09 avril 2021 - 17:49 |

La Chronique matières premières agricoles au 8 avril 2021

Dans le sillage d'un très bon premier trimestre, les marchés d'actions ont globalement été portés par les perspectives d'un fort rebond économique en 2021 rendu possible par le déploiement des campagnes de vaccination contre le coronavirus à travers le monde, même si le début de l'année a été plus compliqué en Europe, souligne Reuters. Le climat ambiant est demeuré favorable aux actifs risqués avec les espoirs de rebond économique et le soutien réaffirmé des grandes banques centrales à l'économie. La Réserve fédérale américaine a, en outre, minimisé le risque d'une accélération de l'inflation, sujet de préoccupation des investisseurs ces dernières semaines. Ceci dit, les inscriptions au chômage aux Etats-Unis ont enregistré une augmentation inattendue la semaine dernière, malgré la reprise de l'activité dans plusieurs secteurs économiques et de l'entrée en vigueur de mesures de relance budgétaire. "Le marché de l'emploi évolue dans la mauvaise direction, ce qui va dans le même que le message de la Réserve fédérale selon lequel l'économie est loin d'être en bonne santé", a déclaré Joe Manimbo, analyste chez Western Union Business Solutions.

Le dollar a reculé hier, l’euro terminant à $ 1,19. Les cours du pétrole ont aussi terminé en berne, pénalisés par l'annonce par le département américain de l'Energie d'une augmentation plus importante que prévu des stocks d'essence aux Etats-Unis la semaine dernière. Le Brent cotait hier soir $ 63,31 le baril et le brut léger américain (WTI) $ 59,74.

CACAO - CAFÉ - CAOUTCHOUC - COTON - HUILE DE PALME -RIZ - SUCRE

CACAO

Les cours du cacao ont encore chuté cette semaine. A Londres, la tonne de fèves est passée de £ 1 713 jeudi dernier -dernier jour de cotation avant le long week-end de Pâques- à £ 1 641 hier soir. A New York, il en a été de même, le cacao passant de $ 2 392 jeudi à $ 2 355 à la clôture hier.

En effet, la demande mondiale est faible avec la résurgence de l’épidémie en Europe mais aussi en Asie et au Brésil. Les stocks certifiés des marchés à terme sont en hausse. Les marchés attendent avec impatience la publication des broyages dans les grandes régions du monde, à commencer sans doute par l’Europe dont les chiffres sont attendus mercredi.

Face à cela, les arrivages de fèves aux ports ivoiriens d’Abidjan et de San Pedro ne cessent de monter en puissance. Depuis le 1er octobre jusqu’au 31 mars, les arrivages totaux ont été de 1,65 Mt soit une hausse de 2% par rapport à la même période la campagne dernières, selon les statistiques du Conseil du café-cacao (CCC) rendues publiques mardi. Les exportateurs, quant à eux, estiment que les arrivages entre le 1er octobre et le 4 avril totalisent 1,66 Mt, en hausse de 1,6% par rapport à la période correspondante en 2019/20. Bref, les volumes sont bel et bien là, plus abondants que l’année dernière.

Ceci dit, les exportateurs ivoiriens interrogés par Reuters soulignent que les arrivages sur les premiers jours de la campagne intermédiaire qui a démarré le 1er avril, soit du 1er au 4 avril, ont totalisé 10 000 t (7 000 t à Abidjan et 3 000 t à San Pedro) contre 16 000 t sur cette même première semaine l’année dernière. Ceci dit, on ne sait pas si c’est parce que les volumes récoltés sont moindres ou si les fèves sont entreposées plutôt en brousse par manque de place dans les entrepôts des villes portuaires.

Même si les pluies ne sont pas aussi abondantes qu’à pareille époque l’année dernière -la Côte d’Ivoire entre dans sa saison des pluies, les cacaoculteurs demeurent optimistes quant à l’abondance des volumes cette campagne intermédiaire. « Si les pluies sont abondantes et régulières ce mois-ci et le prochain, la qualité des fèves sera meilleure que la campagne dernière ", a déclaré à Reuters Salame Kone qui cultive le cacao près de Soubré.

CAFÉ

Le café a été tonique cette semaine. L’Arabica, côté à New York, est passé de $ 1,216 la livre (lb) jeudi dernier à $ 1,2785 hier soir, tandis que la tonne de Robusta à Londres grimpait de $ 1 325 à $ 1 345.

Un marché qui reste soutenu par la perspective d’une récolte plus faible d’Arabica au Brésil cette année, bien que les perspectives de la demande mondiale demeurent incertaines face à la pandémie qui continue de sévir fortement.

En outre, les exportations de Colombie ont augmenté de 21% en mars, à 1,14 Ms contre 948 000 en mars 2020. Les performances de sa production ont été encore plus étonnantes, avec une progression de 30% en mars à 1,05 Ms d’Arabica lavé contre 806 000 sacs en mars 2020, selon la Fédération nationale du café.

