23 août 2018 - 16:55 |

Face à la chute des cours du sucre, l'éthanol en Afrique n'est guère une option

L'excédent sucrier mondial sur la campagne à venir 2018/19 (octobre/septembre) atteindrait 6,75 millions de tonnes (Mt), estime l'Organisation internationale du sucre (OIS) dans son dernier rapport trimestriel publié hier. Un chiffre qui s'accorde avec la plupart des analystes qui estiment ce surplus entre 7 et 8 Mt. Ceci vient s'ajouter à l'excédent de cette saison toujours en cours, même si ce dernier a été révisé à la baisse par l'OIS et serait de 8,6 Mt contre 10,51 Mt estimé précédemment.  

On continue donc de crouler sous le sucre ce qui n'augure pas d'une reprise des cours mondiaux, du moins ces 12 prochains mois, souligne l'organisation. Sauf aléa climatique.

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En 2018/19, la production n'augmenterait "que" de 0,6% mais atteindrait, nonobstant, le nouveau record de 185,22 Mt, essentiellement suite à la hausse de la production en Inde. Quant à la consommation, elle progresserait de 1,65%, soit environ la croissance annuelle moyenne sur les 10 dernières années, à 178,47 Mt. Et l'OIS demeure prudent : "A ce stade de la saison, nous ne sommes pas enclins à spéculer sur une possible accélération de la croissance de la consommation liée aux faibles cours mondiaux."

Lundi, les cours du sucre roux à la bourse de New York sont tombés à leur plus faible niveau depuis 10 ans, en raison d'une offre surabondante notamment au Brésil et à la faiblesse de sa monnaie, le real, qui incite naturellement le pays à exporter, ajoutant ainsi des volumes sur le marché mondial. Cependant, ce réflexe "naturel" des opérateurs brésiliens à exporter est à l'épreuve des cours  mondiaux faibles du sucre et de la politique des transformateurs de canne au Brésil qui optent davantage pour la production d'éthanol que celle de sucre. En effet, les cours du pétrole ne cessent de grimper, gagnant encore 3% hier soir.

Un facteur déclencheur pour l'Afrique ?

Cette situation des prix du sucre durablement faibles alors que le pétrole augmente va-t-elle être un facteur déclencheur pour que l'industrie sucrière en Afrique aussi, notamment en Afrique de l'Ouest et centrale, mette les bouchées doubles pour développer, elle aussi, une industrie de raffinage de la canne pouvant jouer sur les deux tableaux, éthanol et sucre, comme au Brésil ?

"Pour le faire, il faudrait un marché", explique à CommodAfrica  Benoit Coquelet, directeur général du groupe Somdiaa. "Or, l'essentiel du carburant en Afrique est du diésel et, vous ne mélangez pas l'éthanol avec le diésel. Les voitures et les camions en Afrique ne marchent qu'au diésel. Donc votre marché n'est pas là. Vous pouvez alors dire que vous allez exporter mais on se heurte alors aux conditions des infrastructures en Afrique. Beaucoup de chemin reste à faire avant d'être capable d'amener de l'éthanol à des ports, le stocker, trouver des bateaux pour le distribuer dans les centres de consommation, etc. Au Brésil, par exemple, il existe en outre une organisation régionale ;  il y a une cohérence."

Ainsi, l'option duale sucre/éthanol n'est pas réaliste dans une grande partie des pays producteurs africains, précise le patron du groupe sucrier français, avec quelques exceptions. "Si vous prenez le cas de l'Afrique du Sud, c'est un peu à part, comme les pays d'Afrique du Nord qui raffinentn sans produire, hormis le Maroc qui produit 600 000 t de sucre mais qui en importe aussi 600 000 à 800 000 t."

"Ceux qui jouent très bien le jeu, ce sont les Nigérians, comme d'habitude", poursuit-il." Ils importent 1,5 Mt de sucre à un coût très faible, ils le raffinent, ils sont bien protégés, ils ont théoriquement l'obligation de faire des complexes sucriers mais ils s'en arrangent très bien et l'Etat visiblement tolère ça. Donc, pour eux, cela se passe très bien."

"Ceux, en réalité, qui connaissent des difficultés sont ceux qui produisent du sucre mais qui sont déficitaire. Là, le sucre qui circule au cours mondial va s'engouffrer dans ces marchés si les Etats ne s'engagent pas fortement auprès de leurs producteurs." Un protectionnisme qui, rappelle Benoît Coquelet, se pratique partout à travers le monde. "Personne ne produit au cours mondial aujourd'hui car c'est un marché d'excédent. Le fait de dire : mon prix de revient est supérieur au cours mondial n'est pas une raison pour fermer une entreprise. Car cela ne marche pas comme ça. Car le sucre, à la base, est un produit agricole, donc il dépend en très grande partie, certes des superficies plantées, des politiques agricoles, etc. mais avant tout de la météo."

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