05 août 2016 - 09:00 |

La Chronique Matières du Jeudi (05/08/2016)

Pour la première fois depuis 2009, la Banque d'Angleterre a baissé son taux d'escompte, ce qui a fait baisser la livre sterling, créant encore un peu plus de confusion sur les marchés monétaires et donc sur les marchés de matières premières en général. La fermeté du dollar, quant à lui, pèse sur la plupart des matières premières. Une baisse des prix des matières qui, au mois d'août, est plutôt habituelle en raison d'un ralentissement généralisé de l'activité en cette période estivale et de vacances pour nombre d'opérateurs.

CACAO

Le marché du cacao est toujours aussi volatile, avec une forte hausse à New York lundi, suivie d'une baisse mardi, puis la fève est repartie à la hausse mercredi (+ $ 100 la tonne, sa plus forte hausse sur une seule séance depuis 6 mois) pour glisser hier et clôturer à Londres à £ 2 404 la tonne. Toutefois, le prix de la fève est en hausse par rapport à vendredi dernier, lorsque la tonne a clôturé à £ 2 297.

Difficile, donc, de dégager une vraie tendance. Le marché est actuellement en déport, avec les échéances les plus éloignées qui sont moins chères que les plus rapprochées car la récolte 2016/17 s'annonce plutôt bonne. En revanche, pour la campagne en cours, 2015/16, qui s'achève le 1er octobre prochain, on prévoit toujours un déficit.

Au Cameroun, la campagne 2015/16 s'est achevée le 1er août, soit plus tôt que dans les autres pays africains producteurs (30 septembre), sur une belle note. En effet, la production a fait un bond de près de 16%, à 269 495 tonnes (t), selon l'Office national du café et du cacao (ONCC), surpassant ainsi son record de 240 000 t atteint en 2010/11. Depuis lors, les volumes récoltés ont fluctué au gré des maladies, insectes et sécheresses. Ceci dit, le 4ème producteur africain poursuit son ambition d'atteindre les 600 000 t d'ici 2020. Rappelons que le Cameroun entend aussi transformer davantage de fèves sur place; l'année dernière il avait annoncé accroître de 30% ses capacités, en créant 10 nouvelles unités de transformation.

En Côte d'Ivoire, en cette queue de campagne, c'est de plus en plus l'heure des bilans chiffrés. Les arrivages de cacao aux deux ports de San Pedro et d'Abidjan auraient totalisé 1 434 000 t au 31 juillet et depuis le début de la campagne, le 1er octobre dernier, estiment les exportateurs. Ceci serait en baisse de 13% par rapport à la même période la campagne dernière. Entre le 25 et le 31 juillet, seulement 6 000 t auraient été livrées aux ports contre 21 000 t cette même semaine l'année dernière, toujours selon les exportateurs.

En revanche, s'agissant des exportations effectives de fèves, les statistiques provisoires portuaires font état de 1 059 823 t à fin juin et depuis début octobre, soit quasiment le même volume que la campagne dernière à pareille époque (1 025 016 t), en hausse même de 0,6%.

Côté Indonésie, plus spécifiquement à Sulawesi, la plus importante région de production du pays insulaire, les exportations seraient en chute de 50% en juillet, à 4 131 t.

Côté entreprises, selon Reuters,  l'italien Ferrero aurait soumis une offre d'achat pour acheter Delacre, le fameux biscuitier belge, détenue par le groupe agroalimentaire turc Yildiz depuis 2014.

CAFE

Les bonnes conditions dans lesquelles se déroule actuellement la récolte d'Arabica au Brésil pèsent sur le prix de cette variété de café cotée sur le marché à terme de New York. La livre d'Arabica a touché $ 1,3685, le plus bas depuis fin juin, mais s'est ressaisi pour clôturer jeudi à $ 1,421 la livre sans toutefois retrouver son niveau de clôture vendredi dernier ($ 1,462).

Le Robusta s'est aussi inscrit à la baisse jeudi, clôturant la période sous revue à $ 1 871 la tonne à Londres, un prix toutefois supérieur à sa clôture vendredi dernier ($ 1 848). Car le Robusta est soutenu par la perspective de flux moins importants qu'escomptés du Vietnam, n°1 mondial, et d'Indonésie. Ainsi, le négoce estime que le Vietnam n'exportera que 100 000 à 120 000 tonnes (t) en août contre 130 000 t en juillet.

De son côté, l'Indonésie s'attend à exporter 5 à 10% de moins cette année par rapport aux 400 000 t exportées en 2015, selon l'association de l'industrie En effet, les conditions météorologiques ne sont guères favorables et la demande locale est en hausse.

La Côte d'Ivoire aurait exporté 38 401 t sur le premier semestre 2016, à fin juin, en hausse de près de 40% par rapport à la même période l'année dernière, selon les données portuaires provisoires.

S'agissant des Arabica, le Costa Rica devrait enregistrer une hausse de 16,3% de ses exportations en juillet par rapport à il y a un an, ses volumes sur les 10 premiers mois de la campagne 2015/16 étant en hausse de 4,5%, à 1,1 million de sacs de 60 kg (Ms). Quant au Brésil, selon les rumeurs de marché, 65 000 sacs d'Arabica devraient être vendus aux enchères le 11 août.

