20 mars 2020 - 15:32 |

La Chronique Matières Premières Agricoles au 19 mars 2020

Le bilan s'alourdit : le coronavirus a fait près de 10 000 morts à travers le monde et touché 242 000 personnes. "Cette semaine, nous avons vu le Dow toucher un creux de trois ans, les prix du pétrole se replier à plus bas depuis 2003, et même si avons vu un beau rebond sur les cours hier, cela reste une semaine horrible pour l'or noir - et le vrai or n'a quant à lui pas jouer son rôle de valeur refuge, pour tomber à creux de près de six mois", confiait ce matin Michael Hewson, analyste marchés chez CMC Markets, à Reuters. "Pour l'instant, le dollar américain est le seul endroit où les gens veulent être, ce qui rend le rebond d'hier sur les marchés d'actions un peu suspect et bien prématuré de penser que nous avons touché un seuil à court-terme, après cinq semaines de déclin".

Ceci dit, la nouvelle intervention hier des banques centrales, dont la Banque centrale européenne, a contribué à une nette détente sur les marchés financiers : hier soir les bourses européennes comme celles d'Asie et de New York ont fini en hausse. Le dollar grimpe en valeur car très recherché car très liquide. Le rebond du pétrole constitue un autre élément de soutien pour les différentes places boursières, le prix du baril de Brent étant descendu en dessous des $ 30 le baril. Ce rebond est lié à la perspective d'une manœuvre diplomatique de l'administration Trump pour amener l'Arabie Saoudite à fermer ses robinets et utilise la menace de sanctions sur la Russie pour les forcer à réduire leur production, selon le Wall Street Journal.

Au Brésil, mastodonte agricole et agroindustriel, une cinquantaine d'associations d'agrobusiness ont demandé cette semaine au gouvernement fédéral de garantir l'activité portuaire malgré le coronavirus, ce à quoi le président Bolsonaro a répondu par l'affirmative jeudi sur son compte Twitter.

En Chine, aujourd'hui et pour la deuxième journée consécutive, aucun nouveau cas indigène de coronavirus n’a été signalé. Les 39 nouveaux cas enregistrés sont dus à des personnes venant de l’étranger, ont souligné les autorités alors que, de son côté, hier, Donald Trump déclarait que « le monde est en train de payer le prix fort pour ce qu’ils [les Chinois] ont fait ».

CACAO - CAFÉ - CAOUTCHOUC - COTON - HUILE DE PALME - RIZ- SUCRE

CACAO

La tonne de cacao est passée de £ 1 856 à Londres vendredi dernier à £ 1 813 hier soir tandis que New York perdait plus de $ 200 sur la période, à $ 2 216 hier soir contre $ 2 425 en fin de semaine dernière. A noter que la place boursière ICE a limité à 50 lots la position sur le contrat spot, applicable sur la position mai qui se dénouera le 16 avril.

Les fonds continuent de liquider leurs positions longues face au risque de voir la demande en chocolat baisser. Rappelons qu'une position longue est un pari pris sur la hausse à venir du prix du produit.

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Dans les pays producteurs, en Côte d'Ivoire, les arrivages aux ports d'Abidjan et de San Pedro ont totalisé 1,597 Mt entre le 1er octobre et le 15 mars, estiment les exportateurs, en baisse de 0,4% par rapport à la même période la campagne dernière. Sur le terrain, les pluies sont plus abondantes que la moyenne, alternées par du soleil, ce qui est de très bon augure pour la campagne intermédiaire qui démarre le mois prochain et dure jusqu'en septembre. Pour l'instant, il semblerait que les volumes quittant les fermes soient limités avec un certain nombre de fèves rejetées car de petites tailles et de qualité médiocre.

Côté entreprises, au Brésil, Cargill a conclu un partenariat avec l'ONG Imaflora pour monter deux projets cacaoyers dans l'Etat du Para: le projet Floresta Produtiva (Forêt productive) et le projet de Coaching des producteurs. Objectifs : accroître la productivité tout en menant des actions de conservation de l'environnement.

CAFÉ

Le café est tiré vers le bas par la morosité sur l'ensemble des marchés de matières premières mais avec une baisse limitée car la situation est étroite. Ainsi, le Robusta a perdu $ 25 sur la période, terminant hier soir à Londres à $ 1 216 la tonne contre $ 1 241 vendredi dernier. En revanche, l'Arabica est en nette hausse : parti de $ 1,0705 la livre (lb) en fin de semaine dernière, il a clôturé à New York hier à $ 1,1270.

