05 octobre 2017 - 20:45 |

L’appétit pour le coton africain va-t-il durer ?

Les producteurs africains de la Zone Franc avaient  de bonnes raisons de se réjouir  lors du traditionnel dîner annuel de l’Association française cotonnière (Afcot), qui s’est déroulé le 3 octobre à Deauville. Tandis que la production de coton a rebondi en 2016/17, le coton africain très prisé a bénéficié de primes historiquement élevées alors même que les cours mondiaux ont été soutenus tout au long de l’année. Toutefois l’avenir pourrait être moins brillant. La campagne 2017/18 s’annonce au niveau mondial pléthorique, ce qui devrait logiquement exacerber la concurrence et peser sur les prix.

Le coton africain plébiscité

C’est à un véritable engouement pour le coton africain auquel le marché a assisté depuis deux campagnes. Les filateurs apprécient aujourd’hui sa qualité et sont prêts à payer le prix. Celui qui est devenu le premier importateur mondial de coton, devant le Vietnam et la Chine, le Bangladesh, en est le premier client. Les importations de coton de la zone franc, négligeables il y a deux à trois ans, représentent 22% de l’approvisionnement du Bangladesh en 2016/17, souligne Michael Edwards, directeur de Cotton Outlook. Un engouement qui s’est traduit par des primes historiquement élevées. Ainsi sur l’année 2016/17, elles s’établissaient à un peu plus de 10 cents la livre pour le coton zone franc CAF au dessus du cours du marché à terme de New York, et à plus 12 cents sur les deux premiers mois de la campagne 2017/18 (cf. graphique ci-dessous).

Si chacun s’accorde pour reconnaître la qualité du coton africain, des facteurs extérieurs ont propulsé vers le haut la demande. Le premier est venu de l’Inde, principal concurrent de l’Afrique et deuxième exportateur mondial. En 2015/16, la récolte du coton au Pakistan a été réduite ce qui conduit l’Inde à exporter davantage de coton vers ce pays. Autant de coton indien en moins venant concurrencer le coton africain en Asie et ailleurs, souligne Franck Niedergang de Cofco International et président de l’Afcot. Pour la campagne 2016/17, la concurrence de l’Inde a été aussi moins vive mais pour d’autres raisons. En novembre 2016, le gouvernement Modi décide brutalement de retirer les principaux billets de banque en circulation causant de nombreux disfonctionnements dans l’économie. Les exportations de coton n’ont pas été épargnées, elles se sont considérablement ralenties, les espèces manquant pour acheter le coton. En outre, ajoute un autre négociant, jusqu’à cette année, le coût d’acheminement du coton américain au Bangladesh était supérieur, de l’ordre de 2 cents, par rapport à une livraison en Chine ou au Vietnam.

Pour la campagne en cours, les cartes sont rabattues et l’environnement semble moins favorable au coton africain alors même que la production de la zone franc est très bien orientée.

Surproduction mondiale de coton

En effet, après deux campagnes déficitaires, la production mondiale de coton devrait être légèrement supérieure à la consommation. Dans les principaux pays producteurs, la production est attendue en hausse, Etats-Unis et Inde en tête. Aux Etats-Unis, la récolte, en dépit des ouragans qui ont frappé le pays début septembre, devrait être la meilleure depuis plus de 10 ans. En Inde, la production progresserait de 11% à plus de 6,5 millions de tonnes (Mt). Ces disponibilités abondantes sur le marché devraient peser sur les prix mondiaux du coton et rendre très vulnérable la prime sur le coton africain. Une prime jugée excessive dès aujourd’hui par de nombreux négociants avec un risque de contrepartie non négligeable.

Un consensus donc baissier sur le marché du coton mais « il faut se méfier du consensus car très souvent le marché du coton nous surprend » souligne Michael Edwards, qui revendique un certain optimisme. L’espoir viendra de la Chine, qui dictera une fois de plus l’orientation du marché.

Depuis, la réorientation de sa politique en 2014/15, la Chine a réduit de près de 50% le stock de sa réserve par des ventes aux enchères qui ont permis de combler son écart de production par rapport à sa consommation dans un contexte de limitation de ses importations de coton à environ un million de tonnes. Avec des stocks chinois aujourd’hui évalués à environ 5,3 Mt et un déficit structurel entre la production et la consommation de 3 Mt, la Chine devra tout ou tard augmenter ses importations de coton. Quand cela se passera-t-il ? C’est la question qui agite le monde du coton.

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