12 mai 2016 - 23:00 |

La Chronique Matières du Jeudi (12/05/2016)

La situation politique au Brésil n'a pas été sans conséquence sur les marchés des matières premières cette semaine, le géant latino-américain ayant une place majeure sur nombre de marchés (café, sucre, soja, etc…). L'incidence immédiate attendue de la destitution de Dilma Roussef est sur la monnaie brésilienne, le real, qui n'a cessé de baisser dernièrement. Un raffermissement de celui-ci serait un facteur haussier pour nombre de produits car le Brésil serait moins compétitif sur les marchés mondiaux et, par conséquent, mettrait moins de volumes sur les marchés comme il l'a fait dernièrement.

 

CACAO

Le cacao, tant sur le marché de Londres que de New York, a terminé à la baisse, respectivement à £ 2 225 et $ 3 064 la tonne.

En Côte d'Ivoire, le temps est toujours très chaud et sec ce qui laisse craindre pour la campagne intermédiaire qui court d'avril à septembre. Il faut des pluies abondantes pour que la récolte se poursuive dans de bonnes conditions.

Au 8 mai et depuis le début de la campagne, le 1er octobre, les arrivages de fèves aux ports d'Abidjan et de San Pedro ont totalisé 1 269 000 t contre 1 373 000 t sur la même période la campagne précédente. A noter que le port de San Pedro a connu une progression de près de 10% de ses exportations de fèves entre le 1er octobre et fin avril, à 515 273 t contre 469 425 t à fin avril 2015. En revanche, ses exportations de produits semi-transformés (beurre, poudre) ont diminué de 3%, à 104 615  t contre 108 119 t.

Au Ghana, n°2 mondial du cacao, la situation est plus délicate. La récolte intermédiaire démarre dans environ un mois mais nombre de producteurs et de traders considèrent que le manque de pluie ne lui permettra pas d'engranger une récolte suffisante pour parvenir à l'objectif de campagne de 850 000 tonnes (t) de fèves avancée par les autorités. Certains producteurs évoquent des chutes de rendement de l'ordre de 40% par rapport à 2014/15, d'autres sont moins alarmants. Rappelons qu'en 2014/15, la production n'avait été que de 730 000 t alors que l'objectif avait été fixé à 1 million de tonnes car la météo n'avait pas été au rendez-vous tout comme les intrants agricoles (engrais et pesticides) qui étaient insuffisants et distribués trop tard. En 2015/16, les intrants ont été davantage au rendez-vous. Certains traders parlent de 650 000 t déjà vendues à partir de la récolte principale qui a démarré en octobre, le chiffre de 80 000 t étant avancé par certains pour la récolte intermédiaire.  Grosso modo, de nombreuses prévisions et estimations tournent autour de 750 000-780 000 t. Mais, au-delà de cette campagne en cours, on s'inquiète d'une perte de vitesse plus durable du Ghana sur la scène cacaoyère car le verger et les planteurs sont âgés. Et la relève n'est guère au rendez-vous. Un problème commun à la plupart des pays producteurs africains, que ce soit la Côte d'Ivoire, le Cameroun ou le Nigeria.

Côté importation, la Russie a augmenté de plus de 30% ses achats de fèves sur le marché mondial au premier trimestre, à 8 100 t contre 6 300 t début 2015.

CAFE

Les prix du Robusta demeurent fermes, portés par le temps très sec en Asie lié à El Niño, notamment au Vietnam, n°1 de cette variété de café, et en Indonésie où la récolte démarre en juin. La tonne a touché un plus haut en 6 mois à $ 1 684 sur le marché à terme de Londres. En Asie, les différentiels des cafés vietnamiens par rapport aux prix de Londres ont baissé par rapport à la semaine dernière, à $ 30-40 pour le Grade 2, 5% brisures et grains noirs, contre $ 50 à 55 la semaine dernière. Pour le Grade 1 screen 16, la prime était de $ 80 à 85 contre $ 100 fin avril. En réalité, les traders attendent maintenant le café frais qui devrait être récolté bientôt en Indonésie.