Le Honduras (Autres Doux Arabica) a enregistré un bond de 25% de ses exportations en mars par rapport à il y a un an, atteignant 965 598 sacs de 60 kg, selon l’Institut national Ihcafé. « En mars, outre les contrats que nous avions et que nous avons honoré, il y a eu une légère hausse de la demande pour notre café sur le marché mondial », a indiqué Miguel Pon, directeur exécutif de l’Association hondurienne des exportateurs de café (Adecafeh).

En Asie, les transactions ont été léthargiques cette semaine encore, la demande étant faible face à des prix élevés en Indonésie car les acheteurs sont en attente de la nouvelle récolte. Dans la province de Lampung, le Robusta de Sumatra a été offert avec une prime de $ 200 la tonne par rapport à la cotation à Londres des échéances mai et juin, inchangée par rapport à la semaine dernière.

Au Vietnam, dans la ceinture caféière des Central Highlands, les producteurs se sont vus offrir entre 31 400 et 32 700 dongs le kilo ($ 1,36-1,42) contre 31 300 à 32 800 dongs la semaine dernière. Des niveaux de prix jugés trop faibles par les producteurs qui ont été réticents à vendre, les acheteurs se tournant donc vers l’Indonésie. A l’export, les traders ont offert leur Robusta Grade 2, 5% brisures et grains noirs, avec une prime de $ 60 par rapport au contrat de juillet, inchangée par rapport à la semaine dernière.

Côté entreprises, Illy poursuit sa restructuration mais dans ses branches autres que le café. Rappelons qu’en février, pour la première fois de son histoire, le groupe italien a cédé 20% de son capital à Rhone Capital. Hier, Reuters annonçait que le groupe avait embauché un conseiller financier spécial pour trouver un investisseur minoritaire qui reprendrait de son portefeuille alimentaire Polo del Gusto. Ce nouveau partenaire prendrait 20 à 40% de ce segment qui détient des marques comme les chocolats Domori ou les thés Dammann Frères. Un investissement qui serait de l’ordre de € 50 à 100 millions.

CAOUTCHOUC

Les cours du caoutchouc ont reculé cette semaine minés par la recrudescence des cas de coronavirus en Asie, en particulier en Inde, en Corée du Sud ou en Thaïlande, mais aussi au Japon où Tokyo pourrait être placé dans un nouvel Etat de quasi urgence. S’ajoute la baisse des cours du pétrole. Sur l’Osaka Exchange, les cours ont clôturé hier à 247,9 yens ($2,3) le kilo contre 251,5 yens vendredi dernier tandis que sur le marché de Shanghai, ils sont passés de 14 405 yuans la tonne vendredi à 14 125 yuans la tonne vendredi à 14 125 yuans ($2 154) la tonne hier.

En Côte d’Ivoire, la production de caoutchouc naturel du 1er producteur africain devrait atteindre 1,1 million de tonnes en 2021, en hausse de près de 16% par rapport à environ 950 000 tonnes l'année précédente, a déclaré Marc Genot, directeur général de la Société africaine de plantations d’hévéas (SAPH) lors du lancement hier de la construction d’une nouvelle usine de transformation dans le département de Soubré (Lire : En Côte d’Ivoire,  la SAPH lance la construction de 6éme usine de transformation de caoutchouc ).

Au Cambodge, les exportations de caoutchouc sur le 1er trimestre ont progressé de 11% à 45 965 tonnes par rapport à la même période en 2020. Le ministère de l’Agriculture, des forêts et des pêches a précisé que le prix moyen de la tonne de caoutchouc  s’est élevé à $1 584 la tonne sur le trimestre, en hausse de 11% également.

En Thaïlande, le conglomérat pétrolier et gazier thaïlandais PTT se lance dans le secteur des gants en caoutchouc afin de capter une part de la demande mondiale croissante de fournitures médicales depuis le début de la pandémie la Covid-19. PTT a approuvé un budget d'investissement initial d'environ 600 millions de bahts ($ 19,1 millions) à investir via une filiale appelée Innobic, qui a été récemment créée dans le but de devenir le fleuron du conglomérat pour ses activités pharmaceutiques et médicales. L’activité commerciale devrait démarrer au 4ème trimestre. Une décision qui devrait exacerber la concurrence en Thaïlande où les entreprises multiplient les investissements face à une demande mondiale croissante (Lire notre Chronique matières premières agricoles du 22 janvier 2021).