CAOUTCHOUC

Le caoutchouc naturel a clôturé jeudi, sur le marché à terme de Tokyo, à son plus faible prix en 3 semaines, à 150,7 yens le kilo. En cause, un marché globalement baissier également à Shanghai et une baisse des prix du pétrole, ce qui impacte le prix du caoutchouc synthétique, dérivé du pétrole, et concurrent du caoutchouc naturel.

"Le marché du caoutchouc devrait demeurer baissier car la hausse de production en Asie du Sud-Est, après l'hivernage, inquiète, un yen plus fort et une glissade des ventes d'automobiles aux Etats-Unis", explique Hiroyuki Kikukawa qui dirige le département recherche de Nissan Securities.

L'Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (ANRPC, de son sigle anglais) a contribué à cette déprime en estimant qu'il n'est guère probable que la demande se ressaisisse d'ici la fin de 2016, voire même en 2017, selon son étude de marché de juillet qui vient de paraître.

Pourtant, lundi, les statistiques provenant de Chine avaient fait état d'une activité manufacturière à la hausse en juillet pour la première fois en 17 mois. Une annonce qui a permis aux prix du caoutchouc de se ressaisir après son plongeon de vendredi dernier, mais qui ne les a pas empêché de repartir à la baisse dès la lendemain.

COTON

Le coton a clôturé jeudi sur le marché à terme de New York à son niveau de prix le plus élevé en plus de deux ans. Ils ont franchi le seuil psychologique des 75 cents, terminant à 75,83 cents, après avoir oscillé durant la séance hier entre 73,77 et 76,19 cents. Vendredi dernier, la fibre a clôturé à 74,04 cents la livre.

En cause, des achats techniques mais aussi une météorologique inquiétante dans les zones de production aux Etats-Unis, en Chine et en Inde où, ces deux dernières semaines, il n'a pas suffisamment plu notamment dans l'importante région de production indienne de Gujarat, alors que c'est la pleine mousson. La Chine, quant à elle, a été impactée par des inondations à l'Est du pays tandis que la culture dans le Xinjiang a subi des températures très élevées.

Autre facteur de hausse des prix, la nouvelle estimation du Comité consultatif international du coton. L'ICAC, de son sigle anglais,  fait maintenant valoir des stocks de fin de campagne 2016/17 en baisse, à 18,63 millions de tonnes (Mt), alors qu'en juillet il les estimait encore à 19,66 Mt. La production 2016/17 serait de 22,89 Mt (22,73 Mt estimée en juillet) face à une consommation révisée à la hausse à 23,93 Mt (23,66 Mt). Les importations mondiales seraient de 7,44 Mt (7,44 Mt) et les exportations de 7,54 Mt (7,44 Mt).

Ces fondamentaux haussiers suscitent des craintes. "Je pense que ceci va attirer un accroissement massif des superficies, si les prix demeurent à de tels niveaux tout l'hiver. Et ceci arrive à un moment où la Chine déstocke, et je ne pense pas que le monde veuille encore 5 à 6 millions de balles supplémentaires", souligne Roger Varner, président de Varner Brokerage dans le Mississipi.

En outre, un cours élevé du coton incite les industries textiles, notamment en Inde, à utiliser un peu plus de fibres synthétiques comme le polyester ou le viscose. Le prix du coton est, en effet, passé de 98 roupies le kilo en avril à 129 roupies actuellement en Inde.

Aux Etats-Unis, 50% de la récolte serait en bonnes ou excellentes conditions, selon le rapport hebdomadaire du département de l'Agriculture (USDA), publié lundi, contre 52% la semaine dernière.

La Chine, en effet, poursuit sa politique d'allègement de ses stocks. Hier, elle a vendu aux enchères 6 824 t, la fibre trouvant preneur au prix moyen de $ 2 059,61 la tonne. Ces 6 824 t ont représenté 22,7% de la quantité totale mise aux enchères hier. En, revanche, mercredi, elle a vendu 14 200 t, soit 47,29% des volumes totaux mis en vente.

En Côte d'Ivoire, les exportations de coton au premier semestre ont grimpé de 1,5% par rapport au premier semestre 2015, à 282 748 t, selon les données portuaires provisoires. A noter, toutefois, que sur le seul mois de juin, les exportations n'ont été que de 38 675 t contre 41 962 t en juin 2015.

HUILE DE PALME

L'huile de palme a clôturé jeudi, sur le marché leader de Kuala Lumpur, à son niveau le plus élevé en 7 semaines, à $ 604 la tonne, grâce à une demande soutenue. Vendredi dernier, elle avait clôturé à $ 574. Ainsi, durant cinq sessions consécutives, les prix ont grimpé. Un véritable revirement de tendances car, ces trois dernières semaines, l'huile de palme s'échangeait aux plus bas depuis 8 mois.

