Jose Orive : Des nouveaux venus sur le marché du sucre ouest-africain

 Jose Orive : Des nouveaux venus sur le marché du sucre ouest-africain
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Selon Jose Orive, directeur exécutif de l’Organisation internationale du sucre (OIS), la révision de l’accord international, réclamée par l’UE et au cœur des discussions, se heurte à la résistance de certains. Mais, en réalité, sa révision n’aura guère d’impact sur l’Afrique, les vrais sujets pour le continent étant la contrebande, les privatisations qui avancent peu et la consommation qui augmente considérablement dans certains pays.

La révision de l’Accord international du sucre est d’actualité et l’a notamment été lors de votre dernière réunion à Addis Abeba, en avril. Quels sont les tenants et aboutissants et quels sont les enjeux pour l’Afrique ?

Pour les Africains, on met l’accent sur trois choses. Tout d’abord, il est impératif qu’ils construisent cet accord continental de commerce, notamment sur les produits alimentaires, et qu’ils le respectent. Je parle d’un accord sur l’ensemble des produits et pas seulement sur le sucre. S’agissant du sucre, il y aurait tout à gagner car certaines régions sont excédentaires et d’autres déficitaires.

Deuxièmement, la diversification. Par exemple, il est impératif que nombre de pays considèrent l’éthanol comme une option. Mais il y a aussi d’autres possibilités comme la fabrication sur place de pâte de cacao,  en Côte d’Ivoire et au Ghana, où Barry Callebaut et les chocolatiers veulent utiliser les fèves de cacao et le sucre, puis, l’exporter vers l’Europe. Cela donne de la valeur ajoutée.

Troisièmement, il s’agit d’avoir un central clearing house avec des informations sur les variétés de la canne, sur des méthodes pour cultiver, sur l’utilisation de pesticides, tout ce qui est technique et que les pays peuvent partager pour en bénéficier.

S’agissant de notre réunion en Ethiopie -l’Ethiopie car ce pays préside le Conseil international du sucre- il a été question d’actualiser l’accord international. L’Union européenne (UE) l’avait déjà évoqué il y a trois ou quatre ans, notamment les droits de vote et les contributions. Car notre accord date de 1992. Depuis, il a été plusieurs fois prorogé mais, maintenant, l’UE et l’Inde veulent réformer les calculs avec une équation production/exportations /importations afin de réviser la cotisation de chacun, dont les Etats-Unis, et pour que cela reflète davantage le monde sucrier d’aujourd’hui.

Mais les Etats-Unis ne sont pas membres…

En effet. Quant l’accord a été signé en 1992, les Etats-Unis, l’UE d’alors et le Japon l’avaient élaboré, partageant les droits de vote. Ils ont pris la plus grosse partie et ont créé une équation qui ne permettrait pas d’ajustements significatifs qui pourraient profiter aux pays en développement. Avec le temps qui passe, les Etats-Unis sont partis, le Japon est parti et l’UE est resté coincé avec beaucoup de droits de vote. Entre-temps, le Brésil et l’Inde sont devenus des acteurs majeurs de la scène du sucre mais la répartition des votes ne reflète pas ceci. C’est ce que demande, aujourd’hui, l’UE.

Quant à l’impact pour l’Afrique, il n’y en aura pas. Car les votes des pays africains ne changeront pas.

Donc l’UE veut une redistribution des droits de vote en fonction du poids réel des différents pays sur la scène mondiale du sucre et, sans doute, le poids financier des cotisations ?

Je ne sais pas exactement dans quelle mesure il s’agit du poids financier car si vous regardez toutes les organisations internationales auxquelles adhère l’UE, nous sommes de loin la moins chère. Au sein de notre organisation, la cotisation est de £ 646 par vote. Pour le café, par exemple, c’est £ 1500. Car nous générons de plus en plus de ressources financières autres que les contributions des Etats membres. Nous commercialisons nos séminaires, nous avons refait nos pages web afin de commercialiser nos publications, nos études et nos rapports de marché de façon plus efficiente. Et nous avons ainsi généré des revenus ce qui nous permet de ne pas augmenter les cotisations.

Ceci dit, la majorité des pays membres reconnaissent que l’accord ne reflète pas la situation du marché mondial du sucre d’aujourd’hui. Beaucoup ont dit que cela devait être changé mais de très nombreux ne veulent pas procéder à la réforme.

De combien de droits de votes dispose l’UE ?

551 sur 2000. Mais l’UE ne représente pas le quart de la production mondiale !

Pour l’Afrique, ce n’est donc pas vraiment la question ?