Côté entreprises, le groupe malaisien Top Glove,  le plus grand producteur mondial de gant en latex, frappé depuis juillet dernier par une interdiction d’exporter ses gants jetables aux Etats-Unis sur des allégations de travail forcé, a indiqué hier que cette mesure avait affecté sa production mais sans donner des détails sur l’étendue de l’impact. Un "certain pourcentage" de la production malaisienne a été affecté en raison de l'interdiction, mais l'impact sera temporaire, a déclaré le président de Top Glove, Lim Wee Chai. La société a également déclaré qu'elle avait arrêté toutes les expéditions vers les États-Unis en provenance de Malaisie et qu'elle travaillait "rapidement" pour résoudre les problèmes de travail forcé. Le cabinet de conseil en commerce éthique Impactt, nommé par Top Glove pour évaluer ses pratiques commerciales et de travail après l'interdiction américaine, a déclaré le mois dernier qu'il avait trouvé plusieurs indicateurs de travail forcé dans l'entreprise.

COTON

Le marché du coton a rebondi cette semaine avec une clôture hier à 81,41 cents la livre contre 77,95 cents jeudi dernier. Une remontée alors que le coton a fortement marqué le pas depuis son plus haut le 24 février à 93,69 cents la livre. « La figure technique haussière a été casée en dépit de fondamentaux solides aux Etats-Unis avec un resserrement de l’approvisionnement » souligne un négociant.  Une remontée des cours venue des Etats-Unis. Après un creux la semaine dernière, les ventes hebdomadaires américaines de coton sont reparties à la hausse. En outre,  la prochaine  récolte américaine est suspendue aux conditions météorologiques dans la principale région productrice le Texas qui subit une sécheresse importante alors que se déroulent les semis.

Pour les pays africains, la hausse des cours conjuguée à l’appréciation du dollar est de bon augure.

En Chine, la China Cotton Association (CCA) s’est exprimée la semaine dernière sur ce que l’on peut appeler l’affaire du coton du Xinjiang et du travail forcée qui prend jour après jour de l’ampleur. Comptant plus de 3 600 membres, la CCA a exprimé son opposition résolue à toutes les restrictions imposées par les pays occidentaux dirigés par les États-Unis sur la chaîne d'approvisionnement et les produits connexes de l'industrie du textile et de l'habillement du Xinjiang, et a exhorté les pays à arrêter immédiatement leurs mauvaises pratiques. La CCA a également déclaré qu'elle soutenait l'invitation des associations du commerce extérieur, des sociétés de marque et des organisations tierces à mener des recherches dans le Xinjiang. Elle a ajouté qu’elle élargirait la part de marché des produits certifiés par la marque China Cotton et renforcerait la compétitivité globale de l'industrie cotonnière chinoise.

Au Pakistan, la production de coton est estimée à 5,3 millions de balles en 2021/22, en hausse de 18 % par rapport à l'estimation révisée pour 2020/21, en raison de la disponibilité de nouvelles variétés de semences, d'une meilleure gestion des ravageurs et des maladies, et du soutien gouvernement, estime le département américain de l’Agriculture (USDA). Toutefois cette progression ne doit pas cacher que la production reste à des niveaux historiquement bas, ce qui oblige le pays à importer des volumes important de coton pour maintenir l’activité de ses usines textiles en plein essor. Ainsi, les importations en 2021/22 devraient rester constantes à 5,0 millions de balles. L’USDA estime que la consommation des usines textiles progressera légèrement à 10,3 millions de balles.

Le Pakistan qui aurait pris la décision, en dépit de la condamnation de la communauté internationale à propos du coton produit à partir du travail forcé dans la région du Xinjiang,   de poursuivre le commerce de coton avec la Chine et en particulier le Xinjiang. Le président de la Pakistan Textile Exporter Association (PTEA), Muhammad Ahmed, a notamment déclaré : « Nous n'avons rien à voir avec la campagne occidentale qui a décidé de jouer la carte du coton du Xinjiang pour éclipser l'image de la Chine sous prétexte d'accusations concoctées de droits de l'homme ».

A noter aussi que la décision du Pakistan de reprendre les relations commerciales avec l’Inde et en particulier les importations de sucre et de coton a été suspendue dans l’attente que l’Inde revoie sa décision de 2019 de révoquer le statut spécial de la région du Cachemire.

HUILE DE PALME

L’huile de palme termine la semaine quasiment inchangée avec une clôture hier sur la Bursa Malaysia Derivative à 3 788 ringgits ($915,86) la tonne contre 3 739 ringgits vendredi dernier.  Le marché de huile de palme demeure soutenu par les contraintes persistantes de l’offre alors que la demande est bonne. En effet, les exportations d’huile de palme brute de la Malaisie ont probablement bondi de 25% en mars et la dynamique devrait se poursuivre en avril, estime Paramalingam Supramaniam, directeur de la société de courtage Pelindung Bestari, basée à Selangor. Sur les 5 premiers jours d’avril, les exportations ont progressé de 10,6% selon Interlek Testing Services.