En effet, d'un côté les gens ont fait d'importantes réserves pour se préparer aux situations de confinement et, de l'autre côté, la filière s'inquiète que ces mesures de confinement ne créent des disfonctionnements majeurs dans la chaîne d'approvisionnement. Pour les Arabica lavés, la Colombie et le Guatemala obtiennent une prime de 40 cents/lb par rapport au cours de New York et le Honduras 20 cents.

Troisième facteur, la consommation de café à domicile pourrait être très soutenue. "Beaucoup de personnes vont rester à la maison ces prochains jours et semaines aux Etats-Unis. Nous allons voir si la consommation à domicile compensera les ventes perdues dans les cafétérias", a souligné en fin de semaine dernière un importateur américain de café.

Quatrième facteur, tout ceci intervient alors que les stocks certifiés de l'ICE ont baissé à 2,08 millions de sacs de 60 kg (Ms) au dernier recensement contre 2,18 Ms fin janvier. Car l'envol des primes sur le marché du physique dissuade les traders à livrer les entrepôts certifiés des marchés à terme. En outre, aux Etats-Unis, les stocks de café vert ont baissé de 150 126 sacs entre fin janvier et fin février pour totaliser 6,5 Ms.

Sur les marchés asiatiques cette semaine, les prix ont été en baisse face à la panique générale. Les producteurs dans les Central Highlands se sont vus offrir 30 500 dongs ($ 1,31 le kilo) contre 31 100 dongs la semaine dernière. Les traders vietnamiens ont vendu leur Grade 2, 5% grains noirs et brisures, à $ 155 la tonne au dessus du contrat sur janvier contre $ 160 la semaine dernière. Mais il y a très peu de trading car tout le monde évite les contacts physiques. En Indonésie, les volumes demeurent toujours très faibles. Les traders locaux se voient offrir $ 300 à 350 au dessus du contrat sur juin contre $ 350 la semaine dernière.

CAOUTCHOUC

Les mesures d’urgence des banques centrales en Europe, aux Etats-Unis et au Japon, n’ont pas réussi à arrêter les ventes paniques déclenchées par la propagation du coronavirus. Sur le Tokyo Commodity Exchange (Tocom), les cours ont chuté hier à 154 yens ($1,4) le kilo contre 162,2 yens vendredi dernier tandis qu’à Shanghai, ils ont clôturé à 9 680 yuans ($1370) la tonne contre 10 540 yuans la semaine dernière.

A la panique des marchés, s'ajoute l'annonce par les constructeurs automobiles et les fabricants de pneumatiques, l'un après l'autre, de la suspension de leur production. Or, le principal marché du caoutchouc est l’automobile qui absorbe environ 70% de la consommation de caoutchouc naturel ! Et ce n’est donc pas la demande de caoutchouc pour la fabrication des gants en latex, même si elle progresse, qui soutiendra le marché. Seul horizon peut-être favorable, la reprise annoncée de la production automobile en Chine par le 1er constructeur mondial, l’allemand Volkswagen. Or, la Chine absorbe plus de 40% de la consommation mondiale de caoutchouc naturel.

L’Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (ANRPC) estime qu’ «un renversement de tendance (des prix) ne peut être attendu qu'au tournant du premier trimestre». En effet, même si la Chine pourrait revenir à la normale d'ici la fin mars, la consommation de caoutchouc naturel dans les principaux pays consommateurs ne devrait pas augmenter.

En Malaisie, l'Association malaisienne des fabricants de gants en caoutchouc (Margma) a donné l'assurance à des activités dans les plantations d’huile de palme. Alors que la demande dépasse l’offre, Denis Low a indiqué que l’industrie continuerait d’accroître ses capacités.

