses exportations sont faibles, chutant en ce mois de septembre à leurs niveaux les plus bas depuis 7 mois. Le Robusta qui était aujourd'hui au dessus des $ 2 000 la tonne ; vendredi dernier, il avait clôturé à $ 1 966.

CAOUTCHOUC

Renversement de tendance après un net rebond des cours  du caoutchouc la semaine dernière où ils ont brisé les 170 yens le kilo et progressé de 7%. Cette semaine, les  investisseurs ont pris leur bénéfice. Prudence également des investisseurs avec la fermeture à partir du 1er octobre et pour une semaine des marchés chinois. Toutefois, à la suite de l’accord de l’OPEP pour limiter la production de brut provoquant une hausse des prix du pétrole, les cours du caoutchouc sont repartis jeudi à la hausse.

La production de caoutchouc naturel dans les pays membres de l’Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (ANRPC) a stagné au cours des neuf premiers mois de 2016 par rapport à la même période il y a un an, indique l’ANPRC. Côté consommation, elle progresse de 3,5% au cours de la même période. L’ANRC ajoute que  des fondamentaux favorables et la reprise  des prix du pétrole brut ont  contribué à l'amélioration du prix du caoutchouc et du latex.

Le Vietnam a exporté environ 858 000 tonnes de caoutchouc au cours des neuf premiers mois de 2016, en hausse de 15,3% par rapport à la même en 2015. En valeur, les exportations ont progressé de 1,6% à $1,08 milliard.

Les stocks de caoutchouc brut dans les ports japonais se sont élevées à 7, 913 tonnes en date du 31 août en baisse de 6,1 %  par rapport au inventaire,  selon les données de l'Association du commerce du caoutchouc du Japon.

COTON

Les cours du coton étaient plutôt sur une tendance baissière cette semaine chutant mercredi pour la deuxième séance consécutive à leur plus bas depuis plus d'une semaine.  Le contrat de décembre a clôturé à 68,48 cents la livre.

Le Soudan et la Chine ont signé six accords dans le domaine agricole portant sur l'utilisation de la technologie et sa mise en œuvre dans les projets d'irrigation. Le ministre de l'Agriculture et de la foresterie, le professeur Ibrahim al-Dekheiri, a déclaré que les accords portent sur la coopération entre les instituts de recherche des deux pays, l'augmentation de la superficie plantée de coton à l'Institut du coton  Al-Rahad et aussi sur la formation.

Le gouvernement de Côte d’Ivoire a lancé  mardi un appel d’offre international pour privatiser la Compagnie ivoirienne pour le développement des textiles (CIDT). L’État devrait céder 80% des parts à un investisseur privé et garder les 20% restant, selon le Comité de privatisation. Le schéma prévoit une première cession de 33,3% dès cette année et encore 46,7% à partir de 2020, dont 13% en portage. La CIDT contribue à hauteur d’environ 10% de la production nationale de coton (50 000 à 60 000 tonnes), les deux gros acteurs étant  Ivoire Coton et la CIOC.

En Inde, au cours des cinq dernières années, les capacités de production de denim ont plus que doublé pour atteindre 1,3 milliard de mètre par an réalisés par 42 usines contre 25 en 2011. Toutefois, 30% de ces capacités ne sont pas utilisées a indiqué Subir Mukherjee, directeur d’une des plus importante usine de denim, Bhaskar Industries.

Le ministère du Travail de l'Ouzbékistan a fait circuler une déclaration officielle avertissant que l'utilisation du travail des enfants et du travail forcé dans la campagne de récolte du coton est contraire aux lois du pays et à la convention de l'Organisation internationale du travail.

HUILE DE PALME

Mercredi, les cours de l’huile de palme ont affiché pour la deuxième séance consécutive une baisse – en ligne avec le recul des autres huiles végétales et en particulier le soja – affectés par des exportations plus faibles et cela en dépit d’une possible amélioration de la demande de l’Inde. Les cours  sur la Bursa Malaysia Derivatives Exchange ont diminué mercredi de 2,2 %à 2 605 ringgits ($630) la tonne. Vendredi dernier l’Inde a annoncé qu’elle abaisserait les droits à l’importation sur l’huile de palme brute et les huiles végétales raffinées de cinq points de pourcentage à 7,5% et 15%, respectivement. Quant aux exportations d’huile de palme de la Malaisie, elles sont en recul de près de 16% sur la période du 1er au 25 septembre.

Les prix d'huile de palme brut devraient chuter d'environ 19 % par rapport aux niveaux actuels à 2 200 ringgit ($534) la  tonne au cours des deux prochains mois a estimé vendredi le spécialiste Dorab Mistry. Alors que la production mondiale d'huile de palme en  2015/16 devrait chuter beaucoup plus que la prévision de 2,5 millions de tonnes (Mt), une forte reprise  est attendue  l'année prochaine  ce qui devrait compenser le déficit. « Dans l'ensemble de l'année  2015/16, la production d'huile de palme va diminuer de plus de 6 Mt, une baisse historique», a déclaré Dorab Mistry à la conférence de l'industrie Globoil en  Inde. « Il ne faut pas ignorer l'expansion rapide de la production d'huile de palme en Amérique centrale et du Sud » a-t-il averti.

L’Allemagne n’a pas l’intention d’imposer une taxe sur l’huile de palme et un étiquetage sur l’huile comestible. Une déclaration faite à la suite d’une rencontre mardi  à Berlin entre la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre malaisien, Datuk Seri Najib Razak.

Côté entreprise Archer Daniels Midland Company  et Wilmar International Limited  ont annoncé le 26 septembre qu’ils avaient reçu  toutes les approbations réglementaires pour la création de leur joint venture Olenex dédiée au marché européen des huiles et des graisses. Olenex devrait être lancée dans les prochaines semaines.

RIZ

La faiblesse des achats et les perspectives  d’un accroissement de l’offre ont poussé vers le bas les prix du riz  à l'exportation en Inde et en Thaïlande tandis que les prix vietnamiens se sont abaissés à un plus bas d'un an. La récolte principale en Thaïlande, deuxième exportateur mondial de riz après l'Inde, pourrait culminer le mois prochain.

L’arrivée de nouveaux stocks devrait contribuer à une nouvelle baisse des prix, qui pourrait s’établir entre $5 et  $10 la tonne, selon un négociant basé à Bangkok. La récolte principale est attendue à 25,02 millions de tonnes, en hausse de 4,8%, selon le ministère thaïlandais de l’Agriculture. Le Thaï 5% est tombé à $365- $370 la tonne.

En Inde, le 5% étuvé a baissé à $368- $378 la tonne cette semaine en raison de la faiblesse  de la demande. L’inde s’attend aussi à une récolte exceptionnelle, ce qui a contribué à ralentir les achats. Elle pourrait atteindre un record de 93,88 Mt, les pluies abondantes durant la  mousson ayant stimulées  les rendements.

Au Vietnam, le Viet 5% est tombé à $330- $340 la tonne contre  $335- $345 la semaine dernière. Les entreprises des Philippines se sont procurées de petits volumes au Vietnam, même si elles n’ont pas obtenu des quotas d'importation. Toutefois, «la plupart des acheteurs se sont tournés vers le Pakistan ou le Myanmar» a indiqué un négociant ajoutant que le Pakistan offre le 5% à $325. Les exportations de riz du Vietnam devraient chuter de 13,8% cette année à 5,7 millions de tonnes, selon le département américain de l’Agriculture (USDA). Sur les 9 premiers mois de l’année, les exportations ont reculé de 16,4% à 3,76 Mt, selon le ministère vietnamien de l’Agriculture.

SUCRE

Le sucre blanc est reparti de plus belle à la hausse hier et aujourd'hui pour 3 facteurs principalement: d'importants achats des fonds d'investissement, la perspective de revoir l'Inde importer et la hausse des cours du pétrole suite à la décision hier de l'Opep de réduire la production de pétrole. Des prix plus élevés du pétrole conduisent le Brésil notamment à accroître sa production d'éthanol à partir de la canne à sucre et donc à réduire les disponibilités de canne pour la fabrication de sucre, ce qui réduit les volumes de sucre et fait augmenter son prix. Tout s'enchaine.

Le sucre roux était à 24 cents à la mi-journée ; la moyenne mobile sur 10 jours à hier étant de 22,81 cents. Des prix qui devraient se maintenir à des niveaux élevés car d'importants volumes physiques n'arriveront sur le marché avant fin 2017, voire 2018, selon Rabobank.

Le Brésil continue à dominer l'actualité, avec des rumeurs persistantes de révision à la baisse de la récolte à cause de rendements plus faibles mais aussi de l'annonce de pluies pour le mois prochain, ce qui pourrait écourter la saison des broyages. D'ores et déjà, ces deux dernières semaines, plusieurs raffineries ont annoncé terminer leurs opérations environ un mois plus tôt que l'année dernière. Ce qui n'est pas étonnant étant donné que la campagne avait démarré plus tôt, mais aussi que certains régions ont été impactées par al sécheresse et d'autres, comme le Parana, par des gelées, rappelle Rabobank.

A ce stade, Sucden estime à 41 millions de tonnes (Mt) le volume de canne qui sera broyé, ce qui donnerait 2,64 Mt de sucre et 1,83 milliards de litres d'éthanol dans un ratio de 47/53 sucre/éthanol.

Ailleurs dans le monde, lors de la conférence Asie de Platts Kingsman qui s'est déroulée cette semaine, il a été estimé que la production en Inde baisserait à 22-23 Mt sur 2016/17. Ses stocks étant estimés à 4-5 Mt (soit 2 mois de consommation indienne), des importations seront nécessaires pour couvrir les besoins, cette perspective soutenant la hausse des cours. Rabobank voit l'Inde importer en milieu d'année prochaine mais Nick Penney de Sucden considère que cette nécessité d'importer pourrait se heurter au prix du sucre roux qui continue à être si élevé et à cause de la taxe de 40% à l'importation de sucre chez le géant indien. Selon Benoît Boisleux de Louis Dreyfus Commodities, l'Inde  pourrait importer 1 Mt en 2016.17.

Au plan mondial, Rabobank a fortement révisé à la hausse ses estimations de déficit pour 2016/17, qu'il porte à 7,2 Mt maintenant contre 5,5 Mt auparavant mais demeure prudent face à deux facteurs d'incertitude : si ces prix si élevés se maintiennent jusqu'au printemps prochain, les producteurs de betterave européens pourraient fortement augmenter leur ensemencement. Mais ce sucre n'arriverait sur le marché qu'en 2018, Rabobank estimant que les exportations européennes pourraient alors augmenter de 2 Mt. D'ailleurs, sur le marché à terme de New York, l'échéance mars 2018 cote moins cher qu'octobre 2017 alors que d'habitude, mars est plus cher car la récolte brésilienne est achevée depuis longtemps et il y a moins de disponibilités.

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