L'Arabica n'est pas en reste. Durant 7 jours consécutifs de marché, son prix a augmenté, terminant à un plus haut en 3 semaines à $ 1,307 la livre. La semaine dernière, il avait sombré à un plus bas en deux mois. Pour certains, les éléments politiques au Brésil impactent le marché de l'Arabica dont Rio de Janeiro est le n°1 mondial, mais pour d'autres, le risque est déjà intégré dans le prix.

Au Kenya, les prix ont grimpé aux ventes aux enchères qui se sont tenues cette semaine au Nairobi Coffee Exchange. Le Grade AA a oscillé dans une fourchette  allant de $ 70 à $ 300 le sac de 50 kg contre $ 51-281 la semaine dernière. Le Grade AB, pour sa part, a trouvé preneur entre $ 57 et 263 contre $ 51 et 250.

Côté importation, la Russie a augmenté de plus de 8% ses achats de café sur le marché mondial au premier trimestre, à 41 000 t contre 37 900 t début 2015.

CAOUTCHOUC

Si les cours du caoutchouc se sont légèrement repris jeudi avec l’affaiblissement du yen face au dollar, la tendance était plutôt baissière sur la semaine sous revue. Lundi, les cours ont touché un  plus bas d’un mois à 180 yens le kilo pour clôturer à 180,7 yens ($1,67) le kilo dans une cinquième séance consécutive de baisse. Le contrat de caoutchouc le plus actif sur le marché à terme de Shanghai pour la livraison septembre SNRcv1 a chuté de 505 yuans pour finir à 11 785 yuans. Toujours en toile de fonds les inquiétudes sur la demande chinoise avec des exportations et importations en Chine qui ont chuté plus qu’anticipé en avril effaçant les espoirs d’une reprise de la deuxième économie mondiale. .

Le ministère chinois du Commerce a annoncé lundi qu'il lancerait un examen anti-dumping sur le caoutchouc chloroprène importé du Japon, des États-Unis et de l'Union européenne (UE) à partir du 10 mai. Le but de cet examen, qui durera jusqu'au 9 mai 2017, est de déterminer si le dumping continuera de porter atteinte à l'industrie chinoise du caoutchouc chloroprène en cas de fin des droits anti-dumping, selon un communiqué du ministère.

En mai 2005, le ministère a imposé des droits anti-dumping variant de 2% à 151% sur le caoutchouc chloroprène importé du Japon, des Etats-Unis et de l'UE, pour une durée de cinq ans. Les droits anti-dumping ont été prolongés de cinq ans en 2011 et sont arrivés à terme le 9 mai. Les mesures anti-dumping seront maintenues pendant la durée de l'examen.

COTON

Les cours du coton se sont repliés pour la troisième séance consécutive mercredi clôturant à 60,6 cents la livre pour le contrat de juillet sous la pression des pertes du marché des céréales.

Dans son rapport mensuel sur l’offre et la demande mondiale, le département américain de l’Agriculture (USDA) a relevé ses estimations sur les stocks de coton aux Etats-Unis pour 2015/16 mais les a abaissées pour les stocks mondiaux 2016/17.

Avec une consommation qui dépasse pour la deuxième année consécutive la production, les stocks mondiaux se réduiront de plus de 6 millions de balles. La production mondiale devrait augmenter de près de 5%, en dépit d’une baisse marginale des superficies grâce à une amélioration des rendements, qui avaient été affectés en 2015/16 par les conditions climatiques et la pression des ravageurs. La production devrait augmenter principalement au Pakistan, aux Etats-Unis, en Inde et en Turquie, partiellement compensée par une réduction de 1,3 million de balles pour la Chine. La consommation mondiale devrait augmenter de 1,6%. Les stocks de clôture sont estimés  à 96,5 millions de balles, soit 87% de la consommation mondiale.