"La demande est bonne et il y a une bonne couverture sur le marché car l'approvisionnement est étroit pour le mois d'août", explique un trader à Kuala Lumpur, interrogé par Reuters. Sur l'ensemble du mois de juillet, les expéditions d'huile de Malaisie, n°2 mondial derrière l'Indonésie, a augmenté de 12 à 15%, selon les données de SGS. Rappelons qu'en juin, les expéditions de Malaisie avaient chuté de près de 12% par rapport au mois de mai. La reprise  a donc été au rendez-vous en juillet.

Les prix de l'huile de palme sont également soutenues par des cours des huiles concurrentes, comme le soja, également à la hausse, tandis que le colza a bien grimpé récemment, soutenu par la perspective d'une faible récolte cette année en Europe.

Sur le marché européen du physique, les prix sont également à la hausse, les livraisons sur octobre/décembre se faisant à $ 622,50 la tonne, en hausse de $ 7,50 sur la veille.

RIZ

Le marché asiatique du riz a été très calme ces derniers jours. Les prix thaïlandais et indiens ont légèrement baissé face à une demande atone, tandis qu'au Vietnam, ils demeuraient stables.

Mercredi, le Thaï 5% brisures a glissé, les transactions se faisant dans une fourchette de prix allant de $ 410 à $ 432 la tonne FOB contre $ 415-432 la semaine précédente. Une tendance qui refléterait bien une absence de demande et non une quelconque conséquence des deux mises aux enchères la semaine dernière par le gouvernement thaïlandais de 3,81 millions de tonnes (Mt) de riz de ses entrepôts. Notons que lundi, le gouvernement a fait marche arrière quant aux volumes à mettre en vente ainsi. Il a annoncé que seulement 45 450 t seraient vendues lors de sa première enchère de la semaine, lundi, soit 2,79% seulement de la quantité totale qu'il souhaitait ainsi mettre sur le marché cette semaine et qui était de l'ordre de 1,6 Mt. Un rétropédalage lié à la faiblesse actuelle des cours.  Au total, le pays aurait 9 Mt de riz dans ses entrepôts à travers le pays.

La Thaïlande qui devrait exporter 9,5 Mt de riz en 2016, selon l'Association des exportateurs de riz, soit une révision à la hausse de prévisions initiales, plus en ligne, d'ailleurs, avec les prévisions gouvernementales.  Sur les premiers et seconds trimestres, le n°2 mondial aurait exporté 4,99 Mt, a souligné l'Association, précisant qu'on s'attendait à une forte demande sur la marché international au dernier trimestre de cette année, ce qui boostera les volumes vendus par la Thaïlande.

Quant à l'Inde, le prix de ses 5% brisures a baissé de $ 2 la tonne cette semaine, trouvant preneur à $381-391. C'est la faiblesse de la demande de l'Afrique qui aurait fait baisser ce marché, explique un exportateur à Kakinada, dans l'Etat du Sud de l'Inde de l'Andra Pradesh. Notons qu'au 29 juillet, les superficies emblavées en riz en Inde sont légèrement à la hausse par rapport à l'année dernière, à 23,19 millions d'hectares contre 22,57 millions.

Au Vietnam, 3è exportateur mondial après la Thaïlande et l'Inde, les prix de 5% brisures de la récolte été-automne sont demeurés stables par rapport à la semaine dernière, à $ 360-365 la tonne FOB. Un marché qui demeure dans l'attente des résultats des ventes aux enchères en Thaïlande, selon un trader à Ho Chi Minh City.

SUCRE

Cette semaine encore, ce sont la récolte et les broyages au Brésil, qui vont bon train, qui ont impacté les marchés à terme. Mercredi, le sucre roux a atteint son plus faible prix en 5 semaines, ce qui n'est, d'ailleurs, pas inhabituel : le mis d'août est, en règle générale, peu propice à une hausse des cours du sucre.  Certains analystes avancent que les fonds d'investissement pourraient se désintéresser de ce marché, ce qui ferait baisser les prix. Rappelons que la semaine dernière, le sucre roux est tombé à 18,71 cents la livre, son plus bas depuis le 24 juin.

Toutefois, en symbiose avec les cours du café, le sucre roux est remonté à la clôture jeudi, déclenchant des ordres automatiques d'achat. Une hausse soutenue par un regain de fermeté du réal, la monnaie brésilienne, face au dollar. Or, un real fort signifie que moins de sucre brésilien sera mis en vente à l'export, soit une disponibilité moindre sur les marchés mondiaux, ce qui conduit les cours du sucre à la hausse.

Ainsi,  le sucre roux a clôturé jeudi à New York à 19,7 cents la livre contre 19,05 cents vendredi dernier, et la tonne de sucre blanc à $ 542, 70 sur le marché à terme de Londres contre $ 528,40 vendredi.

Ceci dit, le cabinet d'analyse Capital Economics estime que le prix du sucre roux chutera à 17,5 cents d'ici la fin de l'année mais pourrait retrouver des niveaux de l'ordre de 18,5 cents vers la fin 2018 en raison de stocks mondiaux en baisse.

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