Non, pas vraiment. En outre, de nombreux représentants de pays africains hésitent à acquiescer au processus de réforme car cela entrainera  tout un processus devant leur Congrès, qui demandera des comptes, etc. Nombreux hésitent à entamer un processus de réforme car cela risque d’affaiblir l’organisation.

Donc, pour l’OIS en tant que telle, la réforme peut être une menace ?

Pas vraiment. Pour l’OIS, cela peut être une opportunité à saisir pour se mettre à jour et croître. Mais certains membres reconnaissent la menace d’une érosion potentielle des membres.

Et les Etats-Unis avec Donald Trump à la tête ne reviendront pas de si tôt …

Non, les Etats-Unis sont dans une position étrange car le Congrès est favorable à un retour au sein de l’OIS, les producteurs et les consommateurs aussi -c’est le rare point sur lequel ils tombent d’accord- mais l’administration est anti organisation internationale. Les Etats-Unis ont quitté l’organisation internationale du café…

Hormis l’accord et l’OIS, quels sont, selon vous, les gros dossiers sucre actuellement sur la table des pays d’Afrique de l’Ouest ?

Il y a plusieurs dossiers. Un concerne davantage l’Afrique de l’Est, les questions de contrebande, les cargaisons anormales provenant de diverses origines. Il y a plusieurs marchés en Afrique de l’Est où, régulièrement, vous voyez des importations d’origines douteuses à des prix très faibles. Ceci impacte négativement les marchés intérieurs et rend très difficile toutes démarches unies des producteurs et raffineurs.

Un deuxième point porte sur les privatisations qui, à mon sens, devraient avancer beaucoup plus rapidement, surtout au Kenya.

Quant à l’Afrique de l’Ouest, on constate une croissance soutenue de la consommation. Et nous nous demandons d’où le sucre va venir pour la satisfaire. Actuellement, nous avons détecté des flux de pays comme le Guatemala et la Colombie. Car le Brésil a toujours été, plus ou moins, là. Mais les autres origines sont nouvelles et croissent en volume.

D’autre part, nous attendons davantage de résultats provenant de pays comme le Nigeria où il a été beaucoup question d’augmenter la production afin de pouvoir fournir du sucre à la région. Mais les volumes ne sont pas encore là.

La Côte d’Ivoire a de bonnes performances. Les rendements ont augmenté, ce qui signifie que de nombreux projets qui touchaient aux variétés et à la productivité ont porté leurs fruits et je m’en réjouis. Nous voyons ceci comme une de nos missions centrales : rassembler els producteurs en coopératives afin qu’ils avancent de façon plus efficace. Pour nous, c’est de l’or…

Quels sont vos projets majeurs en Afrique de l’Ouest pour cette année et en 2019 ?

En Afrique de l’Ouest, nous essayons d’avoir plus de membres comme le Sénégal, le Togo, la Gambie, la Sierra Leone, la Mauritanie, la Guinée, mais aussi ailleurs en Afrique l’Angola, le Gabon, le Congo, etc. S’ils nous rejoignent, on peut alors susciter un bon débat et établir un bon dialogue.

Pour les projets en Afrique de l’Ouest, fournissez-vous de l’assistance financière et/ou technique ?

Notre aide financière venait du Fonds Commun des Matières premières (CFC de son sigle anglais). Lorsque leurs fonds se sont asséchés, nous avons arrêté de financer des projets. Donc, nous aidons les pays à obtenir des financements mais, malheureusement, nous n’y avons pas accès. Il n’y a aucune organisation  de produit au monde actuellement qui a un accès direct aux financements.

En Côte d’Ivoire, par exemple, que faites-vous ?

Nous surveillons les rendements des différentes variétés de canne, suite à un projet que nous avons mené avec le  CFC. C’est un de nos derniers projets avec le CFC. Nous essayons de travailler avec Aly Touré, le représentant permanent de la Côte d’Ivoire auprès des organisations internationales, qui est basé à Londres, et le gouvernement ivoirien pour déterminer quel est le comportement du marché et nous irons ensuite de l’avant sur des projets, notamment sur le cacao et le sucre.

Les agroindustriels en Côte d’Ivoire comme Nestlé utilisent-ils du sucre importé ?

J’imagine. La Côte d’Ivoire importe chaque année entre 200 000 et 250 000 tonnes (t) de sucre, en consomme 300 000 à 350 000, 100 000 à 150 000 t étant transformées pour l’exportation dans la région.

Sinon, en Afrique de l’Ouest, nous surveillons de près la situation au Nigeria, où tout dépend du master Plan et de ce que M. Dangote fera. Selon des rumeurs récentes, il irait sur le marché ghanéen mais cela reste à voir. Nous suivons de près aussi le groupe Bua au Nigeria. C’est le n°2 sur ce marché et ils progressent bien.

 

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