Côté entreprises, les constructeurs automobiles suspendent un après l’autre leur usine de fabrication en Europe, la pandémie de coronavirus frappant les ventes et perturbant les chaînes d’approvisionnement en pièces détachées mais aussi les chaînes de production compte tenu de l’impossibilité de respecter la distance de sécurité entre les travailleurs. Le premier constructeur mondial, le groupe Volkswagen, propriétaire des marques Audi, Bentley, Bugatti, Ducati, Lamborghini, Porsche, Seat et Skoda, s’apprête à suspendre la production dans ses usines en Europe à partir d’aujourd’hui pendant deux à trois semaines . Pour l’instant, la production au Brésil, Etats-Unis et Mexique n’est pas touchée mais la situation peut évoluée. Volkswagen possède 124 sites de production dans le monde, dont 72 en Europe. En revanche, la fabrication a repris en Chine à l'exception des usines de Changsha et d'Urumqi. Fiat Chrysler a annoncé lundi l'arrêt de la production jusqu'au 27 mars dans la plupart de ses usines en Europe. Même mesure pour les constructeurs français Renault et Peugeot. Dans les pneumatiques, l’américain Godyear Tire & Rubber Co, troisième fabricant mondial, fermera progressivement ses usines en Amérique du Nord et du Sud et en Europe. "Une fermeture progressive commencera dans les usines de pneus, de rechapage et de produits chimiques de la société au Brésil, au Canada, au Chili, en Colombie, au Mexique et aux États-Unis au cours des prochains jours", a déclaré Goodyear dans un communiqué. Ajoutant que la société avait déjà fermé ses installations au Pérou. Goodyear emploie environ 63 000 personnes et possède 47 installations dans 21 pays. En France, le groupe Michelin, deuxième au classement mondial, a décidé d’interrompre « pendant au moins une semaine » à partir de mardi prochain la production de ses usines dans plusieurs pays européens. Une fermeture qui concerne 21 sites industriels et 20 000 salariés, dont 10 000 en France.

COTON

La chute des marchés boursiers et des produits de base n’a pas épargné le coton qui a clôturé hier à 54,93 cents la livre hier contre 60,49 cents vendredi dernier. Un plus bas depuis dix ans ! Si les banques centrales font fonctionner la planche à billet pour éviter que l’économie mondiale ne s’écroule, la destruction de la demande en coton sera bien réelle, le coton étant un bien non essentiel, voir de luxe. Déjà dans de nombreux de pays, les magasins de vêtement et textile sont fermés, rompant ainsi la chaîne d’approvisionnement. En outre, au Vietnam, l’un des plus importants importateurs mondiaux de coton – se situant en deuxième place après la Chine au coude à coude avec le Bangladesh- de nouveaux cas de coronavirus sont signalés. Au moins 10 500 personnes sont placées en quarantaine dans des établissements médicaux et près de 32 500 autres font l’objet d’un suivi à domicile mais aucun mort n’est à déploré. 

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HUILE DE PALME

Le rebond de l’huile de palme mardi a été de courte durée. En effet, les autorités malaisiennes sont revenues sur leur décision de fermer durant deux semaines les plantations d’huile de palme en raison du coronavirus (Lire : Le coronavirus provoque la fermeture des plantations de palmiers à huile en Malaisie), mesure qui aurait eu pour conséquences de restreindre l’approvisionnement et d’accroître potentiellement les cours. Les inquiétudes sur la baisse de la demande mondiale sont alors revenues au premier plan. De 2 278 ringgits la tonne vendredi dernier, les cours ont clôturé hier à 2 216 ringgits ($502,49). Le marché s'attend à ce que les exportations du 1er au 20 mars chutent de 20% par rapport au mois précédent, selon les négociants.

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La Malaisie a abaissé ses droits d'exportation d'huile de palme brute à 5% pour avril, contre 6% en mars, a annoncé lundi l'Office malaisien de l'huile de palme.Une réduction qui pourrait exercer une pression sur l'huile de palme indonésienne, qui perdra de sa compétitivité face à huile malaisienne si l’Indonésie ne baisse pas aussi les taxes à l'exportation d'huile de palme.

En Indonésie, le gouvernement est aussi revenu sur une décision obligeant les exportateurs de charbon et d’huile de palme à passer par des compagnies nationales de navigation pour leurs expédition. La mesure devrait prendre effet le 1er mai. Afin de ne pas perturber les exportations, le président Joko Widodo a abrogé le règlement, a déclaré le ministre de la Coordination des affaires maritimes et de l'investissement, Luhut Pandjaitan. 

RIZ

A l’exception des prix à l’exportation du riz indien, qui sont restés stables, on observe encore une hausse des gains en Thaïlande et au Vietnam, où la propagation du coronavirus soulève des inquiétudes quant à la suffisance des stocks disponibles.

En Thaïlande, les prix du Thaï 5% de brisures ont progressé à $480- $505 la tonne, soit un plus haut depuis août 2013, contre $470- $495 la semaine dernière. Il s'agit également de leur sixième hausse hebdomadaire consécutive. Le marché est inquiet d’éventuelles pénuries d'approvisionnement dues à la sécheresse en cours. "Certains meuniers stockent du riz alors que les préoccupations nationales augmentent face à la pénurie alimentaire au cas où l'épidémie de coronavirus s'aggrave", a déclaré un négociant en riz basé à Bangkok. Ajoutant, "Il n'y a pas de demande à cause des prix élevés, et comme l'offre se fait de plus en plus rare, je pense que les prix vont encore augmenter."