Il ajoute qu’avec des stocks d'huile de palme à fin mars estimés à environ 1,3 million de tonnes, il est peu probable que le marché connaisse une augmentation drastique des stocks d'avril. En outre, le resserrement de l’offre sur les huiles concurrentes apporte également un soutien.

Le Malaysian Palm Oil Council (MPOC) a indiqué lundi que les stocks d'huile de palme de la Malaisie à la fin de 2021 devraient baisser pour une troisième année consécutive à 1,12 million de tonnes (Mt). Le conseil s’attend à une reprise modérée des exportations et de la production cette année mais estime que les prix devraient restés fermes et atteindre en moyenne 3 846 ringgits la tonne au cours du 1er semestre selon une  déclaration du directeur général du MPOC, Wan Zawawi Wan Ismail.

De son côté, CGS-CIMB Research estime que les prix de l’huile de palme brute se situeront entre 3 500 et 4 000 ringgits la tonne en avril, la reconstitution des stocks prenant du temps.

Refinitiv Commodities Research a relevé ses estimations de production d'huile de palme pour 2020/21 pour l’Indonésie à 46,4 Mt en raison d'une production saisonnière plus forte dans des conditions météorologiques pluvieuses. La production de la Malaisie a été abaissée à 18,8 Mt, car la reprise des récoltes en Malaisie orientale était sous le potentiel au cours des derniers mois en raison de conditions météorologiques défavorables, a déclaré Refinitiv dans une note.

Au Sri Lanka, le président Gotabaya Rajapakasa a pris lundi la décision avec effet immédiat d’interdire les importations d’huile de palme mais aussi de déraciner progressivement  les plantations de palmier à huile dans le pays (Lire : Le Sri Lanka interdit l’importation d’huile de palme).

RIZ

Cette semaine, les prix à l'exportation du riz en Asie sont tous en recul.

En Inde, les prix du riz étuvé 5% ont chuté pour une deuxième semaine consécutive à $390-$395 la tonne contre $393-$398 la semaine dernière. Une baisse des prix qui s’explique essentiellement par la dépréciation de la roupie, qui permet aux exportateurs de baisser les prix. Les exportations ont fortement augmenté le mois dernier et la demande reste bonne souligne un exportateur.

En Thaïlande, les prix du Thaï  5% ont également  baissé à $465-$482 la tonne contre $488-$500 la semaine dernière. Une baisse consécutive aussi en grande partie à la dépréciation du bath mais aussi à un ralentissement du marché avant les vacances du Nouvel An thaï la semaine prochaine.

Au Vietnam, les prix du Viet 5% sont  tombés à $495- $500 la tonne, contre $505-$510 la semaine dernière en raison d'une faible demande. "L'activité commerciale est lente cette semaine alors que les agriculteurs de la région du delta du Mékong ont terminé leur récolte hiver-printemps", a déclaré un commerçant de la province d'An Giang. Les négociants ont ajouté que les prix intérieurs du paddy avaient récemment chuté en raison de la mauvaise qualité.

La Chine a libéré cette semaine 2 millions de tonnes de riz des réserves de l'État pour la vente aux producteurs d'aliments pour animaux afin de renforcer les approvisionnements en céréales fourragères dans un contexte de prix élevés du maïs (Lire : La Chine libère du riz de ses réserves pour l’alimentation animale).

SUCRE

A New York, le sucre roux a terminé hier soir à 15,18 cents la livre (lb), enregistrant une belle hausse par rapport aux 14,71 cents à la clôture jeudi de la semaine dernière. A Londres, le sucre blanc a aussi grignoté quelques points, passant de $ 423,40 à $ 424,70 à la clôture hier.

C’est la météo glaciale en France et dans une partie de l’Europe qui a soutenu les cours du sucre, les opérateurs craignant que les superficies nouvellement emblavées aient été endommagées.

Au Brésil, le sucre et le soja rivalisent pour obtenir de l’espace sur les navires à l’export.  Selon Archer Consulting, la production de sucre dans le centre-sud du pays devrait baisser à 35,05 Mt durant la campagne 2021/22 qui a démarré ce mois-ci, soit 3,25 Mt de moins que ce que les raffineries ont produit la saison dernière. Les broyages de canne seraient de 574 Mt, selon le consultant, 4,35% de moins que la dernière récolte.

En Ukraine, le ministère de l’Economie a indiqué que le pays aurait besoin d’importer 110 000 t de sucre cette année étant donné la faible production en 2020. De ceci, 50 000 t seraient du sucre roux de canne ; le pays en a déjà importé 40 000 t entre février et mars. La consommation nationale est habituellement de 1,2 Mt. Or, en 2019/20, il n’en a produit que 1,1 Mt.

Matières premières: 
Oui
Énergies renouvelables: 
Non

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