Suite à la mauvaise récolte 2015/16 et aux prises avec des dettes, les producteurs de coton en Côte d’Ivoire ne seraient pas incités à planter du coton lors de la prochaine campagne, ce qui pourrait compromettre la reprise attendue de la production, selon un reportage réalisé par l’agence Reuters. «Nous sommes découragés par le coton. Le problème n’est pas la pluie. Nous pensons que ce sont les mauvaises semences et engrais » a déclaré Bakari Sekongo, près du village de Sohouo dans la ceinture de coton du nord de la Côte d'Ivoire. Ajoutant que le rendement n'a même pas atteint 800 kilogrammes par hectare alors qu’habituellement il tourne autour de 1 tonne à l’hectare. Tuo Lacina, président de l’Intercoton, a indiqué que l’objectif de production en 2016/17 était de revenir au niveau de 2014/15, soit 450 000 tonnes, contre 310 000 tonnes en 2015/16. Mais il a reconnu que de nombreux producteurs ont été blessés par la mauvaise récolte de la dernière campagne. « Tout le monde a enregistré des  pertes : les agriculteurs, les transporteurs et  les égreneurs »a-t-il dit.

En Égypte, le ministère de l’Agriculture a annoncé mardi que le prix du qintar (160 kilos) de coton serait de 1 250 livres égyptiennes (€124) contre EGP 1300 l’année dernière.   Le prix de EGP 1 250 livres sera  pour les variétés Giza 86 et Giza 87 et EGP 1 100 pour les Giza 90 et Giza 91. Selon le ministère de l'Agriculture, l’Egypte devrait produire 395 000 balles de coton en  2016/17 qui commence en juillet, en hausse de 23 % par rapport à 2015/16 grâce à une  amélioration de  la qualité des semences et à une hausse des superficies récoltées.

L'Ouzbékistan a réduit la taille des terres agricoles allouées à la culture du coton de 2,3% cette année selon l’agence Fergana basée à Moscou. Dans le cadre d'un programme national de cinq ans sur la réforme et le développement du secteur agricole, 1 267 500 hectares de terres arables ont été alloués pour la culture de coton cette année, selon le Comité d'Etat des statistiques. En Janvier, le président Islam Karimov a annoncé un plan pour réduire la production et les marchés publics de coton brut de 3,35 millions de tonnes à 3 Mt d'ici 2020.

HUILE DE PALME

Les cours de l’huile de palme en Malaisie se sont abaissés jeudi, accusant la plus forte baisse en une semaine, dans le sillage de la baisse de l’oléine de palme sur le Dalian Commodity Exchange  en Chine. Le contrat de l'huile de palme pour la livraison Juillet  sur la Bursa Malaysia Derivatives Exchange a clôturé  jeudi à 2 646 ringgits ($659) la tonne, en recul de 1,2%, marquant une deuxième baisse sur quatre séances cette semaine. Une baisse favorisée aussi par l’appréciation du ringgit. Le contrat  de septembre Dalian Commodity Exchange  a diminué de 2,9% jeudi.

Toutefois, l’huile de palme est en hausse de 0,6% sur une base hebdomadaire, en bonne voie  pour une deuxième semaine consécutive de gains. «En général ce mois-ci devrait être meilleur pour l'huile de palme. Comme nous entrons dans la fête musulmane, les exportations devraient améliorer", a déclaré un négociant. Le mois du Ramadan, commence au début de Juin.

En Malaisie, les stocks se sont abaissés de 4 ,5% en avril avec une croissance de la production inférieure à celle attendue. La production a progressé de 6,7% en avril à 1,3 Mt contre une hausse de 13,2% à 1,69 Mt en avril 2015. Les exportations ont progressé de 21,9% à 391 222 tonnes du 1ER au 10 mai selon Intertek Testing Services et de 32,3% selon SGS.

La semaine dernière, un porte-parole du président indonésien Joko Widodo a annoncé la mise en place d'un moratoire concernant l'exploitation de l'huile de palme et l'industrie minière en Indonésie. Dès cette année et pour une durée indéterminée, le gouvernement suspend l'adoption de tous les nouveaux permis, stoppant ainsi l'expansion de ces deux activités sur les îles de l'archipel. 

Côté entreprise Wilmar International  a réalisé un bénéfice net de $239,4 millions au  1er trimestre 2016 en hausse de 3,2%  par rapport au 1er trimestre 2015 et ce en dépit d’une baisse du chiffre d’affaires de 4,3% à $ 9 milliards en raison de la baisse des prix des commodités.

Le segment des oléagineux et des céréales a augmenté son bénéfice avant impôts de 1,6% à  $168 millions et la division sucrière a  réduit sa perte avant impôts de $68 millions à $18,2 millions.

RIZ

Les prix vietnamiens  du riz à l’exportation sont demeurés stables cette semaine avec une faible demande en partie en raison d’un ralentissement des achats transfrontaliers de la Chine,  tandis que les prix thaïlandais demeurent élevés à un sommet de neuf mois.

Le Viet 5%  est inchangé  depuis fin Avril à $370- $375 la tonne. Le  Thaï 5% est également resté inchangé à $ 398- $ 400 la tonne. À 400 $ la tonne, le prix est le plus élevé depuis le 24 Juillet 2015, selon les données Reuters.

Les cours du riz  poursuivent leur redressement. En avril, les cours mondiaux sont restés fermes pour le troisième mois consécutif, indique Patricio Mendez del Villar dans sa dernière lettre mensuelle Osiriz. La hausse a surtout porté sur le riz thaïlandais et pakistanais. « Cette fermeté tient davantage à la diminution des stocks mondiaux et de l’offre d’exportation qu’aux perspectives d’une baisse significative de la production mondiale pour des raisons climatiques. En effet, le phénomène El Niño pourrait s’atténuer dans les prochaines semaines, notamment dans les régions sud et sud-est asiatique, et laisser la place au phénomène climatique La Nina, mais à partir du dernier trimestre 2016 seulement », précise-t-il.

En Afrique subsaharienne,  la demande d’importation devrait pour la première fois depuis 2008, être en baisse en 2016, estime Patricio Mendez del Villar. Une baisse toutefois conditionnées à la réduction effective des importations nigériane. Or, la production de riz devrait baisser de 3% en raison de mauvaises les conditions climatiques.

Le Nigeria ambitionne d’arrêter en 2018 les importations de riz,  blé,  sucre,  coton, concentré de  tomates et la viande transformée selon une déclaration du ministre d'État pour le Commerce et l'industrie, Aisha Abubakar.

SUCRE

Les soubresauts du sucre roux sur le marché à terme de New York se poursuivent. Hier, la livre grimpait à des niveaux de prix les plus élevés depuis 18 mois, à 16,87 cents,  pour redescendre aujourd'hui , à 16,62 cents, notamment sur des prises de bénéfices. En effet, l'Asie est à la vente, voulant profiter des prix élevés de la veille, et les déboires politiques du Brésil (n°1 mondial du sucre) font encore baisser la monnaie, le real, ce qui conduit les producteurs et exportateurs brésiliens à vendre. D'où la présence d'importants volumes sur le marché et la baisse des cours.

Le sucre blanc, quant à lui, termine aussi en baisse, à $ 476,40 la tonne.

Au-delà de ces mouvements ponctuels, la tendance globale demeure nettement haussière car le déficit se confirme bien et le temps très sec dans plusieurs pays d'Asie, dont l'Inde, inquiète. Investisseurs et spéculateurs ont des positions très longues, misant sur une hausse des cours, l'évolution des cours étant largement entre leurs mains.

En Afrique, le plus important acteur sucrier en  Zambie, Zambia Sugar Plc, a enregistré une baisse de 10% de sa production cette campagne 2015/16 qui s'est achevée fin mars, par rapport à la précédente, à 380 400 t contre 424 000 t de sucre. La raison? Ici encore, un temps très sec mais aussi des coupures d'électricité importantes qui ont impacté les opérations d'irrigation ainsi qu'une invasion de pucerons sur la canne.

En Russie, les importations de sucre roux ont chuté de 23% au premier trimestre par rapport à l'année précédente, à 181 100 t contre 235 300 t. Les achats de sucre blanc demeurent marginaux mais sont en légère hausse, à 12 400 t contre 11 800 t au premier trimestre 2015.

Sur les marchés à terme, ICE Futures Europe a annoncé mercredi lancer le 20 juin son contrat à terme de sucre blanc conteneurisé, avec sa première échéance en septembre 2016. Ce contrat devrait, sans doute, supplanté le contrat existant qui est du sucre vrac, le commerce conteneurisé prenant le pas quasiment sur toutes les matières premières. Selon les traders, aujourd'hui, 75% environ du commerce physique de sucre blanc à travers le monde se fait en conteneurs et ceci devrait encore se développer.

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