La demande intérieure de certaines variétés de riz, comme le jasmin, a légèrement augmenté par rapport aux inquiétudes des consommateurs concernant la propagation croissante du virus.

Au Vietnam, les prix du Viet 5% se sont établis à $410 la tonne, le plus haut depuis novembre 2018, contre $400- $405 la semaine précédente. "Les approvisionnements intérieurs sont maigres et les exportateurs ont du mal à obtenir du riz pour leurs contrats", a déclaré un négociant basé à Hô Chi Minh-Ville. "Les agriculteurs ne vendent pas leur riz, car ils craignent que l'épidémie de coronavirus ne dure longtemps."

Les premières données d'expédition montrent que 195 400 tonnes de riz devaient être chargées dans le port d'Ho Chi Minh City entre le 1er et le 25 mars, la majeure partie du riz se dirigeant vers la Malaisie, l'Afrique de l'Ouest et Cuba.

Le gouvernement vietnamien a annoncé mercredi qu'il assurerait une production annuelle de riz de 22 millions de tonnes.

En Inde, les prix à l'exportation du riz étuvé 5% sont restés stables, près de leur plus bas niveau en plus de deux mois, à $363-$367 la tonne. La demande d'exportation s’est légèrement améliorée avec la dépréciation de la roupie, qui a atteint un creux jeudi dernier, augmentant les marges des exportateurs par rapport à la vente à l'étranger.

SUCRE

Le sucre a également beaucoup perdu cette semaine. Le roux est passé de 11,70 cents la livre (lb) vendredi dernier à New York à 10,59 cents hier soir, tandis que le sucre blanc chutait de $ 355 à $ 337,90 la tonne. Pourtant, en fin de semaine dernière, les traders soulignaient la fermeté de la prime du blanc sur le roux ce qui est bon signe car le blanc est de suite consommable donc reflète davantage la situation de la consommation.

Le real brésilien est encore en baisse, ce qui incite les traders brésiliens à mettre davantage de produit sur le marché car il est plus compétitif. Les traders brésiliens sont d'autant plus incités à le faire qu'on s'attend à ce que le n°1 mondial produise plus de 30 Mt de sucre la prochaine saison qui démarre en avril contre 26,5 Mt ces deux dernières campagnes.

En outre, au Brésil toujours, la compagnie pétrolière Petrobas qui a un quasi monopole sur les opérations de raffinage du pays, a encore réduit mercredi de 12% le prix de l'essence aux raffineries et de 7,5% le diésel. Il s'agit de la deuxième baisse en une semaine puisque la semaine dernière, l'essence avait déjà baissé de 9,5%. Or, une baisse des prix des carburants rend mois attractive la production d'éthanol dans le pays, ce qui conduit les raffineries de canne à sucre à en consacrer davantage à la fabrication de sucre. Ceci à son tour pèse sur les cours de l'édulcorant du marché mondial.

Côté demande, le n°1 européen du sucre, l'allemand Suedzucker a déclaré mercredi que les approvisionnements européens étaient suffisants malgré la très forte demande car les Européens font des réserves.

Pour leur part, en France, le groupe Tereos a annoncé mercredi que cinq de ses usines ont démarré la fabrication d’alcool pharmaceutique et de gel hydroalcoolique : 10 000 à 11 000 litres devraient être produits chaque semaine, rapporte lebetteravier.fr. Cristal Union, quant à lui, a décidé d’arrêter la production de bioéthanol dans sa distillerie de l'Aube pour réorienter sa production vers de l’alcool éthylique destiné à l’industrie pharmaceutique et des biotechnologies.

Ceci dit, au niveau mondial, le trader international Czarnikow a indiqué lundi réduire ses estimations de consommation de sucre de près de 2 Mt. Avant la crise du coronavirus, Czarnikow avait estimé que cette consommation mondiale augmenterait de 1% mais, maintenant, il estime qu'elle stagnera à 172,4 Mt. En effet, souligne-t-il, dans des pays comme la Chine, l'Allemagne, la France, l'Italie ou encore la Corée du Sud, les mesures de confinement réduisent la consommation de boissons et de repas hors domicile, ce qui devrait entrainer une baisse de 5% de leur consommation de sucre.

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