05 décembre 2019 - 13:37 |

SARA 2019 - Souleymane Diarrassouba, ministre ivoirien du Commerce, conjugue agriculture et libéralisme

A l'occasion de sa visite au SARA 2019, qui s'est tenu du 22 novembre au 1er décembre à Abidjan, le ministre ivoirien du Commerce et de l'industrie, Souleymane Diarrassouba, a expliqué à CommodAfrica en quoi la politique libérale de la Côte d'Ivoire, ouverte tant au reste de l'Afrique qu'à l'Union européenne, pouvait se conjuguer au développement de l'agriculture, sans devoir s'abriter derrière un quelconque protectionnisme. Pour lui, les défis que représentent la démographie africaine et sa jeunesse constituent autant d'atouts. L'ère est nouvelle...

L'agriculture est un secteur qui, à travers le monde, s'est développée sous le couvert de politiques protectionnistes. Or, actuellement, on est à l'heure des accords de partenariat économique (APE) et de la Zone de libre échange continentale (Zlec).  Comment voyez-vous le développement de l'agriculture en Côte d'Ivoire dans un tel contexte ?

En ce qui concerne la Côte d'Ivoire, nous restons un pays libéral, un pays qui est ouvert. La coopération internationale et l'intégration économique sont prévues au point 6 de notre Programme national de développement. Donc, la Côte d'Ivoire, par son histoire et sa composition sociologique, est un pays qui compte 20 à 25% de population étrangère et nous sommes la porte d'entrée de l'Uemoa. Nous travaillons à ce que l'intégration soit une réalité, raison pour laquelle le chef de l'Etat, son Excellence Alassane Ouattara, prend part à toutes les activités concernant le renforcement de l'intégration économique régionale. Car nous pensons sincèrement que c'est à travers l'intégration, le multilatéralisme, que l'Afrique pourra jouer pleinement son rôle au niveau mondial.

Voyez-vous, nous avons réussi -et personne n'y croyait-  à signer en mars 2018 cet accord historique portant sur l'intégration et la Zone de libre échange économique continentale qui implique 55 pays.  Personne n'y croyait. maintenant , les gens nous disent qu'il y aura des difficultés dans la mise en œuvre... Mais nous sommes dans un processus qui est irréversible. Nous sommes en train de travailler sur les traités portant sur la propriété intellectuelle ainsi que sur la concurrence et nous n'avons aucun doute que cela se fera.

Cela ne peut être autrement lorsque nous regardons les perspectives de l'Afrique. En 2050, l'Afrique représentera 25% de la population mondiale et en 2100, 40% de la population mondiale. Face à ces perspectives, l'Afrique n'a pas d'autres choix que de renforcer ses fondations en matière de promotion de l'agriculture pour que l'offre alimentaire soit suffisante pour ses populations. En matière de transformation de ses produits, il s'agit de faire ce qu'on appelle du "add value", de la valeur ajoutée. Et il nous faut créer  des emplois pour ces millions de jeunes. Car nous restons un continent jeune avec plus de 70% de moins de 30 ans.

Ceci dit, la Côte d'Ivoire reste un pays souverain, qui peut contracter avec les autres parties du monde. Raison pour laquelle nous avons signé -comme l'a fait le Ghana- les APE intérimaires qui sont effectivement mis en œuvre dans notre pays depuis le 1er janvier 2019. Donc nous croyons à l'intégration mais nous travaillons aussi, au niveau bilatéral, avec l'ensemble des acteurs mondiaux. Tout ceci est fait en tenant compte de nos intérêts qui sont particuliers, les intérêts de la Côte d'Ivoire et de la région parce que investir et travailler en Côte d'Ivoire, c'est travailler avec les autres parties de l'Uemoa et les autres parties de la Cedeao.

Si vous êtes agriculteur, si vous voulez investir dans des machines, vacciner vos poussins, etc. et vous avez des gros acteurs comme le Nigeria, comme l'UE, comme l'Afrique du Sud, et que vos frontières sont complètement ouvertes, comment les producteurs peuvent-ils se développer ?

Les producteurs peuvent se développer car à travers la libre circulation des biens et services , vous avez des capitaines d'industrie qui peuvent être ivoiriens, qui peuvent être de la région, qui peuvent être internationaux, et qui, compte tenu de la qualité de l'environnement des affaires en Côte d'Ivoire, des particularités de notre économie, peuvent venir investir en Côte d'Ivorie dans le domaine de l'agriculture et ils auront l'avantage d'avoir un marché unique.

Je pense qu'il peut y avoir aujourd'hui quelques problèmes conjoncturels ici et là, mais pour moi, ce sont des problèmes qui vont passer. On ne peut pas fermer indéfiniment les frontières et prendre des mesures protectionnistes ici et là. Il y a eu quelques difficultés mais des travaux sont en cours au niveau de la Cedeao et ce sont des problèmes qui vont trouver des solutions. Et l'Afrique, à travers ses 8 communautés régionales dont la Cedeao, devra continuer -comme l'avaient déjà prévu les Pères fondateurs depuis 1963 et en 1991 à Abuja- cette marche vers l'intégration économique africaine.

Mais un tel projet ne peut pas se faire sans difficulté. Il peut y  avoir des écueils, des velléités protectionnistes, mais nous pensons que tout le monde est d'accord qu'il faut aller de l'avant. Et nous continuons à croire qu'aujourd'hui notre agriculture doit être mécanisée, elle doit répondre aux exigences de l'industrie 4.0 avec la technologie, les innovations. C'est ce que nous encourageons. Il s'agit aussi de promouvoir des cultures alternatives, des méthodes innovantes d'irrigation pour que notre production s'étale sur toute l'année et moins dépendre des saisons des pluies, des produits de contre-saison, etc.

Le gouvernement a pris conscience de tout cela et c'est pourquoi notre politique agricole s'est dotée d'un Plan national d'investissement agricole (PNIA2) et aussi de cette exposition, le SARA, qui permet aux professionnels du secteur, aux chercheurs, aux opérateurs économiques, de se retrouver pendant 10 jours pour parler de la problématique du développement de l'agriculture mais surtout de l'agriculture intelligente pour le devenir de notre